‹ Conseils aux acheteurs de chevauxChapitre 57 sur 62 · L'ACTION, INDICE DE L'ÉTAT DE MALADIE · texte numérisé non relu

L'ACTION, INDICE DE L'ÉTAT DE MALADIE

Iln’y a qu’une ou deux affections rendant malsains les chevaux qu’elles attaquent, dont le principal et l'unique symptôme soit une défectuosité dans l’action ; néanmoins il est nécessaire de reconnaître si elles existent, il faut que le cheval soit mis en mouvement pour en juger.

De la claudication.— Pour que le cheval puisse être considéré comme boileux, il faut la combinaison de trois circonstances : il doit y avoir douleur, que cette douleur s'aggrave par le mouvement, et que l'allure du cheval indique qu'il cherche à prévenir cette augmentation de souffrance. Si l’on reconnaît la dernière, on peut supposer l’existence des deux premières, car jamais le cheval ne feint d’éprouver ce qu'il ne ressent point. Lorsqu'il boite d’une des jambes de devant,

AR la tête se lève et se baïsse alternativement; lorsque le poids est jeté sur le membre malade, il lève la tête, et il la baisse dès que le poids estreporté sur l’autre jambe, laquelle est mise en avant beaucoup plus lestement que lautre, de façon que le poids du corps repose aussi peu que possible sur le membre attaqué. Si la douleur réside dans une partie de la jambe de derrière, le mouvement de haut en bas de la tête est peu sensible; mais la jambe attaquée se meut plus lentement que l’autre; laquelle est jetée en avant par un effort rapide et convulsif, et l’on voit aussi e corps qui se soulève un peu lorsque le poids passe sur la jambe malade. Lorsque la boiïterie réside dans les deux jambes de devant, ou dans les deux jambes de derrière, on ne peut s’en apercevoir aussi facilement, principalement si la douleur est égale, ou a peu près égale dans les deux jambes ; maïs le pas est alors peu allongé, plus incertain, et le pied se place timidement et avec défiance sur le sol.

Il existe une maladie dans les jointures du pied, qui très-souvent rend le cheval boiteux des deux

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jambes, ce qui rend la boiterie moins évidente que si la douleur n'existait que dan$ un seul pied. Dans cette affection, les chevaux ont une aclion toute particulière ; elle est basse et limitée, leurs pas sont peu allongés, le pied rase le terrain, se pose avec précaulion et la pince la première; outre la boiterie, on peut s’en rendre compte par un degré de chaleur surnaturelle qui existe dans le sabot ; aussi le voit-on plus serré. Cette boiterie, que l’on nomme ordinairement groggy samaness, esl assez commune, etsouvent incurable : les chevaux de vitesse y sont plus sujets que les autres, et la maladie n’attaque jamais que les pieds de devant. Beaucoup contipuent de travailler, et on les voit assez souvent altelés aux voitures publiques ; mais il est pénible de les voir marcher.

Ruses des marchands. — La boiterie est plus ou moins apparente selon le lieu ou le cheval est présenté et le terrain sur lequel on le fait mar- cher. Dans les écuries de certains marchands de basétage, le cheval boiteux est soumis à des-cruautés qui font frissonner seulement en y pensant.

1] est fouetté à un tel point qu'il perd pour ainsi dire la sensibilité du mal qu'il éprouve dans les jambes; quelquefois ils prennent des vauriens à gage pour exercer ces fustigations cruelles sur le pauvre cheval, et c’est aussi le seul moyen qui leur resle pour infliger ces tortures, car un palfrenier honnête s’y refuserait sans doute. Mais la correction ne finit pas toujours dans l’éeurie, on la répète lorsque le cheval est mis dehors et qu'il est présenté à l'acheteur, on lui applique quelques coups de fouet, et le cheval, heureux d’échapper à ses bourreaux, part au trot sansse préoccuper de la sensibilité occasionnée par son mal, et alors le boitement est beaucoup moins visible que lorsque le cheval n’est point sous l’empire de la terreur des coups qu’il vient de recevoir. C’est surtout aux ventes aux enchères que ces honteux moyens sont mis en pratique. On serait tenté de croire que si les spectateurs avaient connaissance de celte ruse, ils s’'empresseraient d’en témoigner toute leur indignation; mais il n’en estrien; un grand nombre d’entre eux cependant n’ignorent ni la correction ni le motif de son

application, mais ils gardent le silence ; que leur importe ? Le cheval n’est pas à eux, et ils n’ont point l'intention de l'acheter, et parmi tous ceux qui l'entourent, il ne s’en trouve pas un seul qui demande grâce pour le pauvre animal, dont le regard terrifié et les membres tremblants semblent implorer assistance et sympathie. *

Ce moyen n’est pas le seul mis en usage pour cacher les boiteries, ou les rendre moins visibles; la tête est soutenue avec tant de fermeté, que le mouvement de va-et-vient, qui trahirait le boitement des pieds de devant, est beaucoup diminué. Nous n'avons rien à dire contre ce dernier expédient, qui peut tromper l’acheteur, mais qui n’est pas accompagné de cruaulé envers l'animal. L’amaleur peut exiger du groom qui le présente, qu’il lui laisse la tête libre en lui rendant la main. Le cheval boiteux mis en vente est conlinuellement mis en mouvement : il ne lui est pas permis de rester immobile un seul instant; le groom qui le monte feint de chercher à le calmer; mais, en réalité, il l’excite par diverses manœuvres du fouet ou de la bride.

Quand le mal attaque seulement un membre, le vendeur s’efforce parfois de faire boiter au même degré la jambe correspondante. Cette ruse se pratique surtout sur les membres antérieurs, rarement sur les postérieurs, et souvent elle ob-

lient un succès complet, lorsque lun des pieds

de devant est attaqué. Dans cette circonstance,

avant de le conduire au marché ou de le mettre en venie publique, on enlève les fers des pieds du cheval, on panse convenablement, et les fers sont replacés avec soin, après que la sole du pied sain a été préalablement parée, jusqu’à ce qu’elle cède à la pression du pouce. Le pied ainsi préparé, le marchand prend un morceau de bois taillé en pointe, ou, de préférence, un petit caillou, qu’il introduit sous le fer, de mamière à le faire presser sur la sole, du côté de la pince; il l’enfonce avec des tenailles, jusqu’à ce que le pied sain soit aussi douloureux que l’autre. Alors, en marchant, le cheval jette le poids de son corps également sur les deux membres; la pression est augmentée petit à petit, jusqu'à ce qu’elle soit

arrivée au point voulu, et l'allure que l’on obtient

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de celte manière est bien nommée balancoire, quoiqu’elle rende la boiterie moins sensible. Cependant un homme de cheval s’apercevra facilement que le cheval a les pieds douloureux; car, outre le mouvement dont il vient d’être parlé, on verra que le cheval, auquel on permettra de rester tranquille, s’efforcera, à chaque moment, de jeter le poids de son corps tantôt sur un pied, tantôt sur un autre; et, pour se laisser tromper à pareille ruse, il faut n’avoir aucune connaissance du cheval et être trop ignorant dans la matière pour acheter des chevaux.

Dans beaucoup de circonstances, un léger bottement ne se trahit pas sur un terrain mou, au pas, ou lorsque le cheval est peu chargé. Aussi, quand il le peut, le vendeur choisit-il ordinairement un terrain mou pour monter le cheval, et cela autant pour l'empêcher de glisser que pour cacher des infirmités; mais l’acheteur, s’il veut s'assurer de l'intégrité des membres, doit exiger que le cheval soit conduit sur un terrain dur, et mieux encore sur le pavé.

Si l’on veut bien se rendre compte des allures

et de l’état des membres d’un cheval, il faut commencer par le faire marcher au pas, puis le faire trotier à la main, à deux ou trois reprises, toujours en commençant très-lentement; ensuite on le fera monter, et le même exercice sera répété. Ceci sera très-suffisant pour pouvoir juger de l'état de santé des membres. On fera ensuite trotter le cheval plus rapidement, et même on lui fera prendre le galop, pour juger de sa vitesse et de son action. Lorsque l’acheteur se sera rendu compte de l’état des jambes, il suivra le cheval que l’on conduira sur un terrain mou, où il pourra être lancé à fond de train, sans danger qu'il ne glisse. C'est-après cet exercice forcé, qu’il sera le plus facile à l'acheteur de se rendre compte de l’état de son haleine; mais, avant de pousser l’examen aussi loin, il faut avoir la conviction que les membres postérieurs n’ont point été atteints de paralysie, suite de verligo, d'éparvin sec, ou qu'il n’y a point de trace de fourbure.

Éparvin sec, fig. 17. — Le cheval alteint de celle maladie, dont la cause et le siége sont in-

connus, lève les pieds de derrière, et plus sou-

vent un seulement, à une hauteur anormale, et par secousses convulsives, en jetant la jambe en dehors, | AU ce que l’on nomme harper. C'est au BRU départ et lorsque le cheval tourne, / que ce défaut est le plus visible.

Presque toujours, il disparaît com-

Fig. 17. plétement, quand le cheval est échauffé par la marche. Nous n’avons aucune preuve qu’une partie du membre soit altérée ou malade, et les hommes de chevaux, et beaucoup d’autres, sont d'avis que cetle affection ne fait aueun tort à l’état du cheval. Quoique quelquesuns soutiennent que le cheval qui est atteint de cette affection, soit malsain, la majorité est d’une opinion opposée. Certainement, c’est une tare qui est désagréable à la vue, et ceux-mêmes qui y reconnaissent un pronostic de persistance, ne sont pas flattés d’avoir un cheval de celte espèce. Dans quelques parties de l'Écosse, cette affection se nomme click spavin (éparvin pendule).

Paralysie partielle. — On entend par paralysie, une incapacité complète ou partielle de contrac-

ter certains muscles. Un coup donné surles reins, quelquefois une blessure à la tête, peut rendre le cheval incapable d'exercer son action habituelle sur les muscles qui font mouvoir les membres postérieurs; alors son train de derrière se balance, et, lorsqu'il est obligé de reculer ou de se retourner tout à coup, 1l est exposé à tomber. Dans tous les cas, le cheval atteint de cette maladie n’est pas sain. Peu d’entre ceux qui sont atteints de paralysie, même partielle, sont propres au travail, et ils peuvent difficilement gagner leur | nourriture. Ces chevaux se couchent rarement, et se relèvent difficilement sans aide. Le mal qui a produit la paralysie peut se déclarer en unänstant, et si les reins portent des marques de vésicatoires ou de sétons, on doit supposer qu’elle est d’ancienne date et que le cheval a déjà subi un traitement. Les hommes de cheval les nomment échinés. | Frisson. — Cette maladie est très-rare; elle consiste dans un tremblement ou frisson dans les jambes postérieures. Lorsque l’on veut faire re-

culer le cheval, il s’y refuse, et lorsqu'il s’y voit

forcé, il ne lève les jambes qu’avee la plus grande répugnance ; alors les membres poslérieurs commencent à trembler au moment où il doit les lever, et avant que les pieds quittent le sol; dans toule auire circonstance on ne remarque rien qui puisse faire croire qu'il manque quelque chose à l'animal. Les uns supposent que celte maladie a son siége dans la tête ; les autres la placent dans la jointure ou rotule de la cuisse; mais rien n'est connu avec cerlitude à cet égard. En général, on regarde comme malsain le cheval qui. est atteint de cette affection ; mais on ne connait pas encore suffisamment l’étendue du mal que produit cetle affection nerveuse.

Le vertigo. — Les chevaux sont quelquefois sujets à une espèce d’apoplexie que les hommes d’écurie nomment le vertigo. Ils tombent tout à coup sans sentiment et sans mouvement, mais ils reprennent leurs sens au bout de quelques instants. Un cheval qui a eu une fois une telle attaque est irès-prédisposé à en avoir de subséquentes. Si le cheval a une de ces attaques peu de temps après avorr été acheté, il est dif-

‘-ficile, sinon impossible, de dire si c’est une première aitaque, et la seule preuve que l’on puisse se procurer est le témoignage des personnes qui l’ont connu avant la vente.

Nimrod, dans ses remarques sur la condition des chevaux, fait allusion à un symptôme qui est peu commun et peu connu. Il dit que les chevaux qui ont eu une maladie du cerveau le font reconnaître par un certain mouvement de la tête indiquant qu'il existe un mal permanent. « J'ai vu, dit-il, la semaine dernière une jument dont le cerveau avait été violemment attaqué; je la fis sortr"pour l’examiner ; j'admirai beaucoup son action, et si je n'avais eu connaissance de la maladie dont elle avait été atteinte, peut-être ne me serais-je pas aperçu d’un mouvement convulsif de la tête parfaitement régulier qui reparaissait presque à chaque dix pas qu’elle faisait au trot. » Ailleurs il dit en parlant de la même affeclion : « j'ai eu en ma possession un cheval de chasse qui avait eu une légère affection du cerveau; mais je l'ignorais à cette époque ; il agitait la tête de la même manière que la jument dont j'ai

parlé; c'était d’ailleurs la seule trace qu’eût laissée la maladie, et sous tous les rapports c'était un cheval de chasse admirable. Je l’achetai trente livres sterling, et, après l'avoir convenablement soigné, Je le vendis à M. Balhury pour la somme de cent trente livres (pages 282 et 283, seconde édition, 1834).

Je n’ai vu ce mouvement de lêle constaté par aucune autre autorité. Il est certain qu’on ne le remarque pas chez tous les chevaux qui ont eu le vertigo, ni même chez tous ceux qui en ont eu des attaques fréquentes.

Il est à remarquer que la construction de la tête est un indice qui peut mener à connaitre si le cheval est sujet au vertigo : le front étroit, où le cerveau est resserré, tel qu’on le voit dans les têtes busquées, prête plus que toute autre conformation à des attaques de vertigo.

Il est douteux qu’un seul accès de vertige rende le cheval malsain; souvent une première attaque n’a pas de suile ; mais une seconde est presque toujours suivie d’une troisième, celle-ci d'une quatrième, et ainsi de suile jusqu'à ce

qu’un jour de grande chaleur, l'animal tombe pour ne plus se relever. Si, après la première apparition du mal, le cheval continue à travailler pendant deux ouirois mois, sans que le vertigo reparaisse, le vendeur peut sans hésitation le garantir sain ; mais si, après la vente, une seconde aitaque avait lieu, l'acheteur aurait le droit de rompre le marché en prouvant l'existence antérieure d’un accès du même mal. Dès la première attaque, ilse produit dans le cerveau un état parüiculier qui, au dire des hommes de Part, le prédispose aux suites ordinairement funestes de cette maladie.

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