‹ Conseils aux instituteurs sur les nouveaux programmes de l'enseignement du dessinChapitre 17 sur 27 · DE M NE · texte numérisé non relu

DE M NE

Lee ts mue cr = ES

lue au dernier Congrès de la Ligue de l’Enseignement, tenu à Marseille (septembre 1909) : « Si vous

. venez me voir en mai, les rosiers fleuriront la grille si

nue en cette saison; vous me trouverez dans le jardin, entourée de mes petites sauvageonnes que je cherche à apprivoiser; il y a fort à faire. Vous verrez, autour de la salle de classe, deux rangées de lattes placées à hauteur des yeux; j'ai moi-même percé les trous et taillé les chevillettes qui les fixent au mur. Des gravures au passe-partout clair sont fixées à ces lattes: jé n'ai, hélas, que des gravures noires, très peu en couleur. Ajoutez une corbeille de fleurs sur la cheminée, d'autres sur une encoignure, des touffes de chardons séchés, des branches de, clématites avec leur graines ailées... ». Voilà de l’art sans frais et sans prétention. C’est celui que nous réclamons, et nous remercions du fond du cœur les maîtres et maîtresses qui ont ainsi compris leur rôle admirable d'éducateurs. Ils ont fait de « l'esthétique » sans le savoir. Ils ont jeté dans l’âme de leurs élèves la bonne graine qui fructifiera plus tard : l’amour de la propreté et de la beauté. Sans prêcher et sans catéchiser, ils ont moralisé l'enfant, car celui qui sait regarder les belles choses, celui qui a le goût d’un intérieur sain et gai, commence à s'élever au-dessus de la moyenne des hommes. Il est déjà sur la route de la culture supérieure.

M. SeRvier.

Texte des nouveaux Programmes de l’Enseignement du Dessin dans les classes enfantines et dans les écoles primaires publiques.

(Journal officiel du 30 juillet 1909.)

Le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, Vu la loi du 30 octobre 1886:

Vu le décret du 18 janvier 1887;

Vu l’arrêté du 18 janvier 1887;

Le conseil supérieur de l'instruction publique entendu,

Arrête :

Article unique. — Les programmes d’enseignement du dessin

dans les classes enfantines et dans les écoles primaires publiques de garçons et de filles sont modifiés ainsi qu'il suit :

Instructions générales.

Avant d'aborder le détail des exercices, il est nécessaire de préciser les principes de la méthode à suivre.

Le premier de ces principes est la liberté : chez l’élève. liberté du sentiment et même de l'interprétation dans les limites d’une correction graduellement serrée; chez le maître, la liberté d'action, encouragement à l'initiative suivant son tempérament propre.

Second principe : le dessin est moins étudié pour lui-même que pour les fins générales de l'éducation. Tout ce qui l’incorporera à la matière des études primaires et le mélera à la vie intellectuelle de l'école répondra au but visé : faire du dessin, non pas un art d'agrément, mais un instrument général de

culture et comme un renfort de plus pour le jeu normal de l'imagination, de la sensibilité, de la mémoire.

Troisième principe : la nature prise pour base, aimée pour elle-même, traduite directement et naïvement. La nature est concrète. Le dessin ne doit pas être abstrait. La géométrie west pas dans la nature telle que nous la percevons immédiatement et que nous cherchons à la rendre. La nature a ses lignes, ses formes et ses couleurs, mais ni ses lignes, ni ses formes ne se ramènent d’elles-mêmes à un théorème ou aux figures de géométrie, ni ses couleuts à celles d'un lavis. Cest donc fausser deux choses distinctes et dignes chacune d'une étude à part que de confondre, au début, les choses de la géométrie et celles de la nature, et c’est presque toujours stériliser le dessin. Aucune pralique géométrique ne devra s’interposer entre l'enfant et l’objet naturel qu'il dessine. Bien voir d’abord le réel, le sentir et le rendre ensuite avec sincérité, telle doit être la seule préoccupation de l'élève en face de la nature, qui, sous mille aspects, reste le modèle éternel.

D'où il suit que le maître, s’il comprend sa tâche d'éducateur, se subordonnera, lui aussi, à ces trois principes : respect de la vision et du sentiment propre à chaque élève ; — combinaison et collaboration entre l'étude du dessin et les travaux des autres classes ; = rejet de toute théorie pédagogique étrangère au dessin lui-même qui, sous prétexte d’aider l’œil et la main endort l’un et l’autre, engendre la routine et rend mort-né le plus vivant des enseignements.

En résumé, le bon maître devra exciter plus que critiquer, suggérer plus que corriger, proposer plus qu’imposer, se régler sur l'allure de ses élèves et s’adapter à leur mesure, au lieu de les régler tous uniformément sur la sienne. Par cette voie seule il atteindra les esprits et il saura vivifier les éléments que le programme met à sa disposition.

On doit tenir compte d’un cas qui peut être assez fréquent. C'est celui où l'élève, venant d’autres établissements, ou de sa famille, entrera à l’école à l’âge de neuf à dix ans, sans avoir jamais reçu aucume préparation à la pratique du dessin. Nous

conseillons alors de le soumettre, sans le séparer du reste de la classe, à un régime particulier qui consistera à lui appliquer la méthode d'initiation et de correction recommandée pour les premiers cours. Il ne sera pas nécessaire de lui proposer d’autres modèles qu’à ses camarades, mais on ne lui demandera pas les mêmes résultats. Son âge lui permeltra aussi de s'adapter plus vite aux exercices de perspective, d'observation ; d’ailleurs, d’une facon générale, on doit supposer que toute la classe ne marchera pas du même pas, que certains élèves sont plus avancés ou mieux doués que les autres. Le maitre, s’il le juge nécessaire, aura donc intérêt à diviser les enfants en deux ou plusieurs groupes, auxquels il proposera des exercices de difficultés graduées, ou dont il exigera des résultats un peu différents. C’est encore un moyen d'exciter l’'émulation, en faisant passer dans le groupe supérieur ceux qui travaillent et qui progressent.

Le maître n'aura pas à introduire dans la classe tous les modèles ni tous les détails des exercices proposes. Il appartient à son initiative d'y faire un choix raisonnée, approprié à son goût el aux moyens de ses élèves. On a voulu simplement indiquer la variéte considérable des exercices que l’on peut entreprendre pour tenir en haleine la curiosite des esprits et affiner le sens de l'observation.

CLASSE ENFANTINE (5 à 7 ans.)

Programme.

Première section. — Crayonnages libres. Silhouettes et alignements au moyen de cubes, briques; bâtonnets, lattes, jetons, cailloux, boutons, etc. Essais de copies de ces combinaisons.

Deuxième section. — (Crayonnages libres, une fois par

Semaine sur cahier, pour permettre de constater les progrès.

Décalque de feuilles, silhouettes, bordures, rosaces par groupe: ments et alignements d’objets, comme précédemment. Copie en noir, ou de préférence en couleur, de ces combinaisons. Petits dessins symétriques. Découpage de papiers de couleurs et tressages. Copie d’objets usuels très simples, de jouets enfantins. Croquis de tous genres. Modelage.

Instructions.

La seule instruction à donner aux maîtres et maîtresses des classes enfantines, c’est de favoriser par tous les moyens l'instinct qui pousse tous les enfants à dessiner dès l’âge le plus tendre. Laissez-les couvrir de leurs crayonnages fantaisistes leurs ardoises ou leurs cahiers : ils aiment à se raconter de petites histoires ou à se rappeler les spectacles familiers qui les intéressent. Poussez-les à dessiner les anecdotes et les historiettes, les fables et les leçons de choses dites en classe. Pas de conseil à leur donner, pas de critique à leur faire, si ce n’est de familières remarques sur les très gros défauts d'observation. Encore ne faut-il pas en abuser. Liberté absolue pour l'emploi des crayons de couleur.

Ce n’est qu’à la fin de la deuxième année que l’on proposera aux enfants la représentation d’objets usuels très simples; mais que les enfants aient l’objet lui-même sous les yeux; l'objet ne doit jamais être dessiné d’avance au tableau comme un modèle à copier. Le maitre n’aura recours à ce moyen qu'à titre d'indication sommaire, sous forme de croquis, et pour appuyer une démonstration.

Par des exercices appropriés on habituera l’enfant à regarder l'objet attentivement pour en discerner les formes réelles et les formes apparentes (une table a quatre pieds, et sous un certain angle elle paraît n’en avoir que trois). Il y a donc des exercices de visualité, ou plutôt des remarques suscitées par le maître, qui doivent précéder les exercices graphiques, car

DE L'ENSEIGNEMENT DU DESSIN. 2l

l'œil n’est qu'un‘instrument dont il faut diriger l’apprentissage, et la lecon de dessin aux tout jeunes comprendra deux parties : l'observation d’abord, l'exécution ensuite.

Le modelage sera abordé aussi par les enfants de la deuxième section. On leur donnera à chacun un morceau de matière plastique, qu'ils pétriront et modèleront d’abord à leur fantaisie. On leur montrera ensuite à modeler des formes très élémentaires, d’après des objets simples ou des éléments naturels.

La pratique du modelage, du moins dans les limites où elle doit se renfermer à l’école primaire, ne présente aucune difficulté sérieuse. Le matériel se compose d’une petite planchette : et d’ébauchoirs, que l'élève peut confectionner lui-même ; le matériel de la classe consisle en une simple caisse contenant la matière plastique utilisée, argile, cire ou plastiline; suivant Jes ressources locales et ses convenances personnelles, le maitre adoptera l’une ou l’autre de ces matières. La glaise est le moyen le plus pratique, malgré les inconvénients qu'il semble présenter de prime abord. Une caisse en bois, rendue étanche par des plaques de zinc dont on la revêt intérieurement, permet de conserver l'argile à l’état malléable ; quelques lignes humides suffisent. Dans la classe, avec quelque habitude et de la discipline, on obvie facilement aux inconvénients inhérents au maniement de la terre. Dans les débuts, pour familiariser les élèves à cette pratique, le maître exerce d’abord des groupes peu nombreux, et ce n’est que successivement que la classe entière prend part aux exercices. On peut en faire une | récompense.

Dans les classes enfantines, élémentaires, et dans le cours moyen, les exercices de modelage sont exécutés en une séance ; on ne demande aux élèves que des ébauches qui correspondent aux croquis traités en dessin. Il n’y a donc pas lieu de se préoccuper de la conservation des travaux; ceux-ci sont détruits à la fin de chaque séance et la terre remise au baquet. Plus tard, s’il y à intérêt à faire pousser une étude de modelage et que ce travail nécessite plusieurs séances, les:

élèves intéressés recouvrent leur œuvre de chiffons mouillés pour l’entretenir à l’état malléable.

N'oublions pas que ces exercices de dessin et de modelage, comme tous les exercices de classes enfantines, ne doivent être que des amusements et des distractions, sans fatigue et sans contrainte. Pour les découpages de papiers de couleur, on aura soin de choisir des teintes harmonieuses et franches. Au besoin, le maître posera lui-même le ton sur du papier blane, avec le crayon de couleur ou un lavis.

COURS ÉLÉMENTAIRE (7 à 9 ans.)

4° Dessins au crayon noir ou aux crayons de couleur, d’objets très simples. Les objets sont placés sous les yeux des élèves.

2 Dessins de mémoire d’après les objets précédemment dessinés.

5° Dessins libres d’après les lecons de choses, devoirs illustrés : de français, d'histoire ou de géographie.

4° Dessins libres faits hors la classe.

»° Modelage.

Instructions.

1. Objets très simples, tels que bouteille, verre, broc, échelle, une roue, un cerceau, une cocarde tricolore, le cadran d’une horloge, des jouets, un petit drapeau, un ballon, un petit seau, etc. Le maitre donne en quelques instants une courte explication de l’objet à dessiner et laisse travailler les élèves. Leurs dessins ne seront sans doute pas, au début, l’image exacte de l’objet proposé comme modèle; l'enfant n’observe pas encore avec précision. Il ne faut donc pas lui demander une copie exacte au sens géométrique du mot, mais seulement, un dessin lisible, qui représente le type général de

res RÉ ne om ME SET

Page 1