‹ Conseils aux instituteurs sur les nouveaux programmes de l'enseignement du dessinChapitre 11 sur 27 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

quelques notions d'histoire de l’art. avec quelques

échantillons de zoologie, de botanique, de miné-

ralogie, donnés ou recueillis au cours d’excursions,

il constituera sans peine une sorte de petit musée scolaire où il puisera pour ses leçons de choses et

ses leçons de dessin. Tout cela a été fait déjà par

des instituteurs devançant les programmes et

répond aux craintes de ceux qui prétendraient

voir dans la réforme une source de dépenses nou-

velles.

La plus grande dépense que nous demandions aux Instituteurs, c’est celle de leur dévouement à un enseignement qui nous paraît lié aux intérêts vitaux du pays. Nous croyons et nous espérons

en eux,

E. PoTTIER,

Membre de l'Institut, Professeur à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.

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Critique de l’ancien programme et caractère des Instructions nouvelles.

En 1878, l'étude du dessin devint obligatoire dans l'enseignement secondaire et l’enseignement primaire et, après avoir discuté différentes méthodes, une commission nommée à cet effet adopta celle que préconisait le grand sculpteur Eugène Guillaume.

Cette méthode était conçue dans un sentiment très haut et très noble de l’art du dessin, que Guillaume appelait lui-même « la science du dessin ». En effet, c'était bien une science, puisque la géométrie en faisait l'essence. Si nous décomposons tout ce qu’embrasse notre regard, il n’est pas un objet, pas un être qui ne puisse être ramené à des lignes simples, à des formesigéométriques. La méthode Guillaume, partant de ce principe, donnait la géométrie pour base à l'étude du dessin. Cette pee devait assurer une

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forte discipline aux esprits, leur donner le respect de l'exactitude, les habituer à réduire aux éléments fondamentaux les formes complexes de la nature : programme admirable et salutaire quand il s'adresse à des esprits déjà formés, à des élèves bier doués, à de futurs artistes qui comprennent déjà leur art! Mais, appliqué à de jeunes enfants, il ne pouvait donner que des résultats médiocres. Après trente ans de pratique, on s’est aperçu qu'il y manquait la partie essentielle à toute méthode d’enseignement : une pé-

dagogie bien entendue, la possibilité de s'adapter à la

mentalité enfantine. La géométrie est lettre close pour l'enfant : c’est une série d’abstractions auxquelles il reste parfaitement insensible ou qu'il ne comprend même pas. Si vous lui parlez de verticales, d’angles, de perpendiculaires et de diagonales, ces termes rébarbatifs l’ennuient; il ne voit plus dans le dessin qu’un devoir plus ardu et plus difficile que les autres.

Le programme exécuté à la lettre arrivait à maintenir les élèves pendant toute leur carrière scolaire, de 5 à 15 ans, dans des exercices mécaniques qui pouvaient leur faire acquérir quelque habileté de main, mais qui ne développait en éux aucun sentiment de la nature, aucune habitude d'observer les objets qui les entourent. C’est de cette façon que le dessin est devenu la partie sacrifiée de l’enseignement tant primaire que secondaire; la classe qui devrait être là

plus vivante, la plus animée, la plus distrayante, est Ja plus morne et la plus négligée. Les maîtres eux-

mêmes y professent sans ardeur et avec un certain découragement : on a fait du dessin une chose morte.

Le mal est si réel que bien des professeurs, qui ont compris le danger de la méthode, ont cherché d’euxmêmes le remède et l'ont trouvé, sans attendre que

l'administration songeât à introduire une réforme dans les programmes. Ils sont sortis des règles étroites qui leur étaient imposées : au dessin géométrique, aux copies de modèles gradués, réunis en cahiers à l'usage des élèves, ils ont peu à peu substitué les modèles naturels, les objets usuels familiers, les fleurs, les fruits, les jouets, que les enfants reproduisent avec. plus ou moins d’ exactitude, mais du moins avec goût et plaisir. Les résultats ne se sont pas fait attendre les enfants se sont amusés, ils ont pris l'habitude de regarder autour d’eux et leurs progrès ont été rapides. Les Écoles de la Ville de Paris, jouissant d’une certaine autonomie, ont été les premières à secouer le joug d’un programme stérilisateur. Plusieurs professeurs de l'Enseignement secondaire ont de leur côté combattu pour la même cause. Depuis plus de dix ans, de grands efforts ont été faits pour donner aux enfants le goût du dessin en mettant sous leurs yeux des modèles naturels, ou bien en laissant leur imagination se donner libre cours dans des compositions naïves. Quelques expositions de ces dessins d'enfants ont eu lieu à Paris afin de faire connaître au public, et suriout au personnel enseignant et aux pouvoirs publics, les résultats acquis par la nouvelle méthode. On a vu certains de ces croquis témoigner de qualités

remarquables d'observation et d'imagination artislui-

que; dans tous on sentait un plaisir et un goût très vif, au lieu du morne ennui dû aux anciens règlements. Les deux planches qu'on trouvera à la fin de cette brochure réunissent de pelites compositions dont les auteurs ont de 10 à 13 ans, sauf le vase de faïence (n° 4) exécuté d’après un modèle fourni par un jeune homme de 16 ans. La lettre ornée placée en tête de la Préface est l'œuvre d’une enfant de 11 ans. Nous ne publions pas ces essais comme des chefs-d'œuvre. Mais qui ne serait sensible aux dons de naïveté, de

sincérité et d'invention, qu'on y découvre? Or ces

exemples sont choisis entre des centaines de devoirs analogues, envoyés à M. G. Quénioux en réponse à ses articles du Manuel général. L'expérience est concluante : il s’agit maintenant de répandre les nouvelles méthodes et de les généraliser.

C’est pour l’école primaire que la question a le plus d'importance : tout l'avenir de l’art décoratif en France y est lié. C’est à l’école primaire que s’instruisent les futurs ouvriers d'art : jusqu à 12 ou 13 ans, ils ne reçoivent pas d'autre enseignement; il importe donc beaucoup que leurs dons naturels soient développés et bien dirigés dans leur première enfance. À l'étranger, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, aux États-Unis, on s’est rendu compte de cette vérité, et on s'efforce de donner un enseignement véritablement artistique aux écoliers dès l’âge le plus tendre : c'est ce qui explique l'immense progrès fait dans ces pays par les diverses industries d’art, tandis que nous

voyons chez nous s’appauvrir celles où nous étions les maîtres autrefois. La France ne doit pas se laisser devancer dans cette grande évolution artistique, et le nouveau programme est conçu dans cet esprit.

Mais tout enfant n’est pas destiné à devenir un ouvrier d'art. Si, dès 1878, on a rendu l'étude du dessin obligatoire dans les écoles primaires, ainsi que dans les lycées et collèges, c’est qu'on a reconnu la nécessité de le considérer comme partie intégrante de toute éducation, et non plus comme un art réservé à l’exer-

| cice de certaines professions. Nous voyons dans le | dessin un mode d'expression, comme l'écriture et la ! parole, et nous voudrions que tout le monde en acquit |le goût et les notions élémentaires. L'exercice du dessin est à la fois une excellente gymnastique pour le cerveau dont 1l développe les facultés sensitives, pour (l'œil dont il aiguise la délicatesse et l’acuité, pour la {main qu'il rend plus souple et plus adroite. Celui qui !a étudié le dessin, même si l’absence d’un don spécial le rend inapte à toute production intéressante, celuilà aura du moins appris à voir. Il s’intéressera davan- {age aux spectacles de la nature, il appréciera Îles œuvres d'art avec un jugement plus averti. Ce n’est donc pas une exagération de dire que le dessin doit jouer un rôle des plus importants dans l'éducation de nos enfants et que tous nos efforts doivent tendre à remettre en bonne place une étude trop négligée jusqu'à présent.

Mais pour que les enfants apprennent à dessiner, il faut leur rendre le dessin attrayant, c’est-à-dire ne

leur présenter que des objets concrets, absolument familiers : ce sont ces modèles-là qui les intéressent et que d’instinct ils cherchent à reproduire dès qu'ils peuvent tenir un crayon. Car le goût du dessin se manifeste dès le plus jeune âge : un petit enfant est naturellement curieux et attentif à tout ce qui l’entoure. Ce qu’il voit est nouveau pour lui; sa vue embrasse les objets avec plaisir et naïveté, sans qu'il soit gêné par des comparaisons et une expérience qui lui retirent plus tard sa fraîcheur d'impression. Profitez de ces dispositions du premier âge pour donner aux petits le goût et l'habitude du dessin, afin qu’en grandissant ils soient préparés à recevoir l’enseignement d'art qui leur est réservé.

Le meilleur moyen de donner au dessin l'importance qu'il doit avoir, c’est d'en lier l’enseignement aux autres classes d'instruction générale. Il devrait y avoir des échanges constants entre l'étude du dessin et celie de l’histoire, de la géographie, de l’histoire naturelle, même de l’arithmétique et de la langue fran: çaise, car les devoirs de toutes sortes ne pourraient que gagner en intérêt et en précision, s'ils étaient illustrés de croquis où l'enfant trouverait à la fois plaisir et profit. L'élève qui aura dessiné en marge de son cahier de calcul les mesures du système métrique ou fait le portrait d’une bête sur son devoir de zoologie, aura une idée plus nette de sa leçon et la retiendra bien plus facilement; de même une petite ré-

daction illustrée, comme celle dont nous donnons un exemple à la planche IT (n° 6), gravera dans la mémoire

Bi

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