CHAPITRE VIII
QUELQUES MOTS SUR L'ORGANISATION EXTÉRIEURE ET INTÉRIEURE DU VER A SOIE.
Le ver à soie, comme toutes les familles 4e cher nilles» est destiné à se métamorphoser en papillon ; il est doué, es outre, de la faculté de chaîner quatre fois de peau, afin de pouvoir se développer plus rapidement, et, ce qu'il y a de plus préç^ey* pour l'homme le fil dont il ibrmç son Goçofl > W moment de se changer m 4?hrysa1i$e , nm» tome les plus admirables tissus.
Rien n'est plus intéressant <pie d'examiner a la loupe ou au microscope la tête de l'insecte, ses
mandibules, sa filière, ses pattes, sa peau et tous les organes intérieurs* Le renflement très-prononcé que Ton voit couvert de plis et de rides à la partie antérieure du ver n'est pas précisément la tête ; on n'y trouve qu'un liquide graisseux. La tête ne se compose que de la partie cornée que l'on distingue à l'œil nu, et que l'on appelle museau ; cette partie cornée se compose des mandibules ou mâchoires de l'animal, et de la filière pour la soie.
Les mandibules sont dentelées; elles ne sont pas placées l'une sur l'autre , mais à côté l'une de l'autre; elles sont dures et très-fortes, et toutes deux mobiles , de manière à saisir la feuille avec la plus grande facilité.
II y a de chaque côté de la tête de l'animal un certain nombre de petits points noirs, dont les naturalistes font des espèces d'yeux, des yeux lisses ; quant à nous, nous n'avons jamais pu découvrir la moindre sensation visuelle dans le ver à soie. La filière, formée par la lèvre inférieure, est un appareil membraneux garni de muscles, de manière à pouvoir presser au passage et unir fortement, au moyen d'une gomme , les deux fils de soie qui viennent des deux lobes ou réservoirs soyeux placés dans le corps de l'animal. Ces deux fils, après avoir été pressés et collés ainsi, deviennent tellement adhérents , qu'on ne peut les séparer qu'au moyen d'agents chimiques très-puissants.
Les pattes sont articulées , membraneuses , et pourvues de crochets qui servent à axer l'insecte et à l'empêcher de tomber. Il y a six pattes articulées en avant 9 destinées principalement à faire marcher l'insecte, et huit autres pattes, seulement membraneuses, à la partie antérieure, que l'on appelle fausses pattes. Les fausses pattes peuvent se raccourcir et s'allonger , se rétrécir et s'épanouir à leur extrémité.
Le corps se divise en douze anneaux qui se rapprochent ou s'élpignent au moyen de muscles, et qui servent, comme les pattes, à la locomotion de l'insecte ; à l'arrière de la larve on distingue une petite excroissance en forme de pointe, dont on n'a pas encore découvert l'usage.
Certaines parties de la tête de l'insecte et de son corps sont couvertes de poils ou villosités , mais il faut une très-bonne loupe pour les apercevoir; à l'œil nu, la peau paraît entièrement lisse et unie. Dans les changements de peau, l'insecte change en même temps de mandibules de mâchoires et de pattes ; c'est un renouvellement complet. Il est a désirer que l'on étudie plus à fond qu'on ne l'a fait jusqu'à présent la manière dont cette métamorphose merveilleuse a lieu, et quelles seraient les conditions de chaleur et d'hygrométrie les plus favorables.
À l'intérieur du ver on est parvenu à compter jusqu'à près de cinq mille muscles destinés à la
locomotion; tous ces muscles viennent prendre leur point d'appui «ur les organes principaux et sur l'enveloppe extérieure. Le tube intestinal s'étend dans toute la longueur du corps , il suit une ligne droite; niais il offre plusieurs divisions au dedans, et il est couvert , à l'extérieur, de ^plusieurs petits canaux qui servent à la digestion. De chaque côté du tube intestinal se trouvent les deux longs réservoirs qui contiennent le liquide soyeux; ces réservoirs se prolongent jusqu'à la tête, et c'est par ces prolongements que le liquide arrive à la filière , formant ainsi d'abord deux fils qui s'unissent en sortant, comme nous venons de le dire, pour ne plus former qu'un seul brin. Quelques personnes avaient pensé que le fil de soie était tout formé dans l'intérieur du ver; il est bien démontré, aujourd'hui, que les réservoirs oecourtîefmeqt autre chose qu'un liquide qui se durcit au moment où il arrive à l'air extérieur»
Une réflexion qui confond l'imagination est celleei. Quand le ver à soie est à son plus grand développeront, il a en moyenne 8 à 9 centimètres de long et 1 5 millimètres de diamètre ; à sa naissance il n'a pas plus de 3 millimètres de longueur. Eh bien, ce petit être que l'on peut à peine distinguer a tous les organes dont nous venons de parler , la filière , les réservoirs , et notamment les i ou 5,000 muscles. On l'a dit souvent, le mondç
at
infiniment petit n'est pas mmm un atome pour la pensée de l'homme que te monde infiniment grand.
An point de vue pratique, ce qui doit le {dut nous intéresser dans l'anatomie du ver à soie, c'est la maaière dont il respire et dont il «'assimile l'air.
Dans les animaux Supérieurs , c'est le sang qui va chercher l'air dans les poumons, et vient prendre dans cet air l'oxygène dont il a besoin pour se régénérer. Dans les ioseetes, et particulièrement dans le ver à aeie, c'est l'air qui vient chercher le liquide qui est l'analogue du sang en pénétrant dans toutes les parties du corps de l'insecte et en se mettant en contact avec les molécules qui s'y trouvent. Le ver à soie, de chaque côté du corps, a neuf ou* vertures ou stigmates par lesquels l'air entré continuellement, et cette action de l'air est tellement indispensable, que, si l'on bouche les stigmates, l'insecte périt bientôt. Des lors, il est facile de comprendre que plus l'air sera pur et salubre, et plus le . ver à soie aura de vie , . de force et (Je santé ; de là la nécessité de ventiler les magnaneries et de les débarrasser de tous les miasmes et les exbalaisons qui peuvent corrompre la salubrité de l'air. De l'air pur et parfaitement respirable, voilà la première condition pour tout ce qui vit et végète sur notre planète.
M. le docteur Auzoux, si célèbre par ses admi-
râbles pièces d'anatomie humaine élastique (1). a bien voulu appliquer son merveilleux talent au ver à soie ; il confectionne des modèles de Tinsecte qui ont mille sept cent fois la grosseur naturelle» et dans lesquels il reproduit tous les organes du ver. Ces modèles comme toutes les pièces anatomiques de M. Auzoux se montent et se démontent avec une grande facilité; ils sont composés d'une matière très-solide, et offrent des moyens d'étude très-intéressants aux sériciculteurs.
Nous devons mentionner aussi un résumé anatomique très-intéressant du ver à soie , avec de très- jolis dessins à l'appui, que Ton trouvera dans l'ouvrage de M-. Louis Leclerc, Écoliers et vers à soie.