VI. — DÉVIATION DES RÈGLES
Il peut arriver que, chez une jeune fille, les règles au lieu de s'établir par les voies habituelles, se déclarent et se répètent tous les mois, par une hémorrhagie provenant des bronches, de l'estomac, de la vessie, du
rectum, d'une tumeur ou d'une plaie accidentelle, et cela, sans que la santé en éprouve la moindre atteinte. Ce que nous supposons chez une jeune fille, peut tout aussi bien se réaliser chez une femme d'un âge plus ou moins avancé, et jusque-là normalement menstruée. Ce singulier phénomène a été diversement interprété ; mais aucune des explications qu'on a hasardées ne satisfait l'esprit et ne vaut la peine d'être reproduite. Tout ce que nous savons à cet égard, c'est que nous ne savons rien; et le mystère physiologique qui enveloppe le mécanisme de la déviation des règles étant d'ordre essentiellement dynamique, il est facile de prédire qu'il ne sera pas, de longtemps, dévoilé. Sait-on mieux par exemple,, pourquoi ce qu'on appelle une métastase s'opère de préférence sur tel organe plutôt que sur tel autre? On entasserait hypothèses sur hypothèses qu'on n'en serait pas plus avancé, et que dans l'état actuel de la science, la vérité se déroberait toujours à nos recherches. Bornons-nous donc, pour le moment, à constater le fait.
Forestus raconte le cas d'une jeune personne de vingt ans, chez qui les règles se supprimèrent et furent remplacées par un ulcère sur la cuisse, par lequel
un suintement sanguin se faisait tous les mois. La malade réclama vainement de Forestus la cicatrisation de cet ulcère gênant. Il n'y voulut point consentir. Elle s'adressa alors à un autre médecin qui ne manifesta pas les mêmes scrupules. L'ulcère fut promptement guéri, mais aussitôt survinrent des symptômes d'aliénation mentale et de nymphomanie. Heureusement les règles reparurent par les organes sexuels, et tout rentra dans l'ordre.
Un médecin de Besançon, Chauffe, cite un cas analogue. Une femme, après avoir vu ses règles supprimées, est atteinte d'une tumeur à la face, qui saignait tous les mois. Un chirurgien fut appelé qui en lit la ligature. La guérison fut prompte, mais regrettable ; car des désordres survinrent bientôt du côté des facultés intellectuelles, et plus tard une attaque d'apoplexie enleva la malade.
Il est remarquable que ces déviations de la fonction menstruelle se lient presque toujours avec diverses perturbations nerveuses, et attaquent de préférence les sujets affectés de chloro-anémie ou appauvrissement du sang. De cette notion résulte une première conséquence, mais une conséquence capitale : c'est que les
efforts du traitement doivent être dirigés surtout contre l'état général. Ainsi, on aura recours aux ferrugineux et aux préparations de quinquina, aidés d'un régime reconstituant. On fera usage d'une hydrothérapie méthodique et des bains de mer, et si c'est possible on prescrira le séjour à la campagne.
Après avoir ainsi rétabli les forces et restitué au sang ses propriétés normales, il y aura lieu de rappeler vers l'utérus le molimen hémorrhagique dévié, et, dans ce but, on pourra tenter différents moyens réputés pour leur action élective sur la matrice. Tels sont : la Sabine prise à petites doses, les lavements aloétiques, etc. et puis notre scarificateur ventouse du museau de tanche, à l'aide duquel on congestionne directement le col de l'utérus. On choisira pour l'emploi de cette médication, l'époque des règles, et on ne fera absolument rien pour les supprimer là où elles se sont portées, avant d'avoir réussi à les ramener à leur siège naturel.
Chez les jeunes filles non encore menstruées, il y aurait imprudence à tarir l'écoulement dévié, jusqu'à ce que, par un traitement approprié, on l'eût fixé sur les organes génitaux. En un mot, l'indication consiste à respecter les efforts de la nature, quelque bizarres
qu'ils soient, tout en cherchant à les régulariser, en agissant sur la crase du sang et simultanément sur la circulation utéro-ovarique.
§ VII. — De l'époque intermenstruelle la plus