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DES RÈGLES

Il s'agit actuellement de rechercher si l'existence du flux doit être un empêchement à l'exercice de la fonction génératrice, ou en d'autres termes : si le rapprochement sexuel constitue un danger durant la période menstruelle.

Voyons, d'abord, quels sont, à cet égard, les préceptes religieux, d'après la loi de Moïse et d'après la théologie chrétienne.

Nous citerons, en premier lieu, les textes bibliques :

« La femme qui souffrira l'accident qui lui arrive chaque mois, sera séparée pendant sept jours, et quiconque la touchera, sera impur jusqu'au soir.

« Toutes les choses sur quoi elle aura couché dans le temps de sa séparation, seront impures, aussi bien que toutes les choses sur lesquelles elle se sera assise.

« Quiconque touchera quelque chose sur quoi elle se sera assise, lavera ses vêtements, se lavera soi-même, dans l'eau, et sera impur jusqu'au soir.

« Si quelque chose a été sur le lit de cette femme ou sur le siège où elle aura été assise, celui qui touchera cette chose sera impur jusqu'au soir.

« Si un homme s'approche d'elle, pendant qu'elle sera en cet état, il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il dormira sera souillé.

« Lorsqu'une femme souffre le flux, pendant plusieurs jours, hors les temps ordinaires, ou qu'il ne cesse point lorsqu'il devrait cesser, tandis qu'il durera, elle sera souillée, comme elle l'est au temps de ses purgations accoutumées.

« Toute couche sur laquelle elle aura dormi dans tout le temps qu'elle souffrira ce flux, sera impure, comme celle où elle dort dans le temps de ses purgations-, et tout ce sur quoi elle s'assied sera souillé, comme il le serait alors.

« Quiconque aura touché ces choses-là, sera impur;

il lavera ses -vêtements , il se lavera lui-même dans l'eau, et sera impur jusqu'au soir.

« Quand elle sera délivrée de ce flux qui la rend impure, elle comptera sept jours, au bout desquels elle sera purifiée.

« Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles... » (Lévitique, chap. XX, v. 19 à 29.)

Dans la loi de Manou, comme dans la loi de Moïse, la femme est réputée impure à l'époque de ses règles, ainsi qu'il résulte de ce passage : « Quelque désir qu'il éprouve, il (l'homme) ne doit pas s'approcher de la femme, lorsque les règles commencent à se montrer, ni reposer dans le même lit. (Lois de Manou,lïv. IV, v. 10.)

Le Talmud, renchérissant encore sur la rigueur de ces prescriptions, dispose que :

« Si une femme a cohabité avec son mari, la veille de l'éruption des règles, quelle que soit la durée de celles-ci, elle ne peut commencer à compter les jours d'impureté, qu'à dater du cinquième jour qui suit la cohabitation. » Ce qui reporte la purification au douzième jour. On voit, dans l'un des versets du Lévitique transcrit

plus haut, qu'il est question d'un flux hors les temps ordinaires, ou ne cessant pas lorsqu'il devrait cesser. Les commentateurs se sont exercés à discerner, parmi ces écoulements, ceux qui proviennent véritablement de la même source que les menstrues, de ceux qui sont dus à toute autre cause, et, dans cette vue, ils ont cherché des caractères spécifiques dans la couleur du sang qui s'échappe de la vulve.

Cinq sortes de sangs sont réputés impures : le rouge, le noir, celui qui a la nuance du safran ou celle de Veau mélangée de terre argileuse, ou enfin celle de Veau coupée avec du vin, (Mischna, Traité Nida, chapitre m, 6.)

Il n'est pas besoin de "faire observer combien sont fugaces et infidèles des signes de cette nature, pour distinguer le flux cataménial des hémorrhagies de cause pathologique qui peuvent apparaître par les voies génitales.

De nos jours et dans l'état actuel de la science, une pareille coufusion ne serait guère possible, si ce n'est dans le cas où une métrorrhagie, par exemple, viendrait à succéder immédiatement aux règles, et sans laisser à celles-ci le temps de parcourir toutes leurs

phases; car, si déjà le sang s'était décoloré et avait repris, à peu près, l'aspect du mucus vaginal, l'erreur ne serait pas permise, et il faudrait considérer comme accidentelle la perte qui se serait déclarée à nouveau. A plus forte raison est-il possible de reconnaître le caractère d'un écoulement sanguin qui se produit entre deux périodes menstruelles, aux symptômes qui sont propres à la fonction physiologique, ou à l'état pathologique, dont l'hémorrhagie ne serait qu'une manifestation.

Au demeurant, la distinction est assez insignifiante, par rapport à la question qui nous occupe ; car si les rapprochements sexuels doivent être évités pendant l'époque des règles, à plus forte raison seraient-ils pernicieux durant unehémorrhagie qui aurait pour siège un point quelconque des parties génitales, ainsi que nous le ferons voir.

Les lois de pureté prescrites par Moïse sont encore observées, à notre époque, par le plus grand nombre des femmes juives, et il n'y aurait aucune témérité, selon nous, à leur reconnaître une grande part dans le maintien des qualités physiques qui distinguent les Israélites, à côté de la dégénération qui frappe les autres races.

A la vérité, dans les grandes capitales, comme Paris, entre autres, il est permis de supposer que les femmes juives enfreignent assez volontiers les lois de leur culte, qui règlent les rapports conjugaux, pendant la période menstruelle. Mais aussi il est facile de reconnaître, que là, les caractères du type primitif commencent à s'effacer; ce qui tendrait encore à corroborer notre interprétation.

Ces mêmes institutions peuvent être regardées, jusqu'à un certain point, comme des règlements de police médicale, inspirés par certaines idées d'hygiène mystique, répandues parmi les peuples de l'Orient, avec un caractère religieux généralement accepté. Si Ton compare, sous ce point de vue, la législation des Hébreux avec celle des Égyptiens et des Hindous, on sera frappé de ce fait, que Moïse a beaucoup simplifié les pratiques de la purification, en supprimant tout ce qui n'était fondé que sur la superstition, et en ne maintenant que ce qui pouvait être réellement utile à l'hygiène et favorable aux mœurs. Mais la pureté du corps avait un autre but, d'un ordre infiniment supérieur. Elle était le symbole de la pureté intérieure, et elle est mise, par le législateur, dans un rapport intime

avec le cuite de Jéhova et avec la sainteté qu'exigeait ce culte.

Nous allons exposer actuellement les opinions d'un casuiste catholique, le R, P. Debreyne, dont on connaît le profond savoir, en matière de médecine et de cas de conscience.

« On sait, dit cet auteur, que plusieurs théologiens, d'après l'autorité de saint Thomas, regardent comme une faute mortelle l'usage du mariage dans le temps de la fonction menstruelle, parce que, suivant eux, cette circonstance grave expose au péril d'engendrer des enfants lépreux ou monstrueux.

« Sanchez et un grand nombre d'autres théologiens affirment que la loi du Lévitique : Celui qui cohabitera avec une femme pendant le flux menstruel... seront mis à mort tous deux (XX, 18), n'est qu'une prohibition purement cérémoniale qui n'oblige plus sous la loi évangélique.

« Nous pensons, nous, ou plutôt nous sommes convaincu que ce précepte est autant moral que cérémonial, parce que l'acte conjugal, exercé pendant l'époque cataméniale, emporte une malice théologique, en ce sens qu'il est plus ou moins nuisible ou défavorable

à sa fin principale, la génération; non parce que, comme disent les théologiens, il en naîtra des enfants lépreux ou monstrueux, ce que nous ne croyons nullement, mais parce que, très-souvent, il n'en naîtra pas du tout, ni normaux ni anormaux. Et pourquoi cela? Parce que la menstruation n'est qu'une fonction préparatoire, une excrétion déplétive et expulsive, et, par conséquent, très-peu propre à la génération; il s'ensuit donc, naturellement, que le temps qui la suit immédiatement est le plus favorable à la conception, et c'est, en effet, ce que l'expérience prouve tous les jours.

« Yous voyez, d'après cela, que nous n'avons pas même besoin de nous appuyer du passage d'Ézéchiel : où l'on voit que la cohabitation pendant la crise menstruelle se trouve placée au rang de l'adultère. »

Comme conclusion, ajoute plus loin le même auteur, « la femme n'est pas tenue à la reddition du devoir conjugal, pendant l'époque du flux menstruel. »

Il résulte donc de ce qui précède, qu'au point de vue religieux, l'acte du mariage doit être proscrit pendant l'époque menstruelle, au moins d'après les lois juives et chrétiennes, avec cette différence, cependant, que

les premières ajoutent à l'interdiction un certain nombre de jours après la cessation de l'écoulement, tandis que les secondes réduisent la prohibition à la durée de celui-ci.

Un livre qui a paru récemment et qui se trouve entre les mains de la plupart des femmes, représente la fonction menstruelle sous un aspect .pour le moins étrange. Non content de rétablir la véritable signification d'un acte essentiellement physiologique, et de venger la plus belle moitié du genre humain de l'abjection que l'antiquité avait trop longtemps fait peser sur elle, l'auteur de ce livre, sans compétence, d'ailleurs, pour traiter un tel sujet, considère la femme comme une sorte de divinité, précisément à cause du tribut spécial que son sexe paye à la nature. « Nous connaissons, s'écrie-t-il dans un accès d'enthousiasme lyrique, cet être sacré qui, justement en ce que le moyen âge taxait d'impureté, se trouve en réalité le saint des saints de la nature. »

Nous n'aurions pas relevé une si choquante exagération, si ce n'eût été pour dire combien il est pénible de voir un écrivain, justement admiré pour ses travaux historiques, commettre la faute d'usurper un terrain

qui lui est étranger et faire servir le prestige de son nom, à la propagation d'opinions aussi fausses que puériles.

En effet, s'il fallait en croire Michelet, la femme serait une malade atteinte de la blessure d'amour qui saigne toujours en elle, et le devoir du mari consisterait à demeurer dans une perpétuelle adoration devant ce fétiche. On conviendra que de pareilles doctrines sont profondément subversives de toutes les idées admises au sein des ménages.

Mais nous avons hâte d'aborder la question sous une autre face, où nous serons plus à l'aise pour nous prononcer, c'est-à-dire sous le rapport hygiénique.

Aujourd'hui que l'hygiène n'a plus la foi comme auxiliaire, ses prescriptions, pour n'être pas méprisées, doivent s'appuyer sur le raisonnement et l'expérience.

Nous nous servirons donc de l'un et de l'autre pour démontrer que les relations sexuelles, pendant la durée des règles, sont dangereuses pour la femme, pour l'homme, et peut-être aussi pour le produit, lorsque par hasard il y a conception.

Quant à la femme, il est hors de doute que toute émotion vive lui est préjudiciable à l'époque mens-

truelle. La pratique journalière nous montre des suppressions, résultats d'une commotion profonde, comme la colère, la frayeur, etc. Quelquefois les mêmes causes déterminent l'effet contraire, l'hémorrhagie. Eh bien, n'est-il pas évident que l'ébranlement nerveux de l'acte génésiaque peut aboutir aux mêmes conséquences, et de préférence amener des pertes? Mais il ne s'agit pas, en ce moment, d'une vue de l'esprit, d'une probabilité ; nous avons eu sous les yeux, maintes fois, des preuves de ce que nous avançons, et tous nos confrères en auront, sans doute, recueilli un bon nombre, chacun de son côté.

Au surplus, l'influence nerveuse n'est pas seule en cause ici. L'action mécanique, elle-même, joue un rôle important dans la production des accidents qui surviennent parfois dans les circonstances dont il est question. Elle augmente la turgescence des parties et exagère la fluxion normale, jusqu'à lui faire atteindre les limites du molimen hémorrhagique, qui se résout en un écoulement immodéré, en une véritable perte.

Enfin, le péril que nous signalons ici ne naît pas exclusivement à l'occasion du flux cataménial; il est inhérent à l'acte génésiaque lui-même, toutes les fois

qu'il existe une hémorrhagie par la vulve, de quelque source qu'elle émane, du reste. Nous estimons donc qu'il serait oiseux de chercher, pour ce motif, à différencier, par l'aspect du sang ou par tout autre signe, l'écoulement qui appartient à la fonction périodique, de celui qui est le symptôme d'un état morbide. Quelle que soit son origine, l'écoulement du sang par les parties génitales de la femme commande impérieusement le repos de ces organes.

Pour l'homme, le danger résulte, non pas de qualités virulentes qui seraient propres au sang des menstrues, comme le pensaient les anciens et comme quelques-uns le croient encore,, à l'heure actuelle. Non, dit M. de Lignac, le sang des règles n'a point cette malignité que lui ont prêtée certains naturalistes. C'est à tort que les auteurs ont écrit que les femmes, dans le temps de cet écoulement, font mourir, par leur toucher, une vigne qui pousse ; qu'elles rendent un arbre stérile; qu'elles font tourner les sauces, aigrir le vin et le lait; rouiller le fer et l'acier; qu'elles procurent des fausses couches à une femme grosse; qu'elles en rendent une autre stérile; qu'elles font enrager un chien, rendent un homme fou, etc., etc.

Paracelse regardait le sang menstruel, comme le plus subtil des poisons; il assure que le diable en fabrique les araignées, les puces, les chenilles et tous les autres insectes dont l'air et la terre sont peuplés.

Le sang des règles ne diffère en rien du sang ordinaire, et n'a aucune mauvaise qualité, si la femme qui le rend est saine ; car, dans le cas contraire, il doit avoir quelque influence sur les objets extérieurs, ainsi que les autres excrétions, lorsqu'elles se font dans un corps affecté de quelque maladie.

Mais si le sang menstruel est ordinairement exempt des propriétés malfaisantes qu'on lui avait attribuées injustement, il n'est que trop vrai qu'il les contracte, souvent, par son séjour trop prolongé dans le canal utéro-vaginal qu'il est obligé de parcourir. Là, il se corrompt et acquiert tous les caractères des liquides animaux en décomposition, c'est-à-dire une âcreté et une virulence proportionnelles à la durée de sa stagnation dans les parties, et à la température des lieux, sans compter encore qu'il participe d'autres conditions idiosyncrasiques de la femme, dont il nous est impossible d'apprécier exactement l'influence. Du contact de ce liquide vicié, sur la muqueuse du gland et

de l'urètre, peuvent résulter, et cela arrive fréquemment, des excoriations superficielles qui simulent des chancres, sans en avoir la gravité, et des blennorhagies qui en imposeraient pour la gonorrhée de nature spécifique, si elles ne cédaient habituellement, en quelques jours, à un traitement approprié. Nous n'appuierons pas plus longtemps sur ces faits qui sont d'expérience vulgaire.

Quant à la progéniture issue de ce commerce impur, nous en parlerons peu et pour une double cause. D'abord, c'est que nous croyons les conceptions fort rares pendant la durée des règles, et, .d'autre part, parce que l'observation rigoureuse et scientifique est, jusqu'à présent, muette sur ce point. Il nous faudrait invoquer de vieux préjugés et des croyances populaires, si nous voulions risquer d'émettre autre chose qu'une présomption, à l'endroit des éventualités fâcheuses qui pèsent sur les enfants procréés durant la période menstruelle. La tradition veut qu'ils naissent cachectiques, affectés de scrofules ou de rachitisme, et avec une intelligence obtuse. Nous le répétons, les faits manquent à l'appui de cette croyance, qui rallie cependant de nombreux partisans.

Peu importe, à tout prendre, qu'il y ait ou non danger pour la génération, s'il est indéniable qu'il existe pourles parents. Aussi n'insisterons-nous pas davantage. . Après les intérêts de l'hygiène, d'autres intérêts, non moins respectables, sont engagés dans cette question. Ce sont ceux de la morale.

En effet, la femme qui a ses règles, met le plus grand soin à le cacher à tous les yeux. Elle se sent instinctivement atteinte, nous dirions volontiers, dans sa dignité. Elle considère son état comme une souillure ou une infirmité, et pour peu que sa pudeur, — la plus incendiaire des vertus féminines, — ait été épargnée par l'omnipotence du mari, elle rougit presque à ses propres yeux, du tribut qu'elle est obligée de payera la nature. La contraindre, dans cette condition, à subir les caresses conjugales, c'est évidemment faire violence à ce qu'il y a de plus respectable en elle, c'est la faire déchoir de son piédestal, c'est la dépouiller du prestige que lui assurent les grâces de son sexe. L'amour a besoin de poésie, et il s'accommode mal des réalités grossières de la vie animale. Ne cherchons donc pas à contrarier d'aussi légitimes répugnances. Un premier pas, dans cette voie, conduit

infailliblement à des infractions de plus en plus regrettables.

Mais ce n'est pas seulement à l'époque menstruelle que la femme devrait dérober à son époux les détails infimes des exonérations auxquelles elle est assujettie comme lui. Nous voudrions la voir attentive à ne jamais se dépouiller complètement de ses charmes naturels, même dans l'intimité de l'alcôve. Elle y -gagnerait plus qu'on ne pense, en constance et en amour, dont les plus cruels ennemis sont la désillusion et la satiété.

Plus d'une femme mariée trouverait dans ces quelques lignes, si elle voulait y chercher toute notre pensée, l'explication de son délaissement prématuré, et la solution d'une énigme indéchiffrable pour son amour-propre, à savoir : la cause du triomphe remporté par une rivale, souvent moins bien douée qu'elle, au physique et au moral.

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