‹ Conseils aux nouveaux éducateurs de vers à soie: résumé des méthodes et desChapitre 14 sur 35 · DE LA GRAINE DE VERS A SOIE · texte numérisé non relu

DE LA GRAINE DE VERS A SOIE

On appelle graine les œufs des vers à soie; ou sait que le ver à soie, comme toutes les chenilles, se transforme en chrysalide, que de cette chrysalide sort un papillon qui donne des œufs, et que ces œufs produisent, au printemps de l'année suivante, de nouveaux vers.

(1) Cette opération du dccrcusagc se fait très -facilement et u'a aucun inconvénient pour les soieries de couleur*

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De la manière de se procurer de la graine.

La meilleure manière d'avoir de la graine de la race que Ton a choisie et que l'on désire élever serait de se procurer des cocons frais de cette race, et de faire pondre les papillons qui en sortiraient; de cette manière, on serait parfaitement sûr du résultat (1). Mais on ne peut pas toujours se procurer ainsi des cocons , et souvent on est obligé d'acheter de la graine toute faite.

Quand on achète de la graine, il ne faut s'adresser qu'à des personnes tout à fait de confiance (2).

On fera sagement de ne pas attendre le moment

y\) INous ue saurions trop engager à acheter ainsi plutôt des cocons que de la graine. Voici dix ans que nous sommes chargé de recevoir les corons frais pour le concours ouvert, chaque année, par la Société séricicole ; il nous arrive, chaque année, un grand nombre d'échautillous des points les plus éloignés, des Bouches-du -Rhône, du Gard, des Pyrénées, etc., et presque toujours ces échantillons arrivent dans le meilleur état de conservation : nous en obtenons d'admirables papillons qui ne se ressentent nullement du voyage, et pondent parfaitement bien.

(2) On peut bien juger, à la vue, si des œufs ont une bonne couleur et no sont pas déprimés; mais comment savoir si la graine est de telle ou telle race, si elle a été faite avec tous les soins nécessaires ? En général, les fabricants de graine mettent à cette opération si importante la négligence la plus grossière , sinon la plus coupable.

de l'éducation pour faire venir la graine, mais de la demander aussitôt après la ponte, ou pendant l'hiver, afin que les œufs n'éprouvent, dans le transport, que le moins d'émotion possible (1), Un conseil que nous donnerons encore, ce sera de ne pas faire une grande éducation avec de la

Dans beaucoup de localités, au lieu de choisir les plus beaux cocons, on ne prend que les satinés , les faibles ou les doubles , et Fon va même jusqu'à faire de la graine avec les papillons éclos sur des lots de cocons mal étouffés ; aussi la funeste influence exercée par ces mauvaises graines sur le sort des éducations et , par suite , sur la dégénérescence des races fait-elle ,. chaque année, des progrès effrayants. Ce qu'il faut avant tout, si Ton veut assurer en France l'avenir de la sériciculture, nous ne cesserons de le répéter, c'est de faire des éducations spéciales de graine , et de créer, pour l'amélioration et la régénération des races de vers à soie, des établissements nationaux, des haras, comme il en existe pour la race chevaline.

L'amélioration des chevaux coûte au pays , tous les ans , 1 million et demi ; c'est assurément de l'argent bien placé dans l'intérêt de l'agriculture , de la fortune nationale et de la défense de la France. Mais il ne faut pas oublier que les vers à soie sont aussi une des branches les plus importantes de notre richesse agricole et manufacturière , qu'ils font vivre plus de vingt de nos départements, et qu'ils nous donnent , chaque année , plus de 100 millions. Il suffirait de quelques mille fraucs consacrés à des établissements spéciaux de graine pour produire un bien immense.

Espérons que l'administration se rendra enfin aux vœux qui lui ont été déjà présentés tant de fois, à ce sujet, par le congrès central, par ie conseil supérieur, et par tous les hommes qui sont le plus à même d'apprécier l'importance de cette mesure.

(1) Quelque précaution que l'on prenne pour faire voyager de s oeufs, jamais ils ne vaudront ceux qui ne sont pas sortis de la cave ou de l'endroit frais dans lequel on les a transportés immédiatement après la ponte.

graine que Ton est obligé d'acheter au loin. Il est bien préférable de ne faire venir que peu de graine que l'on éprouvera dans une petite éducation , et avec laquelle on fera ensuite toute celle dont on aura besoin (1 ). Ce sera un retard d'une apnée , mais le résultat sera plus sûr, et les nouveaux sériciculteurs y trouveront , en outre , l'avantage de se familiariser avec les phénomènes de l'éducation avant de se lancer dans une entreprise de produit.

La bonne graine de vers à soie se vend généralement 6 , 7 et 8 fr. les 30 grammes, suivant les années; on en a même pour 4 et 5 fr. Mais, s'il y a une chose pour laquelle on ne doive pas regarder au prix, c'est bien celle-là. De la graine provenant d'une bonne race, et parfaitement bien faite, est tellement précieuse, que ce ne serait pas trop cher que de la payer 50 fr. et même 1 00 fr. le gramme, comme on paye de beaux chevaux pour étalons 15 et 20,000 fr. On doit d'autant moins regarder au prix de la graine, qu'avec 1 gramme ou % on peut en faire tant qu'on veut.

(1) Voir, pour la confection de la graine, le choix et la disposition des cocons, le choix des papillons, leur accouplement, la ponte, tout é ce qui a été dit dans les Annales séricicoles par M. Camille Beauvajs, vol. III, page 220, par madame de Nesle , vol. VI, page 228 , par M. d'Arbalesticr, vol. VIII , pages 310 , 316, et tout ce que nous rappellerons nous - ni ô me à la fin de cet ouvrage.

De la conservation de la graine.

Il ne suffît pas de faire de bonne graine dans les meilleures conditions possibles, il faut encore conserver cette graine de manière à la préserver de toute émotion. La nature elle-même a condamné les œufs de vers à soie à l'inertie pendant un .certain temps ; ainsi il faut six, septou huit mois (1 ) pour que des œufs de vers à soie abandonnés à euxmêmes soient aptes à éclore (2). Il ne s'agit donc, pour les éducateurs, que de rendre cette inertie la plus complète possible, et de la prolonger plus ou

(1) ïl serait bien utile de préciser le temps qu'il faut aux vers à soie pour être aptes à éclore ; il serait aussi bien intéressant d'étudier les diverses modifications que peut subir la matière contenue dans l'œuf, depuis la ponte jusqu'au moment où le ver vient à se former ; il faudrait en suivre le mouvement avec le microscope , pour ainsi dire, jour par jour.

(2) Tous les efforts que Ton ferait pour obtenir des vers avant le moment marqué seraient infructueux ; cependant, comme il y a toujours des faits exceptionnels dans la nature , il se rencontre dans presque toutes les graines un certain nombre de vers qui éclosent quinze jours ou trois semaines seulement après la ponte. C'est avec des vers éclos ainsi que l'on a cherché à faire des races qui pourraient se reproduire deux ou trois fois par an ; mais, jusqu'à présent, il n'y a pas eu de résultat bien sérieux à cet égard. Ces prétendues races ont souvent perdu leur prétendue faculté , et les cocons qu'on en a obtenus ont été bien imparfaits. D'ailleurs, ainsi que uous l'avons déjà dit, évidemment dans nos contrées le ver à soie a

moins jusqu'au moment le plus favorable pour l'éducation. Si on ne prenait aucun soin à cet égard, on s'exposerait aux plus graves inconvénients. Ainsi l'éclosion pourrait avoir lieu trop tôt ou trop tard, par rapport à la feuille du mûrier; d'un autre côté, cette éclosion serait très-inégale, elle pourrait durer huit ou dix jours et même davantage, ce qui ferait une multitude de divisions et rendrait l'éducation presque impossible. Mais le plus dangereux, c'est que l'embryon destiné à former le ver serait exposé à toutes les vicissitudes de la température , et que le froid ou la chaleur pourraient , en précipitant ou en arrêtant tour à tour son développement, lui causer de profondes altérations dont la funeste influence se ferait ressentir plus tard.

Pour bien conserver les œufs de vers à soie et rester ainsi toujours parfaitement maître du moment de l'éclosion, il faut, aussitôt après la ponte, mettre la graine dans une cave où la température soit toujours la même, en ayant soin de placer cette

été mis au monde pour vivre au printemps , quand les feuilles de mûrier sont tendres et faciles à ronger ; et toutes les éducations multiples , et par suite tardives , ne pourront jamais être que des tours de force. Il parait qu'il n'en est pas de même dans l'Inde , et que lit il se trouve des races de vers qui ont la faculté de se reproduire cinq , six et sept fois dans la même année ; mais il faut dire aussi que, dans ces pays, la végétation du mûrier est continuelle et se renouvelle constamment.

graine à l'abri des rats, des fourmis et de l'humidité. Généralement on l'enferme dans des boîtes de ferblanc ou autres vases (1 ) percés de petits trous (2), que l'on suspend à la voûte de la cave. Un cellier ou tout autre endroit frais peut remplacer la cave. Enfin une précaution qu'il ne faut pas négliger, c'est, lorsque le temps est un peu fpoid, de sortir la graine pendant quelques instants, afin de bien l'aérer et d'éviter ainsi toute moisissure. Quelques personnes conseillent d'exposer la graine à la gelée; nous savons que les œufs peuvent résister parfaitement aux plus grands froids, mais nous ne voyons pas la nécessité de leur faire subir cette épreuve.

Du moment de mettre la graine à Féclosion.

Le moment de mettre la graine à l'éclosion dépend de la végétation des mûriers, qu'il faut consulter avec soin.

(1) Il est bien démontré que la graine a besoin d'air pour se conserver en bon état, et qu'il serait très-nuisible de la tenir dans des vases hermétiquement fermés.

(2) On trouvera dans le X a vol. des Annales séricicoles, p. 272, la description d'un appareil aussi simple qu'ingénieux pour conserver la graine ; c'est une espèce de bobine autour de laquelle on roule les toiles chargées de graine, de manière qu'il reste un peu d'espace entre chaque épaisseur de toile. Quand la bobine est ainsi garnie

On doit calculer le temps que Ton pensera devoir employer, soit pour l'incubation, soit pour les divers âges des vers, et prendre ses dispositions de manière à ce que les quatrième et cinquième âges, qui sont les âges où les vers à soie consomment le plus, correspondent au moment où la feuille aura pris son plus grand développement.

On comprend combien il est important de ne pas cueillir les mûriers trop tôt , car, si la feuille n'était pas suffisamment développée, on ferait une perte considérable sur la récolte; si, au contraire, l'éducation était trop retardée, on aurait de la feuille qui serait trop dure, trop coriace, et ce qui serait un bien plus grand inconvénient, surtout dans les pays méridionaux, on risquerait d'être surpris par les grandes chaleurs, les touffes, avant la montée (1). Il y a donc un point d'autant plus

de plusieurs épaisseurs de toile, on la remet dans une enveloppe ou petit tonneau qui ferme comme une boîte , qui est percé de petits trous, et qne Ton suspend à la voûte de la cave ; cet appareil est de M. Dargnies, de Loir-et-Cher.

(1) On a toujours remarqué dans le Midi que, lorsque les éducations, soit par suite des gelées du printemps, soit par tout mitre motif, n'étaient pas terminées avant les grandes chaleurs, on était exposé aux plus grands désastres. Nous avons fait à Paris, en 184 G, année où la chaleur a été si forte , une observation analogue. Nous avions deux divisions absolument semblables, pour la qualité des vers , à la pépinière du Luxembourg : la première division est moutée par un temps frais et a parfaitement réussi ; la deuxième, qui était en retard seulement de quatre jours , a été surprise par une touffe et a été détruite en quelques heures.

difficile à saisir, que souvent les calculs les mieux combinés peuvent être déjoués par les vicissitudes de la saison; aussi est-il à peu près impossible de poser des règles à cet égard : on ne peut être guidé que par la réflexion, l'expérience et une suite d'observations qui doivent varier suivant les climats et Suivant les années. Seulement, en cas d'erreur ou de faux calculs , pour atténuer le mal il reste toujours une ressource, c'est de hâter ou de retarder l'éducation, ce que l'on peut faire au moyen d'une température plus ou moins élevée et de repas donnés plus ou moins fréquemment aux vers.

Préparation de la (/raine au moment de mettre à éclore; graine détachée.

Quand on veut mettre à éclore, il ne faut pas sortir la graine brusquement de la cave ou de l'endroit où on la conserve, il faut l'amener graduellement à la température extérieure et ensuite à celle de la chambre d'éclosion.

En général, la graine est faite sur toile de lin ou de coton (I ). On peut mettre à éclore sur les mor-

(1) L'expérience démontre que plus le tissu sur lequel les femelles de papillons pondent est uni, moins elles se fatiguent dans cette opération; le duvet, dont la serge de la laine est ordinairement cou-

ceaux de toile qui sont chargés d'oeufs, ou en détacher la graine. Les partisans de l'éclosion sur toile disent que ce mode d'éclosion est plus conforme à la nature ; que les œufs restant attachés sur la toile, les vers, au moment de leur sortie de l'œuf, se trouvent avoir un point d'appui qui leur est nécessaire.

Les partisans de la graine détachée répondent qu'en mettant cette graine dans une boîte, de manière à former une légère couche, et en recouvrant cette couche d'un morceau de papier percé ou d'un canevas très-cl5ir, les œufs sont parfaitement maintenus les uns contre les autres , et que les vers trouvent l'appui dont ils ont besoin.

Nous avouerons que nous sommes tout à fait de ce dernier avis, les œufs détachés éclosent tout aussi bien que les œufs sur toile (1), et il y a, en outre, avantage et même nécessité de détacher la graine. Pour détacher la graine, il faut la mouiller;

verte, consomme une trop grande quantité de la liqueur avec laquelle les femelles soudent leurs graines, et la toile est bien préférable.

(1) M. Louis Leclerc, dans son intéressant manuel intitulé, Écoliers et vers à soie , ouvrage du plus grand charme et du plus grand intérêt , rend compte d'une expérience très-curieuse" au sujet de la graine détachée. Il avait jeté quelques œufs dans un verre d'eau , ces œufs surnageaient ; eh bien , dans cette position , les vers n'en sont pas moins sortis de leurs coques avec la plus grande facilité, cette coque seule leur suffisant pour point d'appui. Une pareille expérience nous parait décisive.

cette opération attendrit la coque et donne aux vers plus de facilité pour percer cette coque. Ensuite, dans l'éclosion sur toile, la graine se trouvant agglomérée sur certains points et clair-semée sur d'autres, les feuilles que l'on mettra lors de la levée des vers ne pourront se charger également, il y aura des feuilles trop chargées, d'autres qui ne le seront pas assez ; tandis qu'avec de la graine détachée et formant, dans une boîte, une petite couche bien égale, bien uniforme, toutes les feuilles sont chargées de vers de la même manière, ce qui est indispensable pour disposer convenable ment les jeunes vers après la levée et pour leur distribuer leurs repas également, ainsi que nous le dirons tout à l'heure. Mais il y a plus; comment, avec de la graine sur toile, se rendre compte de ce que l'on met à éclore? comment, surtout pour le commerce j acheter et vendre cette graine? On aura beau peser la toile d'avance, faire la part des déjections et des œufs inféconds, on n'arrivera jamais à rien d'exact; tandis que, en détachant la graine, tout ce qui est bon va généralement au fond du vase rempli d'eau dans: lequel on trempe les toiles, et tout ce qui est mauvais surnage. S'il échappe quelques œufs infécpnds ou déprimés, rien de plus facile , quand la graine est sortie de l'eau et séchée, que d'enlever ces œufs; de cette manière, on n'a que des œufs parfaitement sains et

dont on peut Apprécier le poids avec la plus grande précision.

Pour détacher la graine (i), il faut la laisser tremper dans un vase rempli d'eau pendant une demi-heure. Quelques personnes préfèrent le vin mélangé d'eau; mais nous n'avons jamais pu nous rendre compte de cette préférence et des avantages que l'on peut y trouver. Ensuite, au moyen d'un couteau en bois ou en os, on racle légèrement les morceaux de toile dans l'eau même où on les a mis trfemper, afin d'empêcher les œufs de sauter çà et là ; la graine se détache aussitôt avec la plus grande facilité. L'eau employée pour cette opération ne doit pas être trop fraîche ; elle doit être au même degré que la température extérieure. Une fois la graine détachée et tombée au fond du vase , on verse l'eau avec précaution, les graines infécondes qui sont restées à la surface s'échappent ; on étend ensuite les bonnes graines sur un linge, -et on les laisse sécher à l'ombre et non pas au soleil, en ayant soin de les remuer légèrement plusieurs fois, pour éviter toute agglomération.

( ï ) On ne doit détacher la graine qu'au moment de mettre à éclore ; cependant, si la graine est destinée à être vendue et si on est obligé do l'envoyer au loin , il faut bien la détacher d'avance. Dans ce cas, on doit choisir un des moments de l'hiver, où le thermomètre soit à zéro ou à 1 ou 2 degrés au-dessus. On ne doit laisser les œufs dans l'eau que le moins possible, et, quand ils sont détachés, il faut les faire bien sécher à l'air libre.

De la quantité de graine qu'il faut mettre à éclore.

Ainsi qu'il a été dit précédemment, toute la graine que Ton met à éclore ne vient pas à bien ou ne vient pas en temps utile ; il faut sacrifier un assez grand nombre de vers dans les premiers âges, à une époque où ils n'ont pas encore une grande valeur; enfin, tout compte fait, il est rare que, dans les meilleures éducations, on élève plus de la moitié de la graine que l'on a mise à éclore. Nous avons vu qu'avec \ ,000 kilog. de feuille et 50 mètres carrés de claies on pouvait obtenir 50,000 cocons; il faudra donc mettre à l'éclosion 80,000 ou 100,000 graines (60 ou 80 grammes) par 4,000 kilog, de feuille que l'on voudra consommer, et 50 mètres carrés de claies dont on pourra disposer.

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