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CHAPITRE II

Nous ne ferons pas l'historique de toutes les théories qui ont eu cours, dans la suite des temps, relativement à la fonction menstruelle. Fondées sur desimpies hypothèses, elles se sont écroulées successivement devant les observations anatomiques et les conquêtes modernes de la physiologie expérimentale. -La doctrine admise aujourd'hui par tous les esprits positifs est celle de l'ovulation spontanée, introduite dans la science presque simultanément, par Pouchet, Négrier, Gendrin et Raciborski qui s'en disputent la découverte.

Pour faciliter l'intelligence du phénomène de l'ovulation spontanée, nous nous servirons de la description qu'en a donnée Raciborski dans son remarquable Traité de la menstruation .

§ Ier. — Théorie de la menstruation.

D'après les observations de Carus, confirmées par la plupart des physiologistes modernes, les ovaires possèdent déjà pendant la vie fœtale les germes de la génération future. Leur action physiologique consiste précisément à conduire ces germes, par une série de modifications successives, jusqu'au degré de maturité qui les rend aptes à être fécondés. D'après Carus on voyait d'abord se former autour de chaque germe une enveloppe membraneuse dont l'intérieur se remplissait progressivement d'une sécrétion albumineuse presque claire. C'est ce qu'on prit, pendant longtemps, pour des œufs et ce qu'on désigne maintenant sous le nom de vésicules de de Graaf; ces dernières ne commencent à paraître que dans le courant, de la première année de la vie extra-utérine chez les petites filles. Carus croyait que l'œuf mûr de la femme restait à l'état d'une vie /afer^ejusqu'à ce que par l'acte de la fécondation il fût tiré de cet état dépendant et appelé à un développement ultérieur. Cependant cette manière de voir ne

rendait nullement compte de l'hémorrhagie périodique, c'est-à-dire de la menstruation. Le physiologiste allemand subordonnait tout au rapprochement sexuel. Selon lui, l'œuf était prêt, depuis longtemps, à être fécondé ; il ne lui manquait que l'excitation génésique, qui devait amener l'application du pavillon de la trompe contre l'ovaire, conduire le sperme dans l'ovule, et faciliter enfin le retour de l'œuf fécondé dans la cavité utérine. Gomme on le voit, il n'y avait point de place, dans cette hypothèse, pour l'hémorrhagie menstruelle. Il fallait admettre un acte spontané de la nature, se réalisant périodiquement, en vue de la fécondation, à l'aide d'un puissant orgasme vasculaire auquel l'hémorrhagie menstruelle servait de crise. Ce sont les recherches anatomiques sur les ovaires de certains animaux domestiques qui ont suggéré à Raciborski cette explication à laquelle les savants se sont presque tous ralliés aujourd'hui. Donc, d'après cette théorie, c'est l'afflux du sang vers l'artère ovarique, surtout, qui fait gonfler le pavillon et l'applique sur l'ovaire, sans qu'il soit besoin d'une autre intervention.

Il fallait, maintenant, pour arriver à la démonstration expérimentale de l'ovulation spontanée, surprendre

ie moment de la rupture ou de la déhiscence des vésicules de de Graaf, pour voir un ovule se détacher et cheminer à travers la trompe, jusque dans la cavité de la matrice. Cet honneur était réservé à Pouchet, qui s'est acquis par sa découverte un des plus beaux titres à la reconnaissance de la postérité.

La déhiscence spontanée des vésicules de de Graaf qui coïncide avec les règles, se distingue anatomiquement de celle qui est le résultat de la fécondation. L'ovulation spontanée marque les époques de rut chez les animaux, et les époques menstruelles dans l'espèce humaine. C'est donc une loi générale applicable à tout le règne animal.

Voilà, succinctement exposée, la théorie actuellement admise de la menstruation. Quelques rares dissidents persistent encore à la contester de temps à autre, mais elle a, en sa faveur, tant de témoignages concordants, tant de preuves positives, qu'on peut la considérer comme définitivement installée dans la science.

Voyons, à présent, en quoi consiste cette fonction.

§11. — Symptômes de la menstruation.

La menstruation n'est point un fait local et isolé. Il semble plutôt que tout l'organisme y participe. Il est des femmes chez lesquelles, à la vérité, les règles se produisent, presque à leur insu. Aussi elles ne s'en préoccupent pas ; à part quelques précautions commandées par la décence et la propreté. Mais ce sont là des privilégiées; car le plus souvent les époques menstruelles sont précédées, accompagnées ou suivies, par des phénomènes pénibles ou au moins désagréables. La proportion de celles-ci à celles-là est comme quatre est à un, d'après Brierre de Boismont.

Les règles sont habituellement annoncées par des symptômes précurseurs, dont la durée varie de un à huit jours.

Suivant certains observateurs, les phénomènes généraux apparaissent un jour ou deux avant les règles, et cessent dès que l'hémorrhagie est établie, ou au plus tard le deuxième jour.

Les symptômes que Ton remarque sont locaux etgé-

néraux. Parmi les symptômes locaux, les plus fréquents, sont : les coliques, les maux de reins et les pesanteurs de la matrice. Les symptômes généraux sont : la céphalalgie, des phénomènes nerveux de toute sorte; de l'agacement, des bâillements, des pandiculations, des bouffées de chaleur à la face, etc., et, enfin, la turgescence des seins et la titillation des mamelons. Certaines femmes observent à chaque période menstruelle des dérangements du côté des organes digestifs, variés selon l'idiosyncrasie, mais toujours identiques pour chacune d'elles.

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