CHAPITRE PREMIER
Nous l'avons déjà dit plus haut, de tous les systèmes organiques, le plus exposé aux atteintes de la maladie au moment de la cessation des règles, devait être, naturellement, celui qui se trouve tout à coup privé de son rôle, et condamné à l'inaction, après avoir exercé, pendant un long espace de temps, la fonction prédominante dans l'économie de la femme. Nous voulons parler des organes de la sexualité : matrice, ovaires, mamelles.
§ 1er. — MALADIES DE LA MATRICE.
A. Engorgement de la matrice ou métrite parenehymateuse . — L'inflammation chronique, lorsqu'elle
s'étend au tissu propre de l'utérus, constitue ce qu'on appelle V engorgement. Cette affection, pour peu que la femme y soit prédisposée, par un état catarrhal antérieur de la matrice, se développe assez souvent après la cessation des règles et accompagne, presque toujours, à un certain degré, les troubles de sécrétion, annonçant l'altération de la membrane muqueuse.
L'engorgement peut être limité au col ou au corps de l'utérus. Il peut aussi comprendre l'organe tout entier :- toutefois, c'est le col qui est le siège de prédilection de l'engorgement, en raison de sa situation, qui le rend plus accessible aux causes mécaniques d'inflammation.
1° Engorgement du col utérin. — L'engorgement du col utérin ne s'observe guère que chez les femmes qui ont eu des enfants. On a cité quelques cas très-rares de cette affection, chez des filles vierges; mais Nonat affirme que dans sa longue pratique il n'a pas rencontré un seul exemple de ce genre.
Lorsqu'à l'engorgement se joint l'hypertrophie, qui en diffère complètement, le bourrelet que présente le col, acquiert un volume plus considérable qu'à l'état normal, et la densité du tissu augmente notablement.
C'est à l'aide du toucher et du spéculum qu'on constate l'existence de ces diverses lésions.
2° Engorgement du corps de Vutêrus. — Ici le toucher ne suffit pas toujours pour établir un diagnostic certain. Il faut, dans les cas obscurs, avoir recours à la sonde utérine, pour reconnaître l'étendue de la cavité et l'épaisseur des parois de l'organe.
Selon que l'engorgement est plus ou moins considérable, la matrice conserve ses limites naturelles, ou les dépasse, en se portant au-dessus de la symphyse pubienne. Son poids est augmenté, en proportion de l'altération du tissu, et on s'en assure facilement, en soulevant l'organe avec le doigt introduit dans les parties.
Nous avons dit, plus haut, que l'engorgement se compliquait le plus fréquemment de métrite interne,' c'est-à-dire de l'inflammation sécrétoire de la muqueuse ulérine. Cette circonstance rend le traitement et plus long et plus difficile. Il est, en effet, plus aisé de triompher de cette dernière affection que de la première. Aussi l'engorgement survit presque toujours à la guérison de la métrite interne, et ne cède que plus tard, à une thérapeutique suffisamment persévérante.
Traitement. — La même médication s'adresse également à tous les engorgements de la matrice : qu'ils affectent le col, le corps ou l'organe tout entier. Mentionnons, tout d'abord, les émissions sanguines locales ou générales ; les saignées plus ou moins répétées, les sangsues ou les ventouses scarifiées. Pour satisfaire à cette dernière indication, nous avons imaginé un appareil qui a été favorablement accueilli par l'Académie de médecine, et que nous avons désigné sous le nom de scarificateur ventouse du museau de tanche. Cet instrument simplifie beaucoup l'opération et permet de doser la quantité de sang qu'on veut soustraire. Il nous a rendu, ainsi qu'à d'autres praticiens, des services très-appréciables. (Voy. Des scarifications multiples du col, à l'aide d'un instrument nouveau, dans le traitement des leucorrhées symptomatiques des engorgements utérins. Paris, 1852.)
Après la médication antiphlogistique, vient la médication dérivative, qui consiste dans l'emploi des ventouses sèches, des manuluves,des sinapismes et des vésicatoires, et la médication topique qui comprend les diverses applications externes, comme cataplasmes, pommades, liniments, etc. , injections et douches vaginales.
Enfin on a recours aux lavements, aux bains entiers et aux bains de siège, composés de substances appropriées aux indications qu'on veut remplir, et aux purgatifs, — à l'exclusion des drastiques, qui sont généralement nuisibles, — à l'effet d'entretenir la liberté du ventre.
La convalescence sera hâtée par l'usage des eaux minérales et d'une hydrothérapie méthodique, instituée avec prudence et discernement.
Parmi les eaux minérales, celles que nous conseillons, de préférence, sont les eaux de Barèges, de Luchon,de Cauterets et de Saint-Sauveur, toutes sulfureuses; puis les bains ferrugineux de Forges, Bussang, Spa, Luxeuil, etc.
Les bains de mer compléteront le traitement, lorsqu'il n'y aura plus à remédier qu'à un état de débilité générale ou à un reste d'engorgement de l'organe utérin, exempt, d'ailleurs, de toute trace de phlegmasie persistante.
La médication par les bains de mer exige, de la part du médecin, une grande expérience. C'est une arme à deux tranchants, qui peut contribuer à la résolution rapide de l'engorgement ou, au contraire, favoriser
le retour d'une inflammation trop récemment assoupie. Ce n'est donc qu'avec une extrême réserve qu'on doit employer ce moyen, et, pour ainsi dire, après un tâtonnement préalable, afin de mesurer la susceptibilité de l'organe malade. Au moindre signe de réaction on suspendra le traitement, sans, pour cela, abandonner le séjour au bord de la mer, parce que, à défaut de la balnéation, il restera l'influence favorable de l'atmospbère maritime sur l'état général, dont il est permis d'attendre les plus heureux effets.
B. Ou cancer de la matrice. — Un grand nombre de maladies, différentes par leur nature, ont été décrites sous le nom de cancer de la matrice . La confusion était d'ailleurs facile, et il ne fallait rien moins que les progrès de l'anatomie pathologique et l'intervention du microscope, pour débrouiller ce chaos. Il ne saurait évidemment entrer dans notre plan de faire l'inventaire de tous les travaux dont le cancer a été l'objet, dans ces derniers temps, pour distinguer ses diverses espèces et établir une classification scientifique. Ce serait sans profit pour le but que nous nous sommes proposé, et il ne suffirait pas d'un
volume tout entier , pour épuiser un sujet à la fois si vaste et si important. Nous nous bornerons donc à envisager la question au point de vue exclusivement pratique, en élaguant tous les développements qui ne seraient pas d'une application immédiate. Et d'abord, nous acceptons cette définition du cancer :
a Le cancer est une maladie chronique, qui débute sous forme de bouton, de plaque ou de tumeur; qui s'accroît graduellement; ne rétrograde jamais; offre une tendance manifeste à l'ulcération; envahit tous les tissus sans distinction; qui peut se reproduire sur place ou à distance, notamment dans les glandes lymphatiques de la région malade, et dans les organes internes; qui, enfin, réagit sur la santé générale et finit par entraîner la mort. » (Alfred Heurtaux, art. cancer, du Nouveau dictionnaire de médecine et de chi-, rurgie pratiques.)
Quant à la division du cancer de la matrice, nous en admettons trois espèces, que nous appellerons : cancer fongueux, cancer sanguin ou squirrheux et cancer encéphaloïde. Nous allons en indiquer les caractères distinctifs :
1° Cancer fongueux. — Cette espèce a pour particu-
DliS MALADIES DE L AGE CRITIQUE,
larité, la production d'exubérances à la surface de la tumeur, ce qui lui donne parfois l'apparence d'un chou-fleur; cette tumeur s'épanouit en champignon, sur une partie quelconque ou sur toute l'étendue du col, qui représente un pédicule ou excroissance tenant à cette partie par un pédicule réel plus ou moins volumineux. Sa consistance est tantôt molle, tantôt assez ferme; sa couleur brunâtre ou violacée, et il en exsude un liquide roussâtre, séreux, purulent, ou un sang noir et visqueux. Dans cette espèce, l'hémorrhagie peut être continuelle, de même que dans l'engorgement par congestion sanguine; mais elle revêt plus rarement le caractère de perte, que dans cette dernière altération. Il est à noter, du reste, que le sang ne provient pas exclusivement du siège de la lésion, mais qu'il peut être fourni en partie par la cavité de l'utérus congestionné par le cancer. Ce qui distingue, d'ailleurs, cette affection de l'engorgement sanguin, c'est le siège même de la tumeur, qui est limitée au col utérin, dans les cas d'affection cancéreuse, et qui s'étend jusqu'au corps de la matrice dans l'engorgement congestif, surtout lorsqu'il est parvenu à son troisième degré. Pour lever toute incer-
titude, à cet égard, il est indispensable d'avoir recours au toucher par le rectum, afin de reconnaître l'étendue et les limites de l'altération. Un des caractères particuliers au cancer fongueux, c'est qu'il envahit bien plus souvent le vagin que les autres variétés, et qu'il s'y développe avec une rapidité tout exceptionnelle.
Les excroissances du cancer fongueux, abandonnées à elles-mêmes, se mortifient et se détachent, en laissant une surface ulcérée, source d'incessantes hémorrhagies et siège de prédilection de nouvelles productions cancéreuses.
2° Cancer sanguin ou squirrheux. — C'est cette espèce de cancer qui est toujours précédée d'un engorgement inflammatoire de la matrice, et qui constitue le troisième degré ou la période de dégénérescence de cette affection, simple en apparence, au moment de son début. Mais, disons tout de suite, que jamais un engorgement inflammatoire ou sanguin ne se transformera en affection cancéreuse, s'il ne coïncide avec une diathèse préexistante, ou une disposition particulière , inhérente à l'économie , qui n'attend qu'une cause occasionnelle pour entrer en action et parcourir ses périodes. On a également donné à ce
cancer le nom de squin^he, et Duparcque le décrit comme suit : « Gonflement sans déformation de l'utérus, et notamment du col, où il borne souvent son siège ; couleur violacée ; mollesse remarquable du tissu, d'autant plus prononcée que l'on se rapproche le plus du centre, c'est-à-dire de l'orifice utérin ; sentiment prononcé de crépitation que l'on éprouve en le comprimant; écoulement incessant d'un sang noir et granulé, mêlé de caillots plus ou moins volumineux; suintement d'un fluide analogue, que l'on voit sourdre de toute la surface apparente de la tumeur. Plus tard, il se mêle à ce fluide de la matière encéphaloïde, des lambeaux putréfiés, des matières fétides, résultant du détritus et "de la décomposition du tissu altéré, décomposition qui marche du centre ou de la surface interne du col et de la cavité utérine à la circonférence, d'où résultent une excavation putrilagineuse, et, enfin, une véritable ulcération cancéreuse. »
Le pronostic de cette espèce de cancer est de beaucoup plus grave que celui du cancer fongueux, en raison de sa tendance plus prononcée à se propager vers le corps de la matrice. Cette altération présente,
en effet, la singulière propriété que voici : elle progresse par une sorte d'expansion ascendante, en laissant intactes les parties d'où elle émerge.
Il ressort de ce fait une indication importante pour le traitement chirurgical, surtout ; c'est qu'il faut s'abstenir religieusement de toute opération, dans le cas d'envahissement du tissu utérin, parce qu'on ne peut apprécier jusqu'à quelle profondeur s'étend le mal, et que les efforts qu'on tenterait pour conjurer les accidents, n'auraient d'autre résultat que d'en hâter la marche fatale. Il n'en est point, heureusement, ainsi, pour le cancer fongueux, qui repose sur un organe dont le tissu est sain ou n'est altéré que superficiellement. Ici, on peut momentanément, au moins, tarir la source des pertes sanguines, en liant ou en cautérisant le champignon ulcéré, et, de cette façon, prolonger de beaucoup la vie des malades ; tandis que dans le cancer squirrheux dont il est question, en ce moment, cette ressource n'existe point; ce qui- donne au pronostic le caractère de gravité que nous lui avons assigné précédemment.
Cependant, il ne faudrait pas s'y méprendre, et établir une trop grande différence, sous ce rapport, entre
les deux espèces de cancer. Si, par la destruction des excroissances, il semble, parfois, qu'on se soit rendu maître d'un cancer fongueux, l'illusion n'est pas de longue durée, et Ton voit l'altération se reproduire au point primitivement occupé ou dans le voisinage. On a gagné du temps, et voilà tout. Mais, dans un cas comme dans l'autre, la malignité est à peu près la même et l'issue également funeste, qu'il s'agisse d'un cancer fongueux ou d'un cancer sanguin.
3° Cancer encéphaloïde . — Cette variété du cancer doit son nom à sa ressemblance avec le tissu cérébral, par sa consistance et son aspect. Il est rare de la voir constituer seule rengorgeaient cancéreux de la matrice. Le plus souvent là substance encéphaloïde se trouve infiltrée dans la tumeur squirrheuse, dont elle tend à hâter le ramollissement et l'ulcération.
Le cancer confirmé de la matrice, parvenu à sa période de ramollissement et d'ulcération, le cancer p?*oprement dit des anciens, et celui qui sert encore aujourd'hui de type aux cliniciens qui attachent plus d'importance aux connaissances acquises au lit du malade, qu'aux distinctions subtiles de la théorie, le cancer confirmé a dû, dans tous les cas, être précédé
de l'un des types que nous avons décrits précédemment, avant de revêtir les caractères auxquels le praticien exercé ne saurait jamais méconnaître la véritable nature de la maladie.
On observe quelquefois des cancers de l'utérus qui, à une certaine époque de leur développement, s'accompagnent de rétrécissement et d'épaississement du vagin, sous forme de bourrelets, d'hypertrophie de la membrane muqueuse et de brides indurées. C'est la conséquence de l'extension du cancer utérin, qui ne s'arrête même pas toujours au vagin et qui peut envahir progressivement jusqu'aux parties externes de la génération. La même marche est suivie parfois par l'altération cancéreuse, en sens inverse ; c'est-à-dire que le vagin est envahi le premier, et que la matrice n'est atteinte que consécutivement. C'est à cette espèce que Vidal, de Cassis, a donné le nom de cancer diffus.
Le cancer ulcéré est presque toujours la conséquence des altérations qui l'ont précédé, et son aspect révèle communément la nature de la lésion à laquelle il succède. Ainsi, dans le cas de cancer squirrheux ou encéphaloïde, l'ulcération est le résultat de la fonte d'une
ou de plusieurs bosselures, au sein desquelles s'est formée une matière ichoreuse, qui s'écoule au dehors et laisse une perte de substance, dont la tendance est de s'agrandir, de plus en plus, jusqu'à la destruction complète des tissus.
Alors, au milieu d'une masse squirrheuse englobant la matrice ou son col, on aperçoit des excavations plus étendues en profondeur qu'en surface et dont l'ouverture, dans les premiers temps surtout, est plus étroite que le fond. Il peut exister un nombre plus ou moins grand de ces sortes de cavernes ulcérées. Mais bientôt elles se réunissent pour n'en former plus qu'une seule, dont les bords sont irréguliers et comme déchiquetés, et la cavité parcourue par des brides qui la divisent en loges inégales.
La surface de ces excavations est baignée par une sanie séreuse, colorée en noir par le sang et mélangée de détritus cancéreux. Cette matière exhale une odeur fétide, particulière, et qu'on n'oublie plus, une fois qu'on l'a respirée, tant elle est désagréable et tenace. De plus, elle a la funeste propriété d'excorier, d'imbiber et d'enflammer les tissus qu'elle baigne, ce qui contribue puissamment à favoriser l'extension de la
maladie, aux parties avoisinantes, et à hâter leur désorganisation.
Traitement. — Le cancer est-il curable? Cette question a été résolue affirmativement par les uns, et négativement par les autres. Selon nous, il importe, avant de répondre, de bien préciser la période de la maladie où le traitement a été entrepris ; attendu qu'un cancer, à son début, n'est pas du tout la même chose qu'un cancer de la même espèce, parvenu à la période de ramollissement et d'ulcération. En effet, si une diathèse ou disposition spécifique, doit nécessairement présider au développement initial de l'affection, la contamination du sang, l'empoisonnement, ne s'opère que plus tard, par la résorption des liquides à la surface des parties ulcérées, et c'est alors, seulement, que se révèle la cachexie cancéreuse, marquée par la teinte jaunépaille du visage, un notable amaigrissement, avec dépression des forces, essoufflement et palpitations, et, enfin, la présence de ganglions engorgés dans les régions voisines du lieu malade.
Tel est le résumé succinct des signes auxquels se reconnaît la cachexie cancéreuse. Il va de soi que la description en est incomplète; mais il est inutile de
nous étendre davantage sur des détails qui n'auraient d'intérêt que pour les praticiens et nullement pour les gens du monde auxquels nous nous adressons.
D'après ce qui précède, on comprendra maintenant que la curabilité du cancer ne découle pas nécessairement des succès que se sont attribués certains auteurs, dont les observations se rapportent exclusivement à des engorgements qu'ils considéraient comme le premier degré du cancer.
En effet, où est la preuve de leur assertion, et qu'est-ce qui peut faire prévoir qu'une tumeur deviendra ou non cancéreuse? Par conséquent, on ne peut affirmer qu'on a guéri ou prévenu un cancer, parce qu'on aura obtenu la résolution d'un engorgement, quelque suspect qu'il fût. Est-ce à dire cependant qu'il ne faille pas faire tous ses efforts pour détruire l'engorgement sanguin qui précède toujours le cancer de la matrice ou du col, mais qui peut aussi n'y point donner lieu? Évidemment non. Il est, au contraire, de la plus haute importance, de diriger contre cette lésion, tous les moyens de traitement éprouvés par leur efficacité ; car si la dégénérescence cancéreuse devait en être la suite, il y aurait du moins des
chances d'en empêcher ou d'en retarder l'explosion. C'est là ce qui nous conduit à dire qu'il existe deux sortes de traitements du cancer de l'utérus : l'un préventif et l'autre curatif.
Le premier s'adresse, ainsi que nous venons de le dire, aux simples menaces de cancer, aux symptômes qui peuvent en dévoiler l'imminence : par exemple, la métrite chronique et l'engorgement de la matrice, chez une femme où il y a lieu de redouter la transmission héréditaire. Nous avons indiqué, en son lieu, en quoi consistait ce traitement.
Le traitement curatif est entièrement du domaine de la chirurgie, et a pour objet la destruction ou l'ablation des tissus envahis par la matière cancéreuse, alors que le diagnostic est solidement assis et que l'organisme n'est pas encore sous l'influence de la cachexie;
Il est un troisième traitement par lequel on se propose, non plus de guérir le mal, mais d'en amoindrir les effets, et d'en reculer l'issue fatale : c'est le traitement palliatif. On peut le formuler ainsi :
Un régime adoucissant, la diète lactée, les viandes blanches, le repos, le décubitus dorsal, en prévenant des recrudescences inflammatoires, peuvent contri-
buer à rendre le mal stationnaire. Un exutoire placé de préférence sur la région hypogastrique, en détournant le mouvement fluxionnaire de l'utérus, agira dans le même sens. Des bains émollients, des bains de siège, des clystères, des injections et même des cataplasmes demi-liquides, poussés et maintenus dans le vagin, sont fréquemment utiles pour calmer les douleurs et l'acuité des symptômes. Les narcotiques employés sous toutes les formes préviendront l'insomnie due à la souffrance, et rempliront une des indications les plus précieuses dans cette affreuse maladie. Les désinfectants de toute sorte seront employés pour détruire la mauvaise odeur qui s'exhale des tumeurs cancéreuses, et qui constitue un véritable supplice pour la pauvre patiente. Enfin, on évitera la constipation, par l'usage des lavements, et la rétention d'urine parle cathétérisme.
A la vérité, par ce traitement, le médecin n'a pas la prétention de guérir; mais les services qu'il en peut attendre, quand la maladie ne laisse plus d'autre ressource, sont loin d'être à dédaigner. Il prolonge la vie et la rend supportable, ce qui est un assez grand bienfait, dans les circonstances extrêmes où l'on se trouve placé.
C. Écoulements. — La métrorrhagie qui est l'un des accidents les plus communs de l'âge critique, est loin de présenter toujours la même gravité. Simplement déplétive, elle constitue un effort salutaire de la nature et ne doit être réprimée qu'avec la plus grande prudence. Au contraire, lorsqu'elle se lie à une lésion organique, elle emprunte à celle-ci son pronostic, funeste dans le plus grand nombre des cas.
Il en est de même des écoulements blancs qui accompagnent la ménopause, et dont la signification varie singulièrement, selon qu'ils sont liés à un engorgement de l'utérus, auquel cas ils peuvent être salutaires, ou à une désorganisation de ^tissus, qui ne laisse à la guérison que des chances bien aléatoires.
1° Écoulements sanguins. — Il s'agit, d'abord, de savoir si l'on a à faire à un écoulement menstruel ou à une hémorrhagie de cause morbide. Or, on ne peut regarder une hémorrhagie par la vulve, comme menstruelle, que lorsque, à l'époque ordinaire de l'âge critique, il n'y a pas eu d'interruption prolongée dans le retour de l'écoulement, lorsque les intervalles ne présentent pas de différence notable avec leur durée précédente, lorsque la quantité de sang perdu n'est ni
très-abondante, ni très-faible, lorsque l'hémorrhagie est précédée de la série plus ou moins complète des phénomènes qui caractérisent le travail ovarique, et lorsqu'enfin il n'existe aucune maladie, soit des parties génitales, soit d'un autre organe, qu'on puisse, avec quelque probabilité, suspecter d'être la cause de l'hémorrhagie.
Il est assez rare, d'ailleurs, que le retard de la ménopause, exeree une influence fâcheuse sur la santé, à l'exception des cas où les pertes de sang, par. leur abondance excessive, aboutissent à l'anémie. Et puis, il est d'observation journalière que les règles sont plus abondantes vers l'âge avancé que dans la jeunesse. La cause en est certainement — dit Scanzoni, — dans la plupart des cas, dans la rigidité sénile et la friabilité des vaisseaux utérins, qui ne sont plus en état de résister à la pression que le sang exerce sur leurs parois, ce qui favorise la rupture et l'extravasation.
Gardanne s'était déjà posé ces deux questions : Comment distinguer la ménopause d'avec la suppression des règles, à l'âge de quarante-cinq à cinquante ans?
Comment distinguer une grossesse, d'avec la cessation des règles, à ce même âge?
Voici comment il y répond :
« Je distinguerai la ménopause d'avec la suppression des règles, en ce que la ménopause met plus ou moins de temps à s'effectuer, tandis que la suppression est l'effet d'une cause brusque et violente, sans aucun indice primitif, et causant toujours quelques dérangements dans l'économie.
Il serait imprudent de prononcer, au moment même, sur la seconde question, à moins que, dans le cas ci-dessus, la suppression n'ait été subite et n'ait causé quelques dérangements. La ménopause pouvant être accompagnée de tumeur à la matrice, et les accidents qui l'accompagnent étant, presque tous, communs au premier temps de la gestation, je pense que, pour ne point tomber dans l'erreur, il faut attendre que les mouvements de l'enfant viennent éclairer le pronostic : ceux qui prétendent que le toucher est le seul moyen de juger, dans cette circonstance, s'avancent trop. » {De la ménopause ou de Vâge critique des femmes.)
L'hémorrhagie de l'âge critique peut éclater inopi-
nément, au milieu de la plus parfaite santé. La femme s'aperçoit tout à coup, qu'elle est inondée de sang ; souvent aussi l'écoulement est peu abondant, mais devient grave par sa durée et par ses fréquents retours. Ces alternatives se répètent parfois pendant des années entières, et lorsqu'elles sont séparées par d'assez longues périodes de temps, il peut se faire que les forces n'en soient point atteintes trop profondément.
Les femmes ont coutume de ne pas trop s'émouvoir de ces pertes réitérées, quand elles se maintiennent dans des limites restreintes, se persuadant qu'il doit en être ainsi, et ne prennent aucun souci de leur état, jusqu'à ce que l'abondance de l'hémorrhagie les oblige à garder le lit et à appeler un médecinc
Comme exemples de métrorrhagies liées à la ménopause, Brierre de Boismont cite le fait d'une femme bien portante, chez qui l'accident survint subitement pendant qu'elle travaillait. Elle rendait des caillots de sang très-volumineux. Chez une autre, la perte se manifesta brusquement, sans motif connu, et au milieu d'une excellente santé. Dans les deux observations, l'utérus était sain; l'hémorrhagie, dans un cas, apparut
après une violente colère, — ainsi qu'on l'a remarqué bien des fois, — et faillit devenir mortelle. Une de ces femmes éprouva, pendant trois ans, des pertes qui traversaient fauteuils et matelas ; lorsque l'écoulement était arrêté, elle n'était aucunement fatiguée et n'y pensait plus. Une autre femme avait, depuis deux ou trois ans, des hémorrhagies aux époques menstruelles ; à la révolution de Juillet elle eut une si vive frayeur qu'elle rendit le sang par les organes sexuels, la bouche, le nez et le fondement. Cet état dura quinze jours, puis tout fut fini, et la santé n'en souffrit pas. Trois autres étaient sujettes à des hémorrhagies foudroyantes ; après ces graves accidents elles se relevaient affaiblies et reprenaient leurs occupations, jusqu'à ce que le sang se montrât de nouveau ; toutes ces femmes, après l'âge critique, se sont très-bien portées.
Nous pourrions ajouter plusieurs faits semblables provenant de notre pratique personnelle. Nous nous bornerons à en rappeler un seul, pour établir l'innocuité habituelle de ces sortes d'hémorrhagies. 11 s'agit d'une femme, maigre, chétive et rompue au travail, qui, arrivée à l'âge de la ménopause, était prise, toutes
les cinq ou six semaines, d'une perte si subite et si copieuse, que le tamponnement du vagin devenait chaque fois indispensable. A trois ou quatre reprises l'accident avait acquis de telles proportions, que des syncopes prolongées étaient survenues et nous inspiraient les plus vives inquiétudes ; cet état de choses dura près de deux ans. Puis tout rentra dans l'ordre, et la personne en question fournit encore une longue et utile carrière.
Traitement. — Toutes les fois qu'une femme âgée de quarante à cinquante ans éprouvera des pertes abondantes et répétées, son premier soin devra être de faire appeler son médecin, afin que, par le toucher et l'examen à l'aide du spéculum, il s'assure de l'état du col et du corps de la matrice. Du résultat de cette investigation, découlera le traitement à instituer. S'il s'agit d'une lésion organique, on s'attachera à la combattre par les moyens appropriés. Si, au contraire, on a à faire à un état général : pléthore ou anémie, on emploiera la médication usitée en pareil cas.
Mais, quelle que soit la cause de l'hémorrhagie, la' même indication se présentera toujours, à laquelle il ne faudra pas manquer d'obéir, et qui domine toutes
les autres; c'est de maintenir le corps dans un repos absolu et l'utérus dans la position horizontale. A cet effet on ordonnera à la malade de rester étendue sur une chaise longue, pendant tout le temps que durera l'effusion du sang. Ce seul moyen suffît parfois à modérer, si non à arrêter complètement une perte des plus considérables.
2° Écoulements blancs. — Les écoulements non sanguins, que nous confondons sous la dénomination commune d'écoulements blancs, n'ont une importance véritable, à la période de la ménopause, que dans le cas où ils sont l'expression d'une lésion organique de la matrice ou de ses annexes. En dehors de ces circonstances, ils constituent de simples leucorrhées ou le symptôme caractéristique d'un catarrhe utérin, et rentrent, dès lors, dans le cadre des affections qui' sévissent à tous les âges, et n'ont rien de particulier à l'époque de la cessation des règles, pour la troubler ou l'aggraver, en quoi que ce soit.
Si donc nous mentionnons, à cette place, les écoulements blancs, c'est pour engager les femmes à ne pas les considérer avec insouciance, avant d'être édifiées sur leur signification, par un médecin ; car
nous avons eu de fréquentes occasions de constater les funestes effets de la négligence en pareil cas. Consulté pour de simples flueurs blanches, nous appliquions le spéculum, et nous trouvions quelquefois les lésions organiques les plus graves, jusqu'alors ignorées, parce que les malades s'étaient endormies dans une douce quiétude, sur la nature des pertes auxquelles elles étaient en proie. Ce qui les décidait, enfin, à réclamer les secours de l'art, c'était toujours l'abondance de l'écoulement ou son odeur, qui devenaient une source d'incommodités. Mais il était trop tard ; le mal avait fait de tels ravages, que la guérison n'était plus possible.
D. Des Polypes de la matrice. — On a donné le nom de polypes de la matrice, à des tumeurs qui ont pour origine l'hypertrophie partielle des éléments constitutifs de cet organe. On les divise en deux sortes ; les polypes muqueux et les polypes fibreux.
1° Polypes muqueux. — Ils prennent naissance à la surface de la membrane muqueuse, soit du col, soit de la cavité de l'utérus. Ils ont l'aspect de végétations
blanchâtres; leur consistance est molle, leur forme allongée, et leur grosseur varie entre celle d'un pois et celle d'un œuf de pigeon. Ils dépassent rarement ce dernier volume.
L'influence de ces tumeurs sur l'utérus diffère selon le lieu de leur implantation et aussi selon leur grosseur. Quand le polype a son siège dans la cavité de la matrice, ce qui est le cas le plus rare, et sJil a acquis des proportions un peu considérables, il peut donner lieu à d'assez graves altérations ; si, au contraire, il est fixé dans la cavité du col, le corps de l'utérus n'en est aucunement affecté et le col éprouve seul une dilatation qui va en augmentant, à mesure que le néoplasme grandit lui-même, jusqu'à ce que celui-ci soit enfin parvenu à franchir l'orifice utérin. Dès lors, il se développe librement à l'extérieur, en déterminant sur les parties avec lesquelles il se trouve en contact, — comme le museau de tanche et le vagin — des érosions superficielles, mais parfois aussi des ulcérations assez profondes.
Les symptômes auxquels donnent lieu les polypes muqueux de la matrice, sont, en première ligne, des hémorrhagies répétées et des écoulements blancs de
diverses natures. Puis viennent les contractions douloureuses, lorsque la tumeur a son siège dans la cavité de la matrice, surtout vers son sommet. Mais ce qui domine, c'est incontestablement la perte de sang, plus ou moins copieuse, selon que le polype est plus ou moins vasculaire. L'hémorrhagie est d'ailleurs provoquée par des causes purement mécaniques ; telles que: la marche, les rapprochements sexuels et même le simple frottement de la tumeur contre les parois du vagin. Presque régulièrement intermittentes au début, et comparables aux époques menstruelles, ces hémorrhagies se rapprochent bientôt, jusqu'à devenir à peu près incessantes et exercent dès lors sur l'organisme une influence déplorable, par l'anémie qu'elles déterminent et les accidents nerveux qui en sont la conséquence inévitable. Les intervalles de plus en plus courts qui séparent les pertes, sont remplis par des écoulements muqueux ou purulents, mélangés d'une certaine quantité de sang, de telle sorte que l'épuisement des forces se produit en un temps très-court et commande impérieusement l'intervention chirurgicale, pour conjurer une issue funeste.
Si les polypes muqueux sont difficiles à reconnaître
lorsque leur volume est très-petit et qu'ils sont encore contenus dans l'intérieur de la matrice, par contre rien n'est plus aisé que leur diagnostic, quand ils font saillie hors du col, et qu'on peut les toucher avec le doigt, en mesurer l'étendue et en apprécier la consistance. Le spéculum permet d'ailleurs d'en distinguer la couleur et d'en déterminer nettement la forme. Enfin, une tige en baleine1 glissée dans la cavité du col, le long de la tumeur, indique le lieu de son insertion et la présence de son pédicule.
Traitement. — Pour se rendre maître des accidents produits et entretenus par les polypes muqueux de l'utérus, il n'y a que deux méthodes véritablement rationnelles, par la promptitude de leur action et la sûreté de leurs résultats : La toi^sion, quand le pédicule est mince et la consistance de la tumeur molle et friable; Yexcision, quand le pédicule est large, charnu, accessible au toucher et implanté sur le col.
Quant aux procédés opératoires, le choix du chirurgien sera déterminé par les circonstances individuelles auxquelles il devra satisfaire.
2° Polypes fibreux. — Ce sont des tumeurs qui se
distinguent de celles que nous venons de décrire, par la forme, la structure, la consistance et le mode d'insertion.
Ordinairement pyriformes, cylindriques ou même sphériques, les polypes fibreux sont durs, peu vasculaires, à surface unie et adhérents aux parois de la matrice par un pédicule relativement étroit, par rapport à leur masse. Leur tendance est de s'accroître en longueur et de se diriger vers le col, pour s'y engager et le franchir. Il arrive quelquefois que la face inférieure de la tumeur est irrégulière, chagrinée, sillonnée en différents sens, parcourue par des vaisseaux volumineux. Sa consistance est alors moins ferme ; ce qui augmente les chances d'hémorrhagies. L'insertion du pédicule s'observe ordinairement vers la partie supérieure du corps de l'utérus et, de préférence, -sur la paroi postérieure. Les polypes fibreux sont rarement adhérents au col ou à l'orifice de la matrice, tandis que les polypes muqueux y ont leur siège de prédilection. Leurs dimensions sont très-variables. On en voit du volume d'un pois ; quelquefois ils atteignent la grosseur de la tête d'un adulte, d'où résulte la dilatation de la cavité de l'utérus, l'hypertrophie de ses parois
et l'augmentation de son volume, JUne autre conséquence du polype fibreux sur l'utérus, c'est l'inflammation catarrhale qui envahit la membrane muqueuse et le raccourcissement de la portion vaginale de cet organe. A mesure que la tumeur acquiert un poids plus considérable, l'ouverture du col augmente et les contractions de la matrice deviennent plus douloureuses, ainsi qu'il arrive aux approches de l'accouchement. Ce sont, en effet, les mêmes phénomènes qui s'accomplissent, jusqu'à ce que l'orifice ait été franchi par la production morbide.
A mesure que le polype se développe et remplit la cavité du bassin, la circulation locale est troublée et il se produit une dilatation variqueuse des veines qui va jusqu'à la rupture de ces vaisseaux. De là des congestions sanguines et des hémorrhagies difficiles à corn-, battre. De là, aussi, des inflammations suppuratives, qui s'emparent de la tumeur et en amènent quelquefois la décomposition partielle.
Les premiers signes qui révèlent la présence d'un polype fibreux de l'utérus, sont les dérangements de la menstruation, laquelle revient à des intervalles plus rapprochés, est plus abondante et donne lieu à l'issue
de caillots mélangés avec le sang liquide. En second lieu ce sont des pertes blanches abondantes dont la matière prend un aspect rougeâtre, et au milieu de laquelle on voit souvent flotter de petits fragments filamenteux, qui sont des détritus de la membrane muqueuse utérine.
Lorsque la maladie a atteint ce degré, surviennent les symptômes d'anémie : faiblesse générale, pâleur, palpitations, céphalalgie, dyspnée, douleurs nerveuses disséminées, etc. Puis apparaissent les signes de compression de la tumeur sur les organes du voisinage ; constipation opiniâtre, tumeurs hémorrhoïdales, et, plus rarement, certains troubles dans les fonctions de la vessie.
Le diagnostic offre quelquefois d'assez sérieuses difficultés, lorsque les polypes sont encore contenus tout entiers dans la cavité de la matrice. Il s'agit alors de les distinguer des corps fibreux qui se développent dans les parois mêmes de l'organe, et pour cela il est nécessaire de dilater le col utérin, afin de se procurer une voie d'exploration directe, sans laquelle le médecin ne saurait se prononcer avec certitude. Il est d'ailleurs inutile de nous étendre ici sur tous les élé-
ments qui entrent dans l'établissement du diagnostic différentiel en question.
Traitement. — Ici, de même que pour les polypes muqueux de la matrice, le seul traitement véritablement curatif est l'extirpation. Quant aux procédés opératoires, on ne saurait en préconiser aucun d'une manière absolue, les chances de succès de chaque méthode : Ligature, torsion ou excision, étant subordonnées à la situation intrà ou extra-utérine de la tumeur, à son volume, à l'épaisseur de son pédicule et, particulièrement, au lieu de son insertion, qui le rend plus ou moins accessible aux manœuvres chirurgicales.
E. Hydropïsie de la matrice. — Après la cessation des, règles, lorsqu'il existe un catarrhe de l'utérus, il peut arriver qu'un obstacle se produise à l'écoulement des mucosités, qui s'accumulent alors dans la cavité de la matrice. Il en résulte ce qui s'appelle une hydropisie et ce qui est plutôt un symptôme, qu'une maladie proprement dite. La vraie maladie est la lésion qui constitue l'obstacle au passage des mucosités sécrétées par la muqueuse utérine, à travers les orifices du col. Ainsi, l'hydropisie de l'utérus s'observe quelquefois,
lorsque, par les progrès de l'âge, le col a dispara et le canal s'est oblitéré. Il en est de même quand un corps fibreux ou un polype engagés dans le col en obstruent le calibre ; de même encore, dans certains cas de flexion utérine, etc.
Le liquide qui s'accumule de cette façon, perd de sa consistance primitive, par suite d'un long séjour dans la cavité de la matrice et revêt bientôt l'aspect aqueux. Sa quantité peut atteindre des proportions énormes, et distendre les parois utérines, de telle sorte que l'organe gestateur se trouve transformé en une poche fluctuante facile à reconnaître par la simple palpation de l'abdomen.
Outre sa transformation aqueuse, le liquide retenu dans la matrice, peut subir une décomposition chimique qui donne naissance à des gaz, et qui complique la maladie d'un nouvel élément.
Il est aisé de pressentir quels doivent être les symptômes d'une telle maladie. Si le liquide s'amasse lentement, la malade a le temps de s'y habituer, et la gêne n'apparaît que lorsque le volume du ventre a atteint un certain degré. Hâtons-nous de dire que c'est ainsi que les choses se passent le plus habituellement; mais
si l'épanchement s'opère avec une grande rapidité, on ne larde pas à voir survenir ce qu'on appelle des coliques utérines, douleurs comparables à celles de l'accouchement et qui proviennent de la même cause : la contraction des parois de l'utérus. Il n'est pas rare que ces contractions aboutissent à un résultat heureux, en levant l'obstacle qui s'opposait à l'écoulement du liquide au dehors. En effet, si le col de la matrice n'est pas encore complètement oblitéré, il arrive parfois quJiî se dilate, graduellement, sous l'influence des contractions utérines et laisse échapper, subitement, et comme à flots, tout le liquide amassé au-dessus de lui.
Le développement exagéré de l'utérus donne lieu, de son côté, à des symptômes de compression sur les organes voisins ; d'où la constipation, la rétention ou l'incontinence d'urines; et puis, enfin, surviennent des troubles de la digestion, avec tout le cortège des phénomènes qui caractérisent l'anémie : spasmes nerveux, palpitations, dyspnée, accès d'hystérie, etc., etc.
Traitement. — Ce n'est pas contre l'hydropisie ellemême que doit être dirigé le traitement, mais contre la cause qui l'a produite; que ce soit une tumeur, une
flexion de l'utérus ou un rétrécissement du col.
Si c'est à une tumeur qu'on a à faire et si celle-ci est justiciable d'une opération chirurgicale, c'est à cette opération qu'on aura recours, pour lever l'obstacle à l'écoulement du liquide. S'il s'agit d'une rétroversion irréductible, par exemple, par suite d'adhérences, on introduira dans le col un morceau d'épongé préparée, afin d'en obtenir la dilatation. Si, enfin, le canal est oblitéré, en totalité ou en partie, on tentera de faire pénétrer la sonde utérine jusqu'à la collection liquide, pour en favoriser l'écoulement. Puis, au moyen d'injections astringentes, ou légèrement caustiques, — au nitrate d'argent, — dans la cavité utérine, on cherchera à prévenir la reproduction de la sécrétion morbide. En dernier lieu, et si aucune de ces médications n'était applicable, il resterait encore comme ressource ultime, à pratiquer la ponction de la tumeur par le vagin. Dans cette occurrence, il faudrait entretenir la voie d'écoulement, en laissant en place, pendant quelque temps, la canule du trocart, qu'on remplacerait plus tard par des bougies emplastiques. Il va sans dire que l'état général, amélioré déjà par la disparition de l'hydropisie et des accidents locaux qui en étaient la conséquence, réclamera Tusage des ferrugineux,
du quinquina et de tout autre agent de la médication tonique reconstituante.
F. Déplacements de la matrice. — La matrice peut se déplacer de différentes manières : par flexions, par dépression et inversion, par anléversion ou rétroversion, et enfin, par abaissement ou chute. C'est de cette dernière forme que nous allons nous occuper exclusivement, comme offrant, seule, un intérêt particulier à l'époque de la ménopause.
Lorsqu'il y a simple abaissement, l'utérus est descendu dans la cavité du bassin, sans toutefois arriver jusqu'à la vulve. Il y a chute complète ou incomplète, selon que cet organe a franchi la vulve, en totalité ou en partie.
La chute de la matrice peut s'effectuer lentement et par degrés, ou survenir tout d'un coup, à la suite d'un effort ou d'une violence quelconque. Dans le premier cas, les malades accusent, parfois pendant des années, des tiraillements pénibles vers la région du sacrum et dans les aines. En même temps, elles se plaignent de douleurs abdominales qui les sollicitent à faire des efforts d'expulsion, comme pour se débarrasser d'un
poids prêt à s'échapper du vagin. Les accidents qui accompagnent cet étal sont : du côté de la vessie, un besoin fréquent d'uriner, avec ténesme, et du côté du rectum une constipation opiniâtre, difficile à surmonter. Des désordres dans les fonctions digestives, des tiraillements d'estomac, le météorisme des intestins, et finalement l'anémie et les troubles nerveux qu'entraîne le défaut de nutrition, tel est le cortège de symptômes que suscitent les déplacements de la matrice, plus ou moins accentués, selon que l'utérus est plus ou moins descendu dans la cavité du bassin.
Les choses peuvent demeurer longtemps en cet état. Mais il arrive un jour où l'on voit proéminer, hors de la vulve, une tumeur ronde ou ovale qui grossit graduellement, durcit et prend une teinte rouge de plus en plus foncée; cette tumeur formée par la matrice et la paroi antérieure du vagin, entraîne à sa suite la vessie et rend impossible l'émission de l'urine, si, au préalable, la tumeur n'a été réduite et maintenue par la malade aussi haut que ses doigts peuvent atteindre. Le- rectum subit, de même, certaines altérations, qui consistent en une dilatation de la partie située au-dessus du sphincter de l'anus, qui favorise l'accumulation en ce lieu, des
matières fécales, et souvent aussi en une descente de l'intestin qui accompagne la matrice dans sa chute.
La présence, en dehors des parties, de l'utérus abaissé, ne tarde pas à déterminer des lésions à la surface de la tumeur, par suite du contact de l'air et des urines, des frottements et des mouvements que lui imprime la marche. Ces lésions sont : des ulcérations blafardes, sanieuses, compliquées parfois de fausses membranes et d'une inflammation de mauvaise nature, qui peut aboutir à la gangrène. Une sécrétion abondante baigne la membrane muqueuse el la corrode, tout en répandant une odeur fétide autour de la malade. Mentionnons encore comme conséquence possible de la mortiûcation des tissus, des fistules vésico-vaginales et des pertes de substance du vagin, dont la cicatrisation peut entraîner le rétrécissement, de ce canal.
Si, au lieu de se produire graduellement, la chute de l'utérus survient tout à coup, comme conséquence d'un effort, d'un violent accès de toux, etc., les symptômes acquièrent quelquefois une intensité formidable. La femme ressent alors une douleur profonde vers le sacrum et les aines, elle éprouve des vomissements ré-
pétés et une anxiété précordiale qui peut aller jusqu'à la syncope. On a vu même des péritonites se déclarer à la suite de pareils accidents, et ne céder qu'aux traitements les plus énergiques.
Sans être immédiatement mortelles, les descentes de matrice constituent une infirmité grave , parce qu'elle est incurable dans le plus grand nombre des cas, et qu'elle mine, à la longue, la constitution de la malade, si un traitement intelligent n'est mis en œuvre pour parer aux dangers d'un telle situation.
Traitement . — Réintégrer dans le bassin l'organe déplacé et l'y maintenir, à l'aide d'un pessaire approprié, telle est l'indication à remplir. On y parvient généralement, à moins de quelque complication, comme serait, par exemple, la présence d'une tumeur située dans l'abdomen et qui aurait fait perdre à l'utérus son droit de domicile, ou bien encore l'exagération de volume de la matrice. Dans ce dernier cas, il faudrait chercher à diminuer ce volume, par des applications successives de sangsues et d'autres moyens résolutifs qui ont réussi quelquefois.
Diverses opérations ont été proposées, en vue de la cure radicale. Mais les résultats obtenus jusqu'ici de
ces tentatives ne sont pas assez encourageants, pour que nous puissions les recommander en toute conscience.
§ IL Affections des ovaires. — Kystes.
Les tumeurs des ovaires sont des maladies qu'on observe assez souvent à l'âge critique. Il en est de plusieurs espèces. Les unes, solides et compactes; les autres, formées par des collections liquides de différente nature. Nous ne nous occuperons que de ces dernières qui sont les plus fréquentes. Elles sont le résultat d'une sécrétion exagérée du liquide naturellement contenu dans les vésicules de Graaf, et constituent l'hydropisie de ces vésicules. Leur volume peut atteindre des dimensions énormes, et mettre un temps plus ou moins long à acquérir tout son développement.
Symptômes. — Presque toujours le début des tumeurs ovariques est annoncé par une sensation douloureuse dans la région de l'organe affecté. Ordinairement cette douleur, sourde d'abord, et graduellement
Il G DES MALADIES DE L'AGE CRITIQUE.
de plus en plus vive, se propage dans le membre abdominal correspondant, accompagnée de fourmillements, d'engourdissements et, plus tard, d'une infiltration séreuse de la partie. On a signalé aussi, comme symptôme caractéristique, une douleur au périnée, un besoin incessant d'uriner et de la difficulté dans la défécation. Rien n'est plus varié que l'influence de ces tumeurs sur la menstruation, qui peut être augmentée notablement, tout à fait supprimée, ou suivre son cours de la façon la plus normale, selon que l'altération des ovaires est plus ou moins avancée. 11 suffit, en effet, que ces organes conservent pendant longtemps l'intégrité de leur structure, pour que les règles ne subissent aucun dérangement. D'autres phénomènes, tels que le gonflement des seins, des désordres dans les fonctions digestives, et, par suite, l'appauvrissement du sang, l'hystérie, etc., sont les suites habituelles des kystes des ovaires .
Le diagnostic de ces tumeurs présente parfois d'assez grandes difficultés, surtout au début, lorsqu'elles >ont encore d'un assez petit volume, pour échapper aux procédés d'investigation directe. Mais lorsqu'elles ont acquis un certain développement, on les apprécie
aisément, à, l'aide de la palpation et des caractères qu'elles offrent, quanta la configuration, à la densité, à l'élasticité et à la mobilité. La percussion permettra de délimiter la tumeur et d'en déterminer les dimensions. La fluctuation y fera reconnaître la présence d'un liquide, et une main habile discernera toujours s'il s'agit d'un seul ou de plusieurs kystes. Enfin, le toucher par le vagin complétera le diagnostic.
Traitement . — Il va sans dire que les moyens internes ne peuvent rien, pour la guérison d'une semblable maladie; et si les bains, les frictions narcotiques, les cataplasmes, etc., sont souvent utiles, ce n'est qu'à titre de palliatifs. C'est au même titre, qu'on a recours, dans certains cas, aux ponctions du ventre, pour remédier immédiatement aux accidents qu'amène une trop grande distension de la tumeur. Mais le véritable traitement çuratif est exclusivement chirurgical, et consiste dans les procédés suivants :
l°La ponction par la paroi abdominale antérieure suivie d'une injection irritante, comme la teinture d'iode.
2° La ponction par le cul-de-sac du vagin, quand elle est possible. Celle-ci peut être curative, sans injection,
parce que par cette voie, les kystes se vident plus complètement.
3° L'extirpation ou ovariotomie. Cette opération, triomphe de la chirurgie moderne, a donné, dans ces derniers temps, entre les mains de certains spécialistes, particulièrement experts, des succès remarquables, qui tiennent surtout aux soins minutieux dont les malades sont l'objet, et aux lieux choisis pour pratiquer l'opération.
Mais il faut être bien sûr du diagnostic et ne recourir à l'extirpation que pour les kystes simples de l'ovaire, non compliqués de dégénérescence ou d'adhérences péritonéales trop considérables. Il importe, de plus, pour le succès d'une telle entreprise, que toute trace d'inflammation ait disparu dans la tumeur et que la femme soit suffisamment préparée.
§ III. Affections des mamelles. — Dégénérescences.
De même que pour la matrice, la dégénérescence cancéreuse affecle, au sein, deux formes principales, auxquelles les auteurs ont donué les noms de squiwhe
et de cancer proprement dit. Ce dernier se subdivise en plusieurs variétés sans grande importance dans la pratique, et que, par conséquent, nous passerons sous silence.
A. Cancer squirrlieux du sein. — Ordinairement il
se développe dans lagiande mammaire, sous forme de tumeur dure, bosselée, inégale, fortement adhérente à la partie. D'autres fois, la tumeur est simplement appliquée à la surface de la glande. Son tissu est d'un blanc grisâtre et légèrement transparent, d'une consistance comparable à celle de la couenne de lard, mais qui peut atteindre la dureté du cartilage. Il est divisé par des cloisons qui contiennent un suc d'une nature particulière, mais en bien moindre quantité que le cancer dont nous parlerons plus loin. C'est au centre de la tumeur que la dureté est le plus considérable. Sur ses limites périphériques, le squirrhe se confond insensiblement avec la partie saine de la glande. A mesure que la désorganisation fait des progrès, la tumeur devient de moins en moins mobile, à cause des adhérences qu'elle contracte autour d'elle. Ce phénomène est le résultat dulravail sub-inflamma-
LâO 1 ES MALADIES DE L AGE CRITIQUE.
loire qui s'accomplit dans le voisinage, et qui tend à entraîner dans la désorganisation, les tissus infiltrés de matière cancéreuse. C'est en modérant ce travail désorganisâtes, par l'application du traitement antiphlogistique, qu'on est parvenu, bien des fois, à enrayer la marche de la maladie, pendant toute la durée de la période menstruelle. Mais dès qu'a lieu la cessation des règles, on voit celte tumeur demeurée stationnaire durant de longues années, acquérir, tout à coup, une activité nouvelle, et donner lieu à tous les symptômes caractéristiques de la dégénérescence squirrheuse. Alors, aussi, se manifestent ces douleurs lancinantes et comme électriques, ces sensations de brûlure, de compression, etc., propres au squirrhe. Puis survient l'envahissement des ganglions de Faisselle et des parties environnantes ; enfin, tous les signes généraux de l'état cachectique que nous avons déjà décrits, à propos du cancer de la matrice.
B. Cancer encéplialoïtle OU Cancer proprement
dit. — Il se distingue du précédent, surtout par l'aspect et la consistance de son tissu. Lorsqu'après l'avoir divisé, on en examine la coupe, on aperçoit
une substance d'un blanc rosé, demi-transparente, assez analogue à la substance corticale du cerveau et facile à écraser entre les doigts. Si Ton racle la surface de la coupe, on en fait sourdre une matière crémeuse, bien plus abondante que dans le squirrhe. C'est cette matière qui porte le nom de suc cancéreux. La tumeur encéphaloïde est plus bosselée, et généralement plus volumineuse que le squirrhe, et sa tendance est de se ramollir et de s'ulcérer promptement. La période d'ulcération s'annonce par la rougeur de la peau qui recouvre la tumeur et son amincissement graduel. Bientôt a lieu une perforation qui donne issue à de la sérosité roussâtre et quelquefois à du sang pur. Cette ouverture Jse recouvre de fongosités, de champignons, d'où suinte une sanie grisâtre dont l'odeur infecte n'est pas le moindre tourment de la malade. Pour compléter ce sombre tableau, disons que les douleurs et les symptômes cachectiques que nous avons indiqués à l'occasion du squirrhe, se retrouvent ici, absolument identiques, lorsque l'affec- ' tion est parvenue à sa phase d'ulcération et, parfois, longtemps auparavant.
L'ulcère qui résulte du ramollissement du cancer,
saigne au moindre contact, et donne même lieu, quelquefois, à des hémorrhagies abondantes, suivies d'un amendement momentané des symptômes aigus, mais qui épuisent les malades, par la fréquence de leurs retours.
Les mamelles sont particulièrement exposées au cancer, et cela devait être, en raison du rôle prépondérant qu'elles jouent , et des influences qui agissent sur elles, dans les différentes phases de la vie chez la femme : grossesse, accouchement, lactation, etc. L'âge de retour, parla révolution organique dont il est le signal, constitue, lui-même, une prédisposition, et des plus manifestes, à l'éclosion de la diathèse cancéreuse et à sa localisation. L'expérience est, en cela, parfaitement d'accord avec la théorie. Une cause spéciale à notre époque, et dont nous avons déjà dit quelques mots précédemment, contribue,, de son côté, et pour une large part, selon nous, à accroître la fréquence des cancers du sein qu'on observe de nos jours. C'est la désuétude dans laquelle est tombé l'allaitement maternel. 11 en résulte que les glandes mammaires condamnées à la torpeur, et privées de leur fonction, deviennent accessibles à des causes
morbifiques qui, sans cela, seraient demeurées sans effets, et végètent dans une sorte d'atonie à laquelle la nature ne les a pas destinées. De là, ces engorgements sub-inflammatoires auxquels la femme n'accorde qu'une attention distraite, parce qu'ils sont indolents, et ces noyaux d'induration qu'elle attribue communément à des contusions imaginaires. La matrice, non plus, ne reste pas étrangère aux désordres dont les mamelles deviennent le théâtre, par suite de cette infraction aux lois de la physiologie, parce que ces organes, reliés entre eux, dans l'état de santé, aussi bien que dans l'état de maladie, par les sympathies les plus étroites, ont à subir les mêmes atteintes du relâchement de nos mœurs.
Puissent nos avertissements inspirer aux jeunes femmes qui nous liront, de salutaires réflexions, et les ramener à leurs devoirs de mères, dont la plupart ne s'écartent que par les motifs les plus frivoles. Si elles savaient, les malheureuses, quels périls les attendent vers l'âge critique, en expiation de leur révolte insensée contre le vœu de la nature ! Elles préféreraient certainement s'adonner à la mission assez douce, après tout, d'allaiter leurs enfants, au lieu
d'en charger des mercenaires et, du même coup elles se prépareraient une verte vieillesse, et sauveraient leur progéniture des chances de mort, que l'industrie nourricière fait peser sur le premier âge.
Ce n'est pas que les violences extérieures, telles que coups ou chutes sur le sein, ne puissent devenir les causes occasionnelles du cancer. Mais jamais une cause semblable ne produira cette maladie, chez une femme qui n'y sera pas prédisposée, ou pour mieux dire, qui n'en portera pas le germe, soit acquis, soit héréditaire.
Quant à la marche de la maladie, en voici une description prise sur le vif et d'une exactitude en quelque sorte photographique. «Une femme, en touchant son sein, y a remarqué une petite dureté qui n'est pas naturelle, mais qui ne lui cause pas la plus légère incommodité ; elle ne saurait indiquer précisément depuis quelle époque celte dureté existe; elle en ignore la cause, ou bien elle l'attribue à un coup qu'elle a reçu autrefois, à la pression exercée par son corset, à du lait qui se sera grumelé dans son sein, pendant qu'elle nourrissait tel ou tel de ses enfants. — Nous
ajouterons : ou pendant qu'elle cherchait à faire passer son lait, pour ne pas nourrir. — Du reste, elle jouît d'une santé parfaite ; il lui semble même que, depuis quelque temps, elle a acquis plus d'embonpoint et de fraîcheur qu'elle n'en avait eus jusqu'alors. Cependant, la dureté du sein augmente par degrés ; elle n'avait que le volume dJune petite noisette lorsqu'on a commencé à l'apercevoir, mais déjà elle paraît égale à un œuf de cane. Elle était, dans les premiers temps, arrondie, circonscrite et roulante sous le doigt. Maintenant, sa surface est inégalement bosselée, le tissu cellulaire qui l'environne participe à l'engorgement, la tumeur a contracté quelques adhérences avec la peau, et peut-être aussi avec les muscles. De temps à autre, il y survient des élancements douloureux, vifs et passagers, comparables à des piqûres d'aiguilles; ces élancements se font sentir plus particulièrement vers le soir ou dans la nuit; on peut d'ailleurs toucher et même comprimer la tumeur, assez fortement, sans y déterminer aucune douleur. Les ganglions lymphatiques de l'aisselle se tuméfient et ne sont pas exempts de douleur. Tant que la tumeur du sein a été indolente, ses progrès étaient lents et
même insensibles: mais depuis qu'elle est douloureuse, son accroissement a été plus rapide, les élancements de jour en jour plus aigus et plus fréquents, en sont venus au point de troubler et d'empêcher quelquefois le sommeil. D'après ces derniers symptômes, nous ne devons plus donner à la tumeur le nom de squîrrhe ; c'est le cancer occulte tel qu'il est décrit par tous les auteurs. La malade, — car nous pouvons désormais l'appeler de ce nom, — commence à maigrir et à perdre de sa fraîcheur ; son teint devient d'un jaune paille, son appétit diminue, il est irrégulier et souvent bizarre. La tumeur qui, jusqu'à ces derniers temps, n'était sensible qu'au toucher, commence à faire un peu de saillie; la peau qui la recouvre et qui lui est adhérente, prend une couleur rougeâtre, livide ; les veines superficielles sont de plus en plus apparentes ; le mamelon s'efface peu à peu, et bientôt, il ne présentera plus, au lieu d'une éminence, qu'un enfoncement plus ou moins profond. Il se forme, ? l'endroit le plus rouge de la peau, une petite fissure d'où s'écoule un peu de sérosité. Dès ce moment, la maladie prend le nom de cancer ulcéré. Les bords de la fissure s'écartent progressivement, s'épaississent, se renversent,
se durcissent et prennent, de jour en jour, une couleur blafarde. La surface de l'ulcère se couvre de végétations rougeâtres, qui fournissent une suppuration ichorense ou sanieuse, plus ou moins abondante et souvent fétide. Les douleurs sont lancinantes dans certains moments; dans d'autres, c'est une cuisson extrêmement vive, une sensation analogue à celle de la brûlure, une douleur gravative ou un prurit insupportable, que rien ne peut calmer. Tandis que ce hideux ulcère s'agrandit dans tous les sens, et qu'il ronge indistinctement toutes les parties environnantes, sans épargner les vaisseaux artériels et veineux, il donne lieu à de fréquentes hémorrhagies qui sont suivies d'une diminution momentanée des souffrances, mais qui affaiblissent beaucoup la malade. En même temps, les symptômes de la cachexie cancéreuse ne cessent d'empirer ; la maigreur est extrême, les chairs sont d'une mollesse remarquable et dans un état trèsvoisin de l'œdème. La malade est souvent tourmentée par une toux sèche, accompagnée d'une chaleur mordicante derrière le sternum; elle est oppressée ; elle éprouve une répugnance insurmontable pour les aliments et une constipation opiniâtre qui est remplacée,
de temps en temps, par une diarrhée colliquative ; enfin, elle succombe, épuisée par la fièvre hectique et par les plus cruelles souffrances. » (Bayle, — Dictionnaire des Sciences médicales, — article Cancer.)
Traitement. — Le tableau que nous venons de retracer, du cancer confirmé du sein, est sans doute de nature à porter l'effroi dans l'esprit des malades. Mais nous avons cru utile de le placer sous leurs yeux, afin de les prémunir contre la négligence qu'elles mettent généralement à invoquer les secours de ia médecine au début du mal, c'est-à-dire dès qu'apparaît la petite dureté si insignifiante, en apparence, et qui constitue pourtant quelquefois le noyau de l'affection cancéreuse. A cette période, où rien ne peut encore laisser prévoir à quelle espèce de tumeur on a à faire, — car il en est de tout à fait bénignes, — un praticien expérimenté prescrira différents moyens propres à obtenir la résolution de la petite grosseur, ou à l'empêcher de se développer. 11 agira, en outre, sur la constitution, qu'il s'efforcera de modifier, dans l'hypothèse d'un cancer, et si des phénomènes inflammatoires se manifestent, il s'appliquera à les calmer par les agents di-
vers de la médication anliphlogistique, pour s'opposer à révolution de. la maladie. Enfin, dès que le doute n'existera plus pour lui, il saisira le moment propice, pour proposer l'opération, qui aura d'autant plus de chances de succès, qu'elle sera pratiquée en temps opportun, avant que les ganglions ne soient envahis et que l'état cachectique ne se soit emparé de tout l'organisme. Pour nous, la question du moment prime tout dans le traitement du cancer; la méthode et le procédé opératoire ne viennent qu'en seconde ligne. Voilà pourquoi nous n'avons pas craint de dire toute la vérité, sans aucun ménagement ni faux scrupule. Ne vaut-il pas mieux, en effet, appeler l'attention des malades sur les dangers qui les menacent, que de les leur cacner, pour ne pas troubler leur quiétude?
Quant à la nature de l'opération qui convient le mieux, à chaque cas en particulier, c'est au chirurgien à en décider. Disons seulement, qu'on peut détruire la tumeur par les caustiques, — et on en a proposé de très-nombreux, — ou l'enlever à l'aide de l'instrument tranchant. Un procédé mixte a été inventé, dans ces derniers temps et expérimenté avec succès; c'est la
galvano-caustique, au moyen de laquelle on obtient l'ablation du cancer, sans effusion de sang, et même, — ajoutent ses partisans, — sans exposer les malades à certaines éventualités fâcheuses, imputables à l'amputation par l'instrument tranchant.