III. — PÉRIODICITÉ DE LA MENSTRUATION
L'intervalle qui sépare l'époque des règles, est habituellement de quatre semaines, soit vingt-huit jours; cependant on observe quelques écarts dans cette évaluation; mais, généralement, ils se maintiennent dans des limites assez restreintes.
On n'a pas remarqué que le climat exerçât une influence sensible sur la périodicité des règles. Ainsi, en Laponie, les choses se passent absolument comme dans
nos pays. Sur cent treize femmes, Faye et Vogt ont noté que la menstruation revenait une fois en quatre semaines, chez cent deux d'entre elles. Les renseignements sur les contrées très-chaudes ne sont pas tout à fait aussi précis. Mais il est à présumer que s'il y avait une notable différence, elle aurait certainement été signalée par les auteurs qui ont écrit sur l'âge de la première éruption des règles dans l'Inde.
On a voulu rattacher la périodicité, menstruelle aux phases de la lune; et ce préjugé, — car c'en est un, — rencontre encore des partisans de nos jours. D'autres l'ont attribuée à l'influence solaire. Quelques-uns enfin, à l'exemple de Gall, le père de la phrénologie, prétendent que toutes les femmes du globe sont réglées par catégories de huitaines de jours. Pures rêveries que tout cela, dont l'expérience de chaque jour démontre péremptoirement l'inanité! Une cause organique préside assurément au retour régulier du phénomène, chez la femme, et cette cause est vraisemblablement la même qui produit le rut dans les espèces animales, avec une régularité à peu près égale dans les deux cas.
Au demeurant, comment se pourrait-il qu'un phéno-
mène physiologique comme la menstruation, fût soumis à un rhylhme en quelque sorte mathématique ou dépendant des lois de l'astronomie, lorsqu'on voit les actes les plus importants de l'économie revêtir tant de diversités chez les différents individus? Pourquoi chercher si laborieusement la cause de si insignifiantes variations, quand on n'a qu'à considérer les influences nombreuses et puissantes auxquelles les femmes, par leur impressionnabilité connue, obéissent constamment? Pourquoi, enfin, édifier tant d'hypothèses hasardées, pour expliquer un fait qui trouve son explication naturelle, dans la variété des tempéraments, des constitutions, des habitudes, des professions, du régime, etc.? Pour nous, la loi qui régit à peu près exactement le retour des règles, est du même ordre que beaucoup d'autres lois physiologiques, auxquelles on ne demande pas une plus grande rigueur.
§ IV. — Durée des époques menstruelles.
L'écoulement des règles a une durée de quatre à
cinq jours, chez la femme bien portante ; cette durée
peut, cependant, subir l'influence du tempérament et de l'état général de la circulation ; à tel point que certaines femmes ne perdent que pendant un ou deux jours, alors que d'autres voient leurs règles persister de six à huit jours, sans en être incommodées. C'est une question d'habitude et plus encore d'hérédité. Nous connaissons maints exemples de transmission, par voie de descendance, de ces modes de menstruations qui s'écartent, pour la durée et l'abondance, du type commun. Aussi, avons-nous coutume d'interroger nos malades affectées de menstruations profuses, sur ce qui se passe, à cet égard, chez leurs mères; et, bien souvent, nous sommes à même de distinguer, de cette façon, ce qui est l'effet de l'hérédité, de ce qui est la conséquence d'un état morbide. Il n'est pas besoin d'insister sur l'intérêt que présente ce diagnostic différentiel, pour la conduite à tenir par le praticien consulté. Il faut, en effet, une grande circonspection, de la part du médecin, pour décider de l'intervention utile de la thérapeutique, dans les cas d'anomalies menstruelles qui conservent leur allure régulière, sans exercer sur la santé des femmes une influence manifestement défavorable. Si quelque traitement peut
être prescrit dans ces conjonctures, il est rare que ce soit autre chose qu'un traitement hygiénique. Les remèdes et, surtout, les moyens à longue portée, sont presque constamment inopportuns, sans être toujours in offensifs.
§ V. — Propriétés du sang menstruel.
a. Analyse chimique. — Bouchardat ayant analysé environ 32 grammes de sang menstruel, y a trouvé :
Eau 90,08
Fibrine, albumine et matière colorante. 75,27
Matières extractives 0,42
— grasses 2,21
Sels 5,31
Mucus 16,79
Ce qui prouve que le sang menstruel ne diffère, dans sa composition, du sang artériel, que par le, mélange d'une certaine proportion de mucus. Mais ce qui le distingue, c'est qu'il ne se prend presque jamais en caillots. Serait-ce à cause de la présence du mucus ? Mandl a démontré, en effet, que le mélange
de la moindre quantité de mucus ou de pus avec le sang, rendait celui-ci incoagulable.
D'après Donné, le sang menstruel est acide. Cette propriété serait due à la présence dans le sang des acides chlorhydrique et lactique libres, ce qui donnerait une nouvelle raison de son incoagulabilité.
L'origine principale de ce sang est dans les capillaires artériels et veineux, répandus à la surface de la membrane muqueuse qui tapisse la cavité utérine.
b. Analyse microscopique. — Le sang des règles est composé de globules absolument semblables à ceux qu'on rencontre dans le sang du reste de l'économie, avec un mélange de mucus pavimenteux, provenant de Texfoliation de l'épithélium vaginal et de globules muqueux fournis par la cavité du col de l'utérus.