‹ Conseils aux instituteurs sur les nouveaux programmes de l'enseignement du dessinChapitre 13 sur 27 · scene · texte numérisé non relu

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tiements, comme ile sont le plus souvent leur paroie, celte autre expression de leur pensée. Seulement, de même qu'avec l’habitude la pensée devient plus nette et la parole plus précise, de même le sens de l’observation s’affine, et le dessin, qui en est l'expression, se rapproche de la réalité.

La maîtresse n’a pas à intervenir; le travail s’ac-

complit de lui-même, et il n’y a pas autre chose à

faire, pour corriger les crayonnages d’un enfant de 4 ou 5 ans, que de lui donner des indications très générales et d'attirer son attention sur les trop grosses fautes. Le principal est de développer son goût pour le dessin et la couleur. Nous l’avons déjà dit, mais on ne saurait trop insister sur ce point : c’est dans la première enfance que les dispositions pour le dessin sont les plus vives, parce qu’elles répondent à la curiosité des tout petits. Plus tard, cet instinct s’affaiblit, et 1l n'est pas rare de voir des dispositions remarquables chez un enfant de 5 ou 6 ans diminuer et disparaître complètement quand il arrive à 9 et 10 ans. Il importe donc beaucoup d'entretenir ces dispositions par une pratique constante et de renouveler l'intérêt en variant les exercices. A cet âge, c’est surtout la faculté d'observation qu’il faut s’appliquer à développer. On doit attirer l'attention de l’enfant sur tous les objets, l’habituer à détailler leur forme, leurs caractères particuliers, leur adaptation aux différents usages auxquels ils sont destinés.

Cela nous amène à dire que le dessin est le corollaire naturel des leçons de choses qui occupent une

si grande place dans l’enseignement primaire et ne sont en réalité, pour les tout jeunes enfants, que des leçons d'observation. Combien l'enfant aura une idée . plus nette du poêle, de la table, de la fenêtre, quand il aura essayé de les dessiner, si mal que ce soit, et qu’il aura été obligé d'examiner avec attention chaque partie de son modèle! Mais ce n’est que dans la « grande section », c’est-à-dire de 5 à 7 ans, qu’on en arrivera à cette reproduction des, objets usuels. Chez les tout petits; il faut se borner à la copie de quelques objets extrêmement simples, à la reproduction de groupements ou d’alignements faits avec des jetons, des boutons, des bâtonnets, des constructions de cubes ou de morceaux de bois. On s’attachera à donner des habitudes d’ordre, de propreté dans le dessin, en utilisant l'instinct de symétrie qui existe dans tous les arts primiüfs, œuvres des peuples enfants.

Quant au dessin d'imagination, il faut l’encourager le plus tôt possible et le laisser absolument libre. L'enfant est non seulement curieux et observateur, mais 1l est surtout rêveur et poète. Il se fait à luimême des récits extraordinaires, il se représente à sa façon les scènes qu’il entend raconter; son vocabulaire est insuffisant pour décrire ses impressions; le dessin est son mode d'expression naturel; il s'amuse à crayonner ce qu'il a imaginé, et il le fait sans s’encombrer de détails inutiles. Ses images sont incorrectes, mais expressives et pittoresques, parce qu'il cherche seulement à rendreintelligible pour lui-même ce qui lui a traversé le cerveau. Poussez-le à se ra-

conter ainsi lui-même par l’image; faites-lui illustrer les chansons qui l’amusent, les contes qui l’ont frappé. C’est un excellent exercice, à la fois d'observation et d'imagination; et l'enfant y trouvera un plaisir de plus en plus grand à mesure que l'habitude lui rendra ce mode d'expression plus familier.

Enfin, c’est dans ces petites classes que le modelage trouvera une place tout indiquée. Dans des classes un peu nombreuses l'organisation paraît en présenter certaines difficultés, à cause de l’attirail et du maniement de la terre. Le plus simple est de l’introduire progressivement, d'en faire d’abord une récompense promise aux plus sages. Le moindre désordre est puni par la privation de cet exercice, qui devient vite un amusement très recherché. Peu à peu, chaque élève se fait à lui-même sa planchette et ses ébauchoirs; il tient à honneur de prouver quil est digne de cette récompense. La plus grande propreté est exigée, mais il faut que l’enfant puisse laver ses mains et ses outils après la leçon. En Suëde, dans certaines écoles primaires, le modelage est suivi du coloriage des objets ainsi exécutés. On a obtenu des choses souvent étranges, baroques, quelquefois charmantes et imprévues. En tout cas l'enfant y prend grand plaisir.

| C'est un excellent exercice manuel qui lui fait com-

prendre la différence qu’il y a entre la réalité des

| objets et la convention du dessin, différence fonda-

mentale qu’il est nécessaire de faire toucher du doigt à l'enfant sans l’effaroucher par l’idée d’une perspective, en le faisant passer tout naturellement de

| la 2 iocbos concrète à l’image abstraite des | lobjets.

Cours élémentaire et Cours moyen.

Nous voilà sortis de la première enfance; nous avons laissé nos tout petits crayonner suivant leur caprice et la fantaisie de leur jeune imagination; ils ont pris le goût et l'habitude du dessin. Il s’agit maintenant de diriger leurs dispositions naturelles, de donner une discipline à leur œil et à leur main, en un mot de leur apprendre à dessiner, c’est-à-dire à voir vrai et à reproduire juste.

C'est pour faciliter cette tâche que les nouveaux programmes ont multiplié les indications des modèles que le maître peut utiliser, en se servant du mobilier ordinaire ou des jouets des écoliers. On ne lui demande pas de tout faire, mais de choisir parmi les exemples proposés, suivant l’âge et les dispositions naturelles de ses élèves. Il tâtonnera d’abord; il reviendra à des modèles plus faciles, s’il voit que les enfants réussissent trop mal. Qu'il essaye de diviser la classe en plusieurs groupes, suivant la force, et de proposer des modèles différents. En tout cas, ïl ne montrera plus à l’enfant que des petits modèles naturels, surtout ceux dont les lignes simples peuvent en réalité se rapporter toutes à des formes géométriques, mais telles qu’elles se combinent dans les objets familiers mêlés à la vie de chaque jour. Le

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globe d’une lampe ressemble à une sphère et son verre est un cylindre; un drapeau est un parallélogramme que ses trois couleurs divisent en trois parties égales; le cadran de l'horloge reproduit un cercle avec ses rayons; un cerceau est une circonférence, une lanterne un parallélipipède. Il sera bon qu'avant chaque exercice le maître fasse observer attentivement l’objet proposé, qu’il en signale luimême les formes, les saillies et les rentrants. Il y a des professeurs qui se trouvent bien du procédé qui consiste à faire préalablement dessiner du doigt dans l’air la forme de l’objet. Avec les crayons de couleur ou, si c'est possible, avec les tons de l’aquarelle on aura soin de faire indiquer le coloris des objets; on fera voir où se pose le reflet de lumière, ce qu’est une ombre portée. Toutes sortes de modèles, un ballon rouge, une bille, un lampion, un drapeau, sont motifs à des études où la science des contours, comme celle des couleurs et des lumières, entrent en jeu. Mais il s’agit d’abord d'obtenir des effets tout à fait simples. Pour l’aquarelle, dont on redoute parfois la complication, nous en dirons ce que nous disions plus haut du modelage. On en fera une sorte de degré supérieur, permis aux plus sages et aux plus forts; on se contentera des crayons pour les autres.

En même temps que l'étude du dessin, on conti-

nuera autant que possible les essais de modelage; les enfants se seront déjà exercés à reproduire des formes très simples; ils peuvent maintenant s’essaÿer à copier quelques objets usuels. Loin de nous l'idée

de faire d’eux des sculpteurs! Nous avons considéré [Le modelage comme un excellent exercice pour l’édu- | cation du cerveau et de la main. On y apprend sur- [tout à préciser la forme et le relief.

| Un exercice qui a une grande importance et une igrande utilité est le dessin de mémoire. Répétez-le (fréquemment; demandez par exemple de reproduire | de souvenir un objet dessiné dans une classe précé- | dente, ou bien, après avoir laissé un modèle sous les | yeux des enfants le temps voulu pour qu'ils l’aient | observé bien attentivement, retirez-le et faites-le des- |siner dé mémoire. Proposez encore de dessiner à | grands traits au tableau les monuments qu'ils voient | dans leurs promenades : l’église, la maison de l’école, {l’hôtel de ville; les sujets ne manquent pas.

Il faut obtenir aussi que les enfants dessinent le plus possible en dehors de l’école, qu'ils s’amusent à crayonner ce qui les entoure. Ils prendront l'habitude de regarder et de retenir les formes; tout leur apparaîtra comme un sujet à croquis. Combien y a-t1l de gens capables actuellement, avec l’éducaton qu'ils ont reçue, de donner en quelques coups de crayon l’idée d’un objet, d’un paysage, d'un spectacle quelconque, de fournir à un ouvrier les indications nécessaires à un travail? Le dessin est une écriture. N’estil pas étrange qu’il soit l'apanage de quelques-uns? Tout le monde devrait être accoutumé à s'en servir couramment. Considéré à ce point de vue, le dessin n’est plus de l’art : c’est un mode d'expression bien ancien, puisque les hiéroglyphes

des Égyptiens n'étaient en somme pas autre chose. Pour exercer les enfants à ces dessins pratiques et leur donner l'habitude des croquis, les leçons de choses offrent d'excellentes occasions. Leur adresse de main y gagnera en même temps que leur sens d'observation : les élèves qui auront des dispositions spéciales et un sens artistique plus développé feront d'eux-mêmes des dessins qui dépasseront les bornes du dessin utilitaire.

À mesure que les enfants grandissent, quand ils

passent du cours élémentaire au cours moyen, on.

choisit des modèles plus difficiles, on s'éloigne des formes trop simples, on offre des sujets plus variés et plus amusants : parmi les Jouets, une toupie, un animal de bois, une locomotive, une poupée, ou bien un fruit de la saison, une branche dans un vase. Nos deux planches montrent les résultats qu’on a pu obtenir de jeunes enfants à qui l’on a proposé pour modèles une feuille de marronnier, un chapeau de paille, un feutre mou. Pour les filles, les modèles seront généralement choisis en vue des travaux féminins qu'elles devront exécuter plus tard et qu'il faut les mettre à même de pouvoir dessiner elles-mêmes. On attachera une attention particulière à la plante, source inépuisable de motifs décoratifs. On étudiera des feuilles de formes variées, des branches bien disposées, desfleurs aux pétales découpés et réguliers.

Il est utile, dès ce moment, de leur faire aborder la figure humaine, pour les préparer aux exercices du Cours supérieur. [nvitez-les, comme par amusement,

meme

à faire le portrait d’un petit camarade, à reproduire la silhouette d’un écolier écrivant ou lisant; demandez-leur d'exécuter à la maison le profil de leur maman ou de leur petite sœur, et corrigez ensuite ces essais avec discernement, en conseillant et en encourageant, plus qu’en blâmant. L'enfant ne doit jamais avoir l'impression qu’on rit de lui et de ses œuvres.

Pour les’ pelits garçons, de même que pour les petites filles destinées à avoir un métier plus tard, les exercices de composition décorative sont de haute importance; de ces essais bien corrigés, qui sont le premier apprentissage de tous les métiers d'art, dépend l'avenir de notre industrie française. Il faut, pour y réussir, combiner un grand nombre de qualités natives et de connaissances acquises : le rôle du professeur est de développer les unes, telles que le goût, le sentiment de l'harmonie et des proportions, et d’enseigner les autres, comme l'exactitude, la symétrie, l'équilibre, l’habileté de main. Toute la technique du dessin y est en jeu, et l'on ne s’étonnera pas de voir seulement un petit nombre d’écoliers y montrer d’heureuses dispositions.

Dans un diagramme schématique, proposé par le maître et tracé au tableau, l’élève doit, suivant son idée personnelle, former des ornements géométriques ou empruntés à des éléments naturels : des feuillages, des fleurs ou des parties de fleurs. On en trouvera d’heureux exemples dans les excellentes leçons proféssées par M. Quénioux dans le Manuel général (avril et mai 1905; octobre 1908 à juillet 1909). De petits objets

usuels, ciseaux, balles, bilboquets, etc., se prêtent aussi à toutes sortes d’arrangements et, rentrant dans les lignes données, forment des encadrements ou des | motifs centraux applicables au sujet proposé. L | : Pour les filles, il faudra veiller spécialement à Puti- 1 lisation de leurs études aux travaux féminins, tels que 110 broderies, dentelles, tapisseries, etc. La jolie bande de feuilles de sycomore, dans notre pl. I (n° 2), imaginée li par une fillette de 11 ans, montre ce que l’on peut attendre d’une enfant. bien douée pour une création de ce +4 genre. Nous en dirons autant de la pittoresque frise | de papillons, si finement étudiée par une élève de n i5 ans dans une modeste école d'Algérie (n° 1), et du l gracieux décor d’assiette (n° 5) trouvé par un petit Le garçon de 11 ans.

d. Ces exercices de composition décorative ont besoin h. d'être gradués avec beaucoup de tact. Aux enfants | jeunes on ne demandera d’abord que des combinai- 1: sons de lignes : on inspirera le goût de l’harmonie par l'emploi des courbes et des droites. L'étude de la couleur y sera un élément capital; elle ne sera L tirée que des modèles naturels : avant même de faire | copier les fleurs et les fruits, on peut en faire obser- |

ver les couleurs et apprécier la manière dont les tons s'associent et se combinent dans la nature. Les modèles tout préparés dans le commerce, chromos et à dessins coloriés, sont à éviter : ils offrent le plus sou- 1 vent un assemblage de tons criards et faux et ne peu- | vent donner que des exemples de mauvais goût. L’enfant: doit s'habituer à chercher lui-même des tons

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harmonieux et frais. Pour les petites filles, on trouvera dans les divers travaux à l’aiguille, dans les exercices sur étoffe ou carton perforés, l’occasion de développer leur goût d’arrangement et de combinaison des couleurs. La confection de fleurs et de feuillages en papier, source d’une industrie considérable, est aussi une excellente préparation mécanique qui leur donne de l'adresse et de la légèreté de main.

Les combinaisons décoratives peuvent encore prendre place dans les exercices de modelage : l'étude des reliefs, des saillies et des creux, s'associe naturellement aux travaux manuels. Dans l’enseignement primaire, ces travaux jouent un rôle important et les études faites à la classe de dessin deviennent aisément des modèles pour les exercices pratiques de l’atelier. Les élèves sont presque tous destinés à devenir des ouvriers et des ouvrières; illimporte d’habituer leurs doigts à manier les objets, leurs cerveaux à matérialiser les lignes idéales qui forment l’essence du dessin On leur fait exécuter de petits meubles, de petits ou: vrages de menuiserie; les petites filles confectionnent, des chapeaux et des effets de poupées : c’est ainsi que la construction d’un meuble ou la fabrication d’un chapeau resteront liées pour eux aux règles de l’art et du goût.

La part de l'imagination ne doit pas être négligée non plus : à l'école primaire, où il n’y a qu'un seul maître pour l'ensemble des études, il est facile d’unir le dessin aux autres enseignements, et c’est un bon moyen de remédier aux heures trop courtes que la

division du temps attribue à l'étude du dessin. L’instituteur ou l'institutrice ont toute latitude pour l'introduire dans d’autres parties des études. En donnant à illustrer différents devoirs, ils fixeront les idées des enfants d’une façon plus nette et plus précise sur l’objet de leur lecon. Les éléments de zoologie et de botanique cesseront d’être des abstractions, et quant à l’histoire, elle offre d'innombrables occasions de croquis dont l'enfant tirera toujours grand profit, parce qu’il sera obligé de réfléchir sur son sujet pour le traduire sous une forme concrète : qu'il dessine un Gaulois avec ses armes et son costume, qu'il représente l'épisode du vase de Soissons ou la mort de Brunehaut, ce sera une manière de graver dans sa mémoire des faits qu'il n'oubliera plus jamais. Au

point de vue du dessin, il ne faut s'attendre, dans ces

illustrations enfantines, à aucun résultat artistique : on ne s’étonnera pas que ces croquis soient souvent informes et même affreux. Ce n’est qu'un procédé pédagogique, un moyen de fixer les idées et d’habituer les enfants à traduire leurs pensées sous forme d'images. D'ailleurs, les enfants bien doués trouveront à manifester ici leurs dispositions particulières et sauront produire des œuvres naïves et pittoresques, qui permettront d'apprécier leur originalité et leur goût personnel; les expositions de dessins faites à Paris en ont fourni de nombreuses preuves et M. Quénioux dans le Manuel général (avril 1905) en a publié d’amusants exemples (voy. aussi pour les dessins d'imagination et les scènes familières, ses leçons d'octobre

1908 à juillet 1909). On peut encore trouver des sujets de croquis dans la leçon de géographie : les cartes de géographie sont tout indiquées, mais on peut y ajouter l'aspect d’un port, d’une montagne, le bord d’un lac; la vue d’une oasis dans le désert, d'une plantation aux colonies ou tout autre sujet inspiré par la lecon. Enfin la petite narration ou la dictée et la page d'écriture sont des prétextes excellents pour une illustration dont le maître indiquera le sujet. Nous publions, dans la planche II (n° 6), un exercice de ce genre : une poule défend ses poussins effarés contre les entreprises d’un chat qui fait le gros dos à l’approche de l'ennemi; les attitudes des deux adversaires y sont très spirituellement indiquées. C’est au maître à déterminer avec tact et mesure la part qu'il doit donner dans son enseignement à l'imagination et à la recherche d’art. Il appréciera comment il doit varier les exercices, doser les éléments artistiques dont 1l désire imprégner les études, sans rien leur faire perdre toutefois de leur gravité, et éviter aussi de laisser envahir par des croquis décoratifs toutes les copies de ses élèves, au détriment des autres besognes.

D'ailleurs, d’une façon générale, les nouveaux programmes ont cherché avant tout à laisser une large part à l'initiative des maîtres : on ne veut plus qu'iis soient enfermés dans des prescriptions étroites. On leur a donné à titre d'indications un très grand nombre d’exercices et de modèles, afin qu'ils puissent choisir ceux qui sont le mieux appropriés aux

moyens de leurs élèves et aux ressources de leur école. Ils sont même libres d’en imaginer d’autres, inspirés par la tendance générale du programme, qu’ils varieront suivant leur ingéniosité personnelle, suivant les dispositions particulières des élèves et les conditions propres à la région où ils exercent. Dans cette recherche, les élèves deviennent d’excellents collaborateurs. Mis sur la piste des sujets à trouver, ils ont bien vite fait de proposer ou d’apporter du dehors des modèles à copier, qui ont l'attrait de la nouveauté et le grand mérite, à leurs yeux, d’avoir été choisis par eux-mêmes.

Cours supérieur.

L'âge de 11 à 13 ans marque une étape décisive dans l'éducation des garçons et des filles. Le travail devient plus approfondi : dans les lycées et collèges, on aborde le cycle d’études qui constitue à proprement parler l’enseignement secondaire ; dans les écoles, on passe de l’enseignement primaire élémentaire à l'enseignement primaire supérieur. C’est un pas marqué entre l'enfance et l’adolescence. Tous les éléments de culture, qui n'ont été qu'effleurés jusqu'alors, sont maintenant creusés et développés : l'éducation mo-

rale, la langue ffançaise et les langues vivantes, l’histoire et la géographie, les sciences, la littérature, sont l'objet d’un programme élargi, plus détaillé, plus

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nourri de faits, générateur d'idées et de réflexions. Cette évolution qui se produit dans l'instruction générale, il serait indispensable qu’elle eût lieu dans l’enseignement du dessin, et ce n’était malheureusement pas le cas jusqu’à présent. Dans le plan d’études ancien, on peut comparer les chapitres relatifs au dessin pour la Primaire élémentaire et pour la Primaire supérieure, sans y découvrir aucun changement notable : ce sont toujours les mêmes exercices qui se répètent; aucune part plus grande donnée à l'intelligence et au raisonnement d’enfants que l’ensemble de leurs connaissances commence à rendre aptes à un effort plus sérieux.

La pensée principale de la réforme a été, comme nous l’avous dit, de lier fortement l'étude du dessin aux autres enseignements. Depuis les premières classes, l'enfant s’est habitué à rendre sa pensée sous la forme d'images; mais à mesure que ses idées se précisent et que ses connaissances se mulliplient, il est naturel d’exiger de lui que ses dessins deviennent plus nets et plus exacts; les notions acquises dans les autres classes doivent se manifester par une habileté plus grande à reproduire la nature. Ce sont surtout les notions scientifiques qui valent alors d’être utilisées. Les classes d’arithmétique et de géométrie ont rendu les élèves familiers avec les évaluations de surfaces et de volumes; ils comprennent les propriétés des lignes et des angles : le temps est venu d'exiger une application rigoureuse dans le rendu des modèles proposés. L’inlervention de la géométrie dans le

dessin, qui était tout à fait inopportune et dangereuse pour des enfants de 7 à 8 ans, trouve sa place naturelle et logique quand il s’agit d'élèves de 12 ou 13 ans. Toutes les questions de proportions et de perspective peuvent alors être abordées, à la condition d’être toujours présentées sous la forme la plus simple et la plus claire. Il faut aussi que les explications découlent du modèle choisi et qu'elles ne deviennent pas des démonstrations théoriques et abstraites, aussi inutiles que rebutantes.

Il semble que l’ancienne méthode, dite géométrique, aurait dû au moins former des élèves forls dans le dessin géométral et dans les exercices de croquis cotés. Pourtant il n’en est rien, puisque nous entendons les industriels se plaindre que dans les écoles le dessin de ce genre soit complètement négligé et que les apprentis ne sachent même pas lire un relevé avec cotes (Manuel général, février 1909, p. 526). C’est qu’en effet d’une part on na pas su inspirer le goût du dessin pratique, d'autre part on est resté dans les démonstrations théoriques au tableau. [ci encore, il faut procéder par des exemples concrets, comme l’a montré M. Quénioux däns le Manuel général (décembre 1908, p. 190). On donnera, par exemple, comme modèle pour le dessin coté une paire de tenailles, un outil de menuisier; pour les plans levés, le plan de la classe, d'un préau, d’une petite maison. Ces exercices sont les compléments naturels des travaux manuels de l'atelier, où les élèves s'habituent à confectionner eux-mêmes des objets

d'utilité courante en menuiserie ou en métallurgie; c’est la partie pratique et matérielle, on pourrait dire essentielle, d’un enseignement qui doit conduire la plupart d’entre eux à un métier manuel, et non pas à un avenir d'artiste proprement dit. Le maçon, le serrurier, le mécanicien, en un mot tous ceux qui travaillent de leurs doigts, se trouveront fort bien de savoir, non seulement lire une épure, mais exprimer eux-mêmes par un croquis quelque détail de leur ouvrage.

Cependant la partie véritablement artistique est loin d’être indifférente pour ces futurs ouvriers, el on aurait grand tort de la considérer comme négligeable. Laissons de côté, malgré leur importance, les considérations d'ordre moral qui font reconnaître dans le développement du sentiment artistique un ferment d’aspirations nobles et élevées, une garantie contre les entraînements bas et grossiers. En ne tenant compte que de la pratique et de l’utilité, n'estil pas évident que, dans un grand nombre de métiers, l’ouvrier ne peut se passer d’une solide instruction artistique, tels que le bijoutier, l’orfèvre, l'ébéniste, le tapissier, même le jardinier; sans parler, parce que cela va de soi, des dessinateurs sur papiers peints, tentures, étoffes, porcelaine, etc.?

L'école primaire supérieure est donc la source naturelle, le lieu de premier apprentissage de toutes les industries, quelles qu’elles soient, et à toutes le dessin est utile ou indispensable. C’est là que l’enfant reçoit l'orientation décisive d’où dépendra tout son

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