COURAGE, TIMIDITÉ ET PEUR
On dit généralement que le cheval qui obéit promptement au fouet ou à l'éperon est courageux; mais cette soumission immédiate est plutôt la marque caractérislique de sa timidité que de son courage. On doit entendre par cheval courageux celui que les bruits ou les objets inusités ou bizarres ne peuvent effrayer ; et cette qualité est de grande importance, mais il ne faut pas la confondre avec l’apathie du cheval paresseux, que rien n’effraye, parce qu’il ne s'occupe de rien. Le cheval hardi a plus d'énergie, son courage provient de son intelligence; tandis que le cheval peureux, toujours soupçonneux, toujours prêt à fuir, tressaille à chaque objet nouveau; celui qui est courageux ne craint que ceux qui précédem-
ment lui ont causé de la douleur, et ne redoute
pas ceux qui lui paraissent nouveaux ; il poursuit gaiement sa route, examinant tout ce qu'il rencontre, comme s’il était curieux de les connaître parfaitement, et il ne s’en écarte pas jusqu’à ce que ces objets lui causent quelque mal. Il ne montre aucune hésitation à aller dans des lieux inconnus; s’il est maltraité, attaqué par des
chiens, et s’il se venge ou résiste plutôt que de
fuir; c’est que de tels chevaux ont de la con-
fiance dans leur propre force, et s'ils sont par trop vigoureux, ils peuvent être dangereux. S'ils sont excités à la résistance ou à la vengeance par un sentiment d'oppression, leur colère peut devenir terrible, et ce n’est qu’un cavalier hardi et habile qui osera seul se permettre quelques libertés avec eux : les personnes timides ou inexpérimentées courraient de grands dangers en voulant infiiger des corrections à de tels chevaux, et pourraient les rendre vicieux ; une seule victoire qu'ils remporteraient sur leur groom pourrait les rendre intraitables pour toujours.
Un cheval timide néanmoins est plus dange-
reux encore que celui qui est trop courageux eb
qui a appris à résister à l'autorité de son maître. Il s’alarme et s’agite quand il se voit entouré d'objets qui lui sont inconnus, un bruit étrange suffit pour exciter son effroi. Si quelque accident vient à arriver quand il est attelé, il fait des efforts violents pour se dégager, et avant que l’on ait pu lui porter secours, il s’est souvent causé du mal à lui-même ou a blessé ceux qui l’entourent. Généralement il se défie des étrangers, et celui qui est le plus timide est souvent le plus difficile à ferrer. Dans tous les cas, il faut en approcher sans bruit, sans menaces, et user d’une grande douceur pour parvenir à le rendre maniable.
Le plus grand défaut d’un cheval timide est sa prédisposition à s’emporter; s’il est en même temps un peu paresseux, il sera ce qu'on nomme ombrageux : c’est-à-dire qu’il ralentit le pas dès qu’il approche d’un objet inconnu ou extraordinaire, et au moment de atteindre, il s'arrête, refuse d'avancer, tente de retourner sur ses pas, ou, si l’on continue à le pousser en avant, il s'é-
. lancera d’un bond jusqu’au côté opposé de Ja
LL fase
route, dans ce cas, un cavalier peu habile est souvent désarçonné, ou le cabriolet est jeté dans le. fossé ; mais si, au contraire, le cheval timide est en même temps ardent, ou qu'il soit sur la route qui mène vers son écurie, il pourra trèsbien s’emporter dès qu’il aura dépassé l'objet qui le terrifie, et ces défauts causent souvent‘des accidents sérieux. Aussi l'acheteur ne pourra jamais certifier que le cheval est exempt de ces fautes, à moins qu’il n’en ait fait l’expérience. Un cheval, dans de telles conditions, exige plus que tout autre, un cavalier ou un conducteur intelligent, expérimenté et de beaucoup de sangfroid, pour le monter ou l’atteler seul.
Lorsque le cheval est ombrageux, il ne faut pas toujours attribuer ce défaut à sa timidité; souvent il provient d’une vue défectueuse; dans ce cas, les yeux sont d’une conformation telle, que les objets revêtissent des formes étranges, ce qui leur donne une apparence exlraordinaire qui alarme l’animal. Si c’est simplement un œil qui a le défaut de ne pas bien représenter les objets,
on remarquera que le cheval ne s’effraye jamais
4 que des objets qui se présentent du côté de l'œil | défectueux. Que la prédisposition à s’effrayer et . même à s’emporter provienne du manque de Courage ou d’une mauvaise vue, ils perdent or- ; dinairement ces défauts en vieillissant, et dans | tous les cas ils peuvent être considérablement
. modifiés par de bons traitements et le dres- | sage.
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