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CHAPITRE PREMIER

DE LA PUBERTE.

La vie se partage en périodes qui correspondent aux différentes évolutions de l'organisme, depuis la naissance jusqu'à la mort, et constituent les âges. La puberté est une de ces phases, et peut-être la plus importante. Nommée par Buffon le printemps de la nature et la saison des plaisirs, elle marque la fin de l'enfance et imprime à la jeune fille un cachet particulier qui la signale à elle-même et aux autres, sous un aspect tout nouveau. Jusque-là confondue avec ses compagnons de l'autre sexe, elle acquiert graduellement, dans ses formes, plus de grâce et de souplesse; ses mouvements se cadencent, ses yeux se voilent d'une certaine teinte de mélancolie, et sa voix se modifie dans son timbre et son expression, de telle sorte qu'une ligne de démarcation profonde la sépare bientôt du jeune

garçon dont elle partageait naguère les jeux et les penchants. C'est qu'une fonction nouvelle va s'établir chez elle : la menstruation, qui marque le début de la faculté de se reproduire.

La puberté, ou maturité procréatrice, apparaît vers l'âge de 14 à 15 ans, en moyenne, avancée ou reculée par des causes diverses dontnous parlerons plus loin, lorsque nous aurons dit en quoi consiste la révolution qui s'opère à cette époque, dans la constitution physique et dans le caractère de la jeune fille.

Tous les organes ne sont pas doués d'une égale vitalité chez le même individu. La prédominance appartiendra, tantôt au cerveau, tantôt à l'appareil circulatoire; chez celui-ci ce sera le système musculaire, chez un autre le système nerveux, etc. C'est de cette puissance relative de chaque système que résulte le tempérament. Or, la puissance génitale chez la jeune fille réside essentiellement dans les ovaires, ainsi que nous le verrons, lorsque nous étudierons la fonction menstruelle. De sorte que plus les ovaires atteindront rapidement leur entière maturité, et plus aussi sera précoce le sens génital et l'avènement de la menstruation.

DE LA PUBERTE.

On remarque l'approche de ce phénomène par le changement qui s'opère dans l'aspect extérieur du corps et principalement par le développement des mamelles, des hanches et du cou qui s'arrondit gracieusement et décrit ces lignes harmonieuses qui font le triomphe de la statuaire. Dès lors, les jeux naïfs de l'enfance ne suffisent plus à la jeune fille ; c'est en vain qu'elle y chercherait encore une distraction au trouble dont ses idées sont pleines ; ce qui l'intéressait autrefois lui devient indifférent, et ses rapports familiers avec des amies plus jeunes qu'elle n'ont plus le pouvoir de la charmer, ainsi que par le passé. Elle éprouve comme un vide dans son cœur, et c'est en vain qu'elle cherche à le combler. Des désirs vagues et obscurs la tourmentent, et lui font rechercher la solitude, l'ombre et le silence, pour se recueillir à Taise et retrouver le calme perdu. Des aspirations mal définies s'emparent de son imagination, ou plutôt elle entrevoit, sans s'en rendre bien compte, la destination nouvelle à laquelle elle est appelée, sans que ses pensées chastes et pures osent s'y arrêter, encore qu'elle s'y complaise. Enfin, au milieu de cet embarras et de cette incertitude, elle languit dans une mélancolie profonde,

soupire sans trop savoir pourquoi, et se plaît à répandre des larmes dont elle ignore la cause positive. Cette douce langueur la plonge dans un état continuel de rêverie qui ne se fixe, il est vrai, sur aucun objet bien déterminé, mais qui ne laisse pourtant pas d'avoir du charme pour elle. Cependant, la jeune fille finit par entrevoir clairement l'objet de ses désirs, son instinct lui dit qu'il faut aimer et elle s'aperçoit qu'elle aime déjà. Le besoin de se faire comprendre, l'ambition d'être payée d'un tendre retour, illuminent son regard et se révèlent dans toutes ses actions, voilées par un naïf enjouement, une innocente coquetterie. C'est alors qu'intervient la pudeur, ce parfum de la femme, sauvegarde de sa vertu, contre l'entraînement des sens, et que l'enfance ne connaît pas, parce qu'elle n'en a pas besoin. Il est, dit un auteur, une influence plus violente que durable, mais à laquelle personne ne peut échapper : c'est l'époque de l'adolescence, lorsque la vie nous apparaît comme une suite de fêtes, dont les perspectives se prolongent dans le ciel; alors s'opère tout à coup cette révolution qui change les destinées de l'homme. Une image céleste vient se fondre dans toutes ses pensées ; elle l'inquiète et lecharme en même

DE LA TUBERTE.

temps. L'ami du premier choix, la tendresse dont sa mère l'environne ne lui suffisent plus ; il veut une affection plus intime et plus exclusive, la moitié de luimême, la compagne que Dieu a créée pour lui, l'ange qu'il doit aimer uniquement, éternellement ; il veut le bonheur des élus. Cette moitié de lui-même, il la découvre enfin ! et voilà que tous ses désirs se concentrent sur un seul objet. Hier encore sa volonté était de fer, aujourd'hui il n'a plus ni caprice ni volonté ; quelque chose d'héroïque s'éveille dans son cœur à côté de l'amour, et la vie ne lui est chère que parce qu'il peut la donner. Voulez-vous voir l'enchanteresse qui produit tous ces ravages? Tournez lesyeux : c'estcettejeune fille dont le regard exprime l'innocence. Surprise du sentiment qu'elle inspire, "interdite et pensive, elle incline son front et rougit ; mais en rougissant elle observe sa, conquête et l'enchaîne... Cette période de transition n'est pas de longue durée, mais une nouvelle surprise est réservée à cette jeune âme, en proie déjà à tant d'émotions ineffables : nous voulons parler de la première éruption des règles. Cette crise éclate, et la pauvre enfant, devenue à son tour tributaire souffreteuse d'une fonction capitale, sent chaque jour diminuer ses

inquiétudes et ses douleurs, à mesure que l'appareil merveilleux auquel le gage de la génération future vient d'être confié, prend lui-même plus d'extension et de force. A partir de ce moment, l'ordre renaît, la métamorphose est accomplie, et celle qui en était l'objet, devenue alors femme tout à fait, jouit à ce titre de la plénitude de ses facultés et de sa puissance, et se trouve prête à affronter les combats de la vie, avec les armes dont la nature Ta pourvue.

L'époque de la première apparition des règles, que nous avons fixée à l'âge de 14 à 15 ans, varie selon la constitution de la femme, le climat qu'elle habite, et sa condition sociale.

§ I. — Constitution.

Pour ce qui est de la constitution, on peut dire que plus elle sera robuste et se rapprochera du tempérament sanguin pur, et plus sera hâtive la puberté. Mais, en réalité, il y a quelque chose qui domine le phénomène et dont la constitution, en elle-même, ne rend pas un compte suffisant. C'est ce qu'un médecin qui a beau-

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coup écrit sur cette question (Raciborski) comparait avec ce qui se passe pour -la dentition. Tout le monde sait, en effet, que la dentition se fait plus ou moins vite; qu'il y a des enfants qui, à l'âge de trois ou quatre ans, n'ont encore aucune dent, ou en ont à peine deux ou quatre, tandis que d'autres les ont souvent toutes, avant la fin de la deuxième année, et qu'un certain nombre en apportent en venant au monde. Cependant, au milieu de tous ces écarts, il y a toujours un ordre qu'il est facile d'observer et qui résume les lois fondamentales de la dentition dans l'espèce humaine. Ainsi, on peut établir comme règle générale, que telles dents poussent à tel âge, telles autres à tel autre âge, et ainsi de suite, indépendammentdetoutes considérations individuelles. Eh bien! il en est de même pour la menstruation qui apparaît plus ou moins tôt et se prolonge, dans nos climats, jusqu'à un âge plus ou moins avancé, sans que la constitution ni le tempérament puissent en fournir l'explication.

On a appelé sens génital ce résultat de l'organisation qui fait la précocité de la jeune fille, et détermine la durée de sa période de fécondité. C'est dans les ovaires qu'est le siège de la puissance génitale. Les autopsies prati-

quées sur des enfants, ont fait voir, en effet, de notables différences dans le degré de développement de ces organes, à des âges identiques. Mais ce n'est pas tout; la puissance génitale marque de son cachet tous les actes qui se rattachent à la reproduction de l'espèce; son influence se continue par delà l'époque de la puberté, et on peut considérer comme une sorte d'axiome que plus les règles s'établiront de bonne heure, et plus il y aura de présomption pour que la jeune fille ait un grand nombre d'enfants et voie sa menstruation persister jusqu'à un âge avancé. C'est là la conséquence de l'élévation de la puissance vitale dévolue au sens génital. Nous avons cherché, avec Raciborski qui, le premier, a formulé le principe que nous venons de rappeler, si la statistique confirmerait ce fait d'observation. Mais nous n'avons pas tardé à reconnaître combien de causes d'erreurs viendraient entacher nos résultats. Pour ce qui est de la fécondité, d'abord, il y a la volonté qui intervient communément et trouble les dispositions naturelles, sans parler des maladies qui peuvent amener la stérilité. Quant à la durée de la phase menstruelle, elle peut de même être amoindrie par les hasards des accouchements et des affections de toute sorte,

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qui, accidentellement, peuvent atteindre les ovaires ou l'utérus. Il serait, en conséquence, bien peu sûr d'interroger les chiffres et d'en tirer des conclusions. Ce cas n'est d'ailleurs pas le seul où se manifestent les illusions décevantes de la méthode numérique, appliquée aux problèmes de la physiologie.

Enfin, comme le sens génital procède de l'organisation de la femme, il doit, comme les autres attributs de cette organisation, transmettre son énergie à la descendance par voie d'hérédité. C'est aussi ce que démontre l'expérience. Courty (de Montpellier) a connu une famille où il y avait huit filles, qui, toutes, avaient été réglées à onze ans. Le Dr Webb raconte, de son côté, que, dans une grande maison d'éducation, fondée à Calcutta, par le gouvernement anglais, pour deux cents jeunes filles anglo-indiennes, nées aux Indes de parents anglais, il a remarqué que la plupart de ces jeunes personnes continuaientà être réglées à quinze et seize ans, comme si elles avaient habité l'Angleterre, tandisque la première éruption desrèglesarrivait entre douze et treize ans, chez les pensionnaires d'origine indienne. Preuve évidente du rôle que joue l'hérédité dans le développement du sens génital.

§ II. — Climat.

On connaît l'influence favorable de la chaleur sur la génération, dans tout le règne organique. Les plantes aussi bien que les animaux se reproduisent et mûrissent plus vite sous une température élevée. Ainsi, dans les pays rapprochés des tropiques, la végétation est tellement active que la terre est couverte de fleurs et de fruits toute l'année, tandis que, dans les contrées polaires, la végétation est pauvre ou complètement nulle. Il en est de même des animaux; à ce point que certaines espèces originaires des climats chauds et transportées sous nos latitudes y perdent aussitôt la faculté de se reproduire. L'industrie a mis à profit cet enseignement, en créant des serres chaudes pour la conservation et la reproduction des espèces qui ne peuvent vivre que sous une température élevée et des couveuses artificielles pour l'éclosion des œufs.

Ce qui est vrai pour tout le reste du règne organique, n'est pas moins vrai pour l'espèce humaine,, seulement il ne faudrait pas exagérer le fait; car si

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