‹ Conseils aux instituteurs sur les nouveaux programmes de l'enseignement du dessinChapitre 16 sur 27 · O1 (OL · texte numérisé non relu

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mettre et comment il doit s’y prendre pour assurer son autorité. Il sera sûr d'obtenir la discipline s’il sait intéresser ses élèves : ceux-ci craindraient trop de voir cesser des exercices qui les amusent, s'ils en faisaient une occasion de trouble et de désordre. Tout modèle, petit ou grand, individuel ou collectif, doit être d’abord expliqué aux enfants. Les leçons de choses, qui sont la base de l’enseignement primaire et sont si bien pratiquées dans les écoles, trouvent là’ leur application naturelle. En plaçant un objet sous les yeux des élèves, il faut leur dire à quoi il sert, quelle place il occupe dans la nature ou dans l'industrie humaine, comment ses formes s'adaptent à son emploi. Mais à ces notions pratiques s’ajoute une autre question : celle de l’art. Il ne s’agit pas ici de faire de l'esthétique et d'employer de grandes phrases, mais de faire comprendre aux enfants la beauté propre des choses et celle que leur donnent les jeux de la lumière; un fruit n’est pas seulement utile et bon à manger, il est aussi bon à regarder parce qu'il est joli de forme et de couleur; une fleur est précieuse malgré son inulilité apparente, parce qu’elle charme les yeux et que son parfum est délicieux; un simple verre rempli d'eau répand de la gaieté et de la lumière quand le soleil le traverse; un chaudron de cuivre, une bassine à confitures bien éclairée flamboient de touches lumineuses qui amusent et réjouissent la vue. C'est en partant de ces petites remarques que le maître amènera les enfants à l'admiration d’un coucher de soleil, d’une montagne ou d’un lac: il éveillera

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en eux peu à peu le sens de l'observation et le goût du beau.

Pendant l'exécution des dessins, le maître se promènera souvent derrière les enfants; il leur donnera des indications, signalera leurs erreurs et les guidera par de courtes explications. S’il constate une véritable incapacité à comprendre ou à exécuter, il peut se. mettre auprès de l'enfant, indiquer sur sa feuille en quelques traits comment la difficulté doit être vaincue; il peut aussi donner des indications générales au tableau. Mais ÿ! s'abstiendra soigneusement de corriger ou de refaire lui-même le dessin sur la copie de l'élève. Les dessins retouchés par le maître n’ont aucune valeur pédagogique; ils empêchent toute notion des progrès accomplis et donnent aux enfants l'habitude paresseuse d'attendre que le professeur fasse pour eux ce qui leur semble trop difficile. L'élève doit s’habituer à rechercher lui-même ses erreurs et à les | corriger.

Pour la composition décorative, le maître tracera au tableau le schéma, le dispositif linéaire dans lequel les ornements doivent être placés. Ces ornements sont laissés à l'initiative de l'élève qui les inventera et les disposera lui-même : c’est la part d'imagination réservée à l'enfant à qui il faut surtout éviter l’écueil de la copie servile. Celui qui sera mal doué, incapable de rien imaginer par lui-même, trouvera des idées en voyant travailler ses camarades et s’inspirera en

regardant leurs dessins.

Tout travail doit avoir une sanction; chaque dessin

sera coté par une note. Le maître pourra faire la correction collectivement et publiquement; c’est une très bonne méthode qui a l'avantage d’intéresser les élèves au travail les uns des autres. En les invitant à juger eux-mêmes les œuvres les mieux réussies, on développe leur sens critique, en même temps qu’on les met à même d'apprécier les qualités de leurs camarades et leurs propres fautes. En général, l’enfant discerne très vite les fautes des copies autres que la sienne; les défauts lui sautent aux yeux et il apprend à voir juste. Le maître conduit et dirige ce classement; il explique en quoi tel dessin est supérieur à tel autre et quel mérite se cache quelquefois sous des apparences peu flatteuses. Les enfants trouvent dans ce classement auquel ils collaborent un nouveau mobile d'émulation. Mais il faut soigneusement empêcher les moqueries, éviter que les faibles ne soient humiliés et trouver avec tact des raisons d'encouragement pour les plus mauvais.

Dans certaines classes, on organise des expositions temporaires des meilleurs dessins d'élèves. L’installation est facile : il suffit de trois ou quatre cadres passe-partout dans lesquels on glisse les dessins: cette sorte de tableau d'honneur est une grande joie pour les élèves choisis et une salutaire émulation pour les autres : en même temps, c’est une facon très intéressante de décorer les murs de la classe, décoration qui se renouvelle souvent dans le courant de l’année.

En dehors du dessin proprement dit, le maître aura aussi à diriger les petites illustrations de devoirs:

nous en avons donné un joli exemple dans notre me |; je planche II. On indiquera quels sont les sujets qui s y prêtent le mieux, mais on mettra beaucoup de discrétion et de modération dans ce genre d'exercices qui se fait à la maison, en dehors de la classe, afin de ne : pas compliquer la besogne de l'enfant. Celui-ci doit : seulement comprendre que le dessin ne se sépare pas des autres enseignements et, s’il y réussit, il demandera à faire de lui-même, pour son plaisir, ce petit y 2

travail supplémentaire.

Lai L'outillage de la classe.

À Nous avons parlé dans les précédents chapitres de L l'emploi des crayons, de l’aquarelle et de la terre à D modeler. Nous avons dit combien il'est simple et économique de constituer le matériel des modèles dans oi les cours élémentaires : les objets de la classe, le mobilier scolaire, de petits outils, les jouets ou les effets 14 des enfants, ou encore tout ce qu'ils peuvent apporter eux-mêmes du dehors, plantes, feuillages, fruits, . légumes. Le choix est grand et ne nécessite aucune

| dépense.

ES Pour le cours supérieur, il faut aller un peu plus

À loin et l'on ne peut pas se contenter d'éléments aussi

| simples. Le maître s'ingéniera à trouver des. modèles

| plus intéressants et il lui sera d’ailleurs facile de se : | faire aider dans ces recherches par les enfants euxmêmes, toujours curieux et fureteurs. Il se donnera

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la tâche de constituer un petit matériel qui peut s'enrichir constamment de nouveaux échantillons spécimens de zoologie, de botanique, de minéralogie. Quelque animal empaillé, de beaux insectes desséchés, des papillons fixés sur un carton les ailes étendues, des minerais ou silex remarquables de forme ou de couleur ramassés au cours des promenades, des fossiles, etc., formeront le fonds de cette petite collection qu’on enfermera dans une armoire et dont on pourra mettre chaque pièce sous les yeux des enfants en temps utile. Quant à la botanique, source féconde et éternelle de beaux motifs et de sujets décoralifs, rien n’est plus facile que de former à chaque saison un herbier où l’on puisera plus tard des modèles excellents.

La constitution de cette petite collection, si aisée à faire, aura forcément un intérêt gégional. La collection de la classe dans la montagne ne peut pas avoir le même caractère que dans la plaine ou au bord de la mer. L'enfant apprendra en dessinant à connaître les ressources et les productions de son pays natal. Quelle diversité suivant les pays et quelles richesses partout! La terre entière est un champ indéfini d'observations et de sujets d’études.

Enfin, pour une école qui dispose de certaines ressources pécuniaires, nous avons recommandé l'achat de quelques plâtres choisis parmi ceux qui caractérisent le mieux les époques de l’histoire dont on parle aux enfants : notions sur l'antiquité et l’histoire de France à l’école primaire; étude plus approfondie de

l’art français depuis le seizième siècle à l’école supérieure. Aux programmes nouveaux de l’enseignement secondaire dans les lycées et collèges est maïntenant annexée une liste de moulages classés chronologiquement avec indication des prix, que les instituteurs n'ont qu'à consulter pour se guider dans leur choix.

Mais il est encore plus facile et moins coûteux de se procurer des cartes postales qui reproduisent des œuvres d’art de tous les temps et de tous les pays- On trouve chez beaucoup de marchands des cartes illustrées qui rendent suffisamment bien les plus belles œuvres des principaux musées français et étrangers, les monuments intéressants du monde entier par vues d'ensemble ou de détail. Rien de plus

‘simple que d’en, composer des feuilles d'album bien

classées qu’on metisous les yeux des élèves, afin de leur donner quelques notions d’histoire de l’art; on pourra même autoriser les plus capables à copier celles qui leur plairont particulièrement. Évitez les cartes coloriées, en général très mauvaises de tons. S essayer à la reproduction, même imparfaite, de quelque beau portrait d'Holbein, ou de quelque estampe japonaise, est une tâche digne de tenter l'ambition d’un élève sensible aux choses de l’art, Dans ce

<as la copie d’une image, que nous condamnons abso-

lument comme procédé d'éducation avec les débulanis, devient pour l’écolier déjà parvenu à un certain degré de force, un moyen de communication intime avec les maïlres et un précieux agent du progrès

Pour la création de ces petites collections, nous savons, hélas, combien sont faibles les ressources que le budget d'État met à la disposition des écoles. Mais n'est-il pas possible d'intéresser la municipalité, ou même des particuliers intelligents, à ces tentatives de progrès? Une subvention, si modeste qu'elle soit, permet de créer un fonds qu'il est facile d'enrichir petit à petit. Avec 50, même 25 francs par an, el quelques efforts personnels, un maître peut assez vile former une très jolie collection de photographies ou de gravures. La Chalcographie du Louvre, la Société de l'Art à l'École, et maintenant un assez grand nombre d’éditeurs parisiens vendent à des prix modiques de fort belles reproductions des chefs-d’œuvres des maîtres. Nous rappellerons aussi que le Musée pédagogique de Paris (41, rue Gay-Lussac) possède une collection de clichés à projections dont il dispose gracieusement en faveur des établissements scolaires qui, étant munis d’une lanterne, en font la demande. Le Musée se charge de l’envoi et se fie au maître pour en assurer le retour. C’est pour les élèves l’occasion de séances à la fois instructives et très divertissantes.

Les études au microscope sont à recommander; dans les écoles qui ne possèdent pas cet instrument, on peut le remplacer par une loupe forte. Au point de vue de l’art décoratif, rien n’est plus précieux que d'apprendre à connaître les ressources de l'infiniment petit : le grossissement d’une aile de mouche ou de papillon, la structure organique d’une fleur, les ner-

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vures d’une feuille fournissent des idées de composilions décoratives très originales.

Enfin l'outillage pour les modèles industriels de grandes dimensions peut être montré aux enfants sur place, partout où l’occasion s’en présente aux environs de l'école : le chemin de fer avec sa gare et son matériel, une usine ou une manufacture s’il s’en trouve à proximité, la ferme avec ses appareils agricoles. Même le plus simple fabricant, forgeron, menuisier, charron, serrurier, possède des outils ou des engins divers qui seront une source de croquis à main levée: Les promenades et excursions pédagogiques devront être dirigées dans ce sens et le maître s’ingéniera à varier ses promenades pour multiplier les catégories de sujets et de modèles; lui-même y trouvera un intérêt qui le récompensera de ses peines.

Développement du goût artistique.

Nous avons passé en revue tous les exercices que l’on peut faire avec un outillage varié ou restreint. Nous avons indiqué dans quel esprit le maître doit travailler, mais son œuvre ne‘s'arrête pas là. Sa tâche n’est complète que si son influence s’étend jusqu’en dehors de la classe sur l'esprit des enfants, et par ces enfants sur leurs familles. Combien d’entre eux, rentrant à la maison, trouvent des logis pauvres et sordides, où les plus élémentaires lois de l'hygiène et du. confortable sont méconnues? L'école ne doit-elle pas

être la maison-type, la demeure idéale où l’écolier puise des habitudes de propreté, d'ordre, de décence? Il faut aussi qu'il y puise des idées de goût et d'art. Les recherches de soin et de bon goût influeront sur l'esprit de l'enfant; elles lui donneront l'habitude et le désir d’un intérieur agréable. L'école réagira sur la famille : l'enfant qui aura passé la journée dans une salle d’études avenante et bien tenue rapportera chez lui le désir du bien-être et s’efforcera d'introduire les mêmes idées à la maison; les filles trouveront dans leurs instincts de ménagères le moyen de les mettre directement en pratique.

L'’esthétique est un bien grand mot, dont il faut savoir se défendre quand on parle d'enseignement s’adressant aux enfants; mais-on ne saurait trop répéler que l’art et la beauté sont à la portée de tous et que le plus petit paysan, quand il est bien doué, peut y être sensible. En favorisant le goût du dessin et de la couleur chez les enfants, on ne vise nullement à faire d'eux des artistes; il faut, au contraire, détourner ceux qui ont du goût pour le dessin de la vanité et des prétentions à une vocation. Si tousles enfants apprenaient à dessiner dès l’âge tendre, ils verraient combien cet exercice est facile et naturel, et ils deviendraient plus modestes devant leurs coloriages. L’instituteur enseignera que l'on dessine comme on écrit et comme on lit; c'est un procédé de plus ajouté aux autres pour développer l'intelligence, en apprenant à regarder et à comprendre la beauté de la nature.

Aussi, de même que l'instituteur inspirera aux

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enfants le goût de lire chez eux en dehors de la classe, de même il profilera des promenades pour leur apprendre à regarder. Il les mènera herboriser dans le bois voisin ou dans la plaine et, tout familièrement, il leur fera admirer la beauté des arbres, les effets de lumière, la richesse de couleur des fleurs, des: feuillages, la splendeur des couchers de soleil. Si quelque ruine, quelque château se dresse aux environs, il en fera un but d’excursion, le thème d’une petite leçon d'histoire où le sens du pittoresque, la beauté des monuments trouveront leur place. De même pour l’église du village, le vieux pont sur la rivière, le moulin, etc. Si l’on est près d’une ville, on ira visiter le musée, regarder les monuments et les places publiques. Mais il faut compter sur la nature, bien plus que sur les œuvres d'art, pour émouvoir la sensibilité de l'enfant. Le plaisir de regarder une statue ou un tableau naît d’une culture générale, d’une initiation qui manque le plus souvent à des écoliers. L'important, c’est que leur goût se forme par de beaux modèles et ceux-ci ne manquent pas dans la nature. Quand les enfants sauront y saisir le beau, ils seront aptes à comprendre l’œuvre d’art qui se présentera à eux, et ils ne se laisseront pas égarer par le mau-

vais goût.

C'est dans ce sens que nous voudrions voir résoudre le problème de « l'Art à l’École », qui occupe tant de bons esprits. Cette question a déjà fait l’objet de plusieurs congrès et attiré l'attention des pouvoirs publics. Une Société fondée sous le nom de l'Art à

l'École a son siège à Paris (26, quai de Béthune); eile étend ses ramifications en province ; elle favorise toutes les améliorations du mobilier scolaire et organise des expositions pour stimuler les inventions et les idées nouvelles; elle étudie les procédés aptes à rendre les classes plus propres, plus gaies, plus claires, plus attrayantes.

Or, il est des éléments indispensables qu’on peut toujours acquérir, sans rien dépenser. D'abord et avant tout, la propreté des murs, des planchers, des tables, des sièges, propreté qui est la première condition de la beauté. Puis la gaieté de l'aspect intérieur qui s'obtient par des vitres bien nettoyées, encadrées de rideaux blancs. Enfin le décor naturel, fourni par les fleurs de la saison placées dans quelques jardinières, prêtes à servir de modèles dans les exercices de la classe. On peut intéresser les élèves en les faisant collaborer à l’embellissement de l’école, soit qu'ils apportent eux-mêmes les fleurs et les feuillages qu'ils trouveront en toute saison, soit que, s’improvisant avec l’instituteur menuisiers et décorateurs, ils imaginent des petits coins d'intérieur charmants où leur ingéniosité se donnera libre carrière.

Dira-t-on que nous rêvons, que nous demandons trop ? Objectera-t-on que l'instituteur, même aidé de ses élèves, ne pourrait pas suffire à cet entretien et à ces embellissements ? Non, ce n’est pas un rêve, une utopie, puisque ces choses existent, puisque dans certains coins de France on a réalisé ces progrès d’hygiène et de confort! Voici une lettre d’institutrice

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