DES DIVERSES MALADIES DES VERS A SOIE
Les vers à soie sont sujets à diverses maladies dont les noms varient suivant les pays. Cependant il existe quelques dénominations de ces maladies que l'usage a consacrées presque généralement.
(1) De Khcu», je brise. — Les pièces d'anatomie de M. Auzoux se brisent, se démontent muscle par muscle, organe par organe.
C'est, par exemple, la vacherie ou grasserie, la jaunisse, la maladie des Puisants ou luzettes , celle des passis ou flétris, celle encore des courts ou roceourcis, et enfin, la plus terrible, la plus funeste de toutes , la nmscardine.
On appelle gras ou vaches, parfois porcs, les vers atteints d'une sorte d'hydropisie ; ils vivent et mangent souvent comme les autres accomplissent toutes leurs mues, puis meurent incapables de donner de la soie, et par conséquent sans faire leurs cocons.
Les vers à soie attaqués de la vacherie ontle corps d'un blanc mat et un peu boursouflé ; les anneaux, dans quelques-uns, sont légèrement déprimés, les articulations sont enflées , et les pattes tellement affaiblies, qu'elles ne peuvent plus supporter l'insecte. Sans doute, à la vue et au toucher, un praticien ne se trompe pas, et discerne , sans hésitation, si un ver a la vacherie ou non; mais il arrive que les personnes inexpérimentées tombent dans l'erreur, relativement à cette maladie. Il est facile d'être fixé, à cet égard, par l'autopsie du ver, qui donne, lorsque la maladie existe, une liqueur assez semblable au lait.
La jaunisse se reconnaît plus facilement. Dès le milieu du deuxième âge, on distingue les vers attaqués Je ce mal; et, depuis cet âge jusqu'au cinquième, les caractères ne varient pas. Les premiers
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symptômes se moattewt autour àw stigmates du Ter; ils gagnent ensuite les articulations, et bientôt tott* te corps de l'insecte devient d'u& jaune vif; il ranpe avec peine, languit et meurt boursouflé. Lorsqu'on ouvre u» ver attaqué de jaunisse, la lkf»eur cpn s'en écoute est coforée-
L& jaunisse frappe le plus onàmairemeat tes vgrs à soie de raee jaune : quekpes personnes 1» r&* gardent comme contagieuse; d'autres en» font remonter ht cause à l'emploi de feuilles dont te maturité est trop avancée. Jusqu'ici cette maladie ne parait pas- avoir été étudiée avec tous les soins qu'elle mérite. *
Les ktmMs eu htzette* se manifestent de* les premiers âges, et surtout dans les premiers âges. Ce sont des vers qui ne peuvent changer de peau?; ils périssent, ou bien- s'allongent sans pouvoir grossir. Ils sont faciles à recGaaakre ; leur peau est luisante, le museau reste constamment petit; ils errent sans cesse* Cette maladie est assez répandue dans les chambrées mal dirigées»
Les pastis ou fleuris sont des vers mous, flasques, livides, ou d'une couleur terreuse, mai» qui ne présentent pas cependant l'apparence repoussante àesrjmmes ou des vache*.
Les courts ou mccov/rcfa ne sont pas des vers malades ; ce sont tout simplement des vers qui, au moment de la mqptée, privés d'un emplacement
commode pour faire leurs cocons, ont épuise leurs forces , et finissent par rester immobiles sur les tablettes, ou bien encore de» vers qui, mal constitués, ne peuvent filer. Ils ne meurent pas toujours ; ils tendent à détenir chrysalides et le deviennent souvent. Un boisement mal fiait, ou qui n'est pas fait anses promptement , peut produire beaucoup de courts, et les éleveurs ne sauraient trop prendre de préea&Eton» à cet égard. Quelques heures de retard «Uni le boisement peuvent être funestes ; les vers, ne trouvant pas assez promptement oè: faire leurs cocons , se consument en efforts , et filent inutilement leur soie, dont ils couvrent tétttes tes parties des claies ou de la magnanerie qu'Us par* courent.
S* er - 9e la mmctirdine.
La rmmwrtMne, que les ItaKens appellent calcina ou mat âêf segno , ne se manifeste pa* aucun symptôme extérieur : c'est bien, certainement la maladie qui cause le plus de ravages parmi les vers (1); c'est aussi celle qui offre les phénomènes les plus extraordinaires et que Fon pourrait
(1) Ou estime a plus de 20 unifions de fraucs les portes causée*», etwque aauéë, * noft sériciculteurs par la murtaeëiue»
dire incroyables, si la science n'était pas là pour les attester.
L'insecte atteint de la muscardine continue à manger et paraît jouir d'une santé parfaite jusqu'à sa mort, qui est presque toujours violente et instantanée. Son cadavre reste d'abord mou et flasque, mais au bout de quelques heures il se contracte et se durcit comme une pierre; l'aspect en devient grisâtre, ensuite violacé; enfin une efflorescence blanchâtre se montre peu à peu et finit bientôt par couvrir toute sa surface. Quand une fois la muscardine se met dans une chambrée , c'est comme une véritable peste, et en quelques heures on perd tous ses vers.
On ne pouvait se rendre compte de cette terrible maladie, et toutes les suppositions qu'on avait faites sur ses causes et son origine étaient toujours restées dénuées de preuves, lorsque, il y a quelques années, les expériences du docteur Bassi de Lodi, confirmées par les savantes observations de notre célèbre et regretté entomologiste M. Victor Audouin, sont venues déterminer le fait le plus étrange que la science ait jamais constaté. C'est que le fléau est dû au développement d'une -plante cryptogamique, fbtrytis, en terme vulgaire champignon, qui, se développant dans l'intérieur du ver, y végète et ne tarde pas à absorber tous les liquides et les tissus graisseux de l'insecte ; véritable
lutte- du règne végétal contre lo règne animal, lutte dans laquelle ce dernier succombe toujours.
Quanta l'efflorescence blanche qui se montre sur le cadavre durci du ver à soie, ce n'est autre chose que les sporules ou fructifications de ta plante. Ces sporules, qui sont, pour ainsi dire, impalpables, s'épanouissent, se disséminent dans l'air, et s'inoculent dans le corps des vers; ce sont elles qui vont porter au Iota le ravage et la contagion.
La muscardioe peut se montrer spontanément en tous lieux et sans qu'os puisse en préciser la cause; cependant il paraît bien prouvé qu'il lui faut, pour se développer et surtout pour entrer en fructification, certaines circonstances de chaleur, d'humidité et de stagnation d'air réunies.
M. Victor Audouin a publié, dans le deuxième numéro des Âamnles de la Société xérkkole, toute la suite de ses observations avec dessins microscopiques à l'appui.
Depuis lors nous avons eu un autre de nos entomologistes les plus distingués, M. Guérin-Méneville., quia repris et continué ces travaux, si utiles pour l'avenir de notre sériciculture.
M. Guérin-Méneville ne s'est pas c tuilier le fléau théoriquement dans le c'est dans le Midi, au milieu des vert rain même des éducations, qu'il a'po de ses opérations, et que, secondé pa
sériciculteurs les plus habiles et les plus dévoués au progrès, M. Eugène Robert de Sainte-Tulle (Basses-Alpes), il a. repris d'abord, une à une, toutes les observations constatées par MM. Bassî et Audouin, et commencé ensuite une nouvelle série d'expériences du plus grand intérêt. On trouvera également, dans les Annales de la Société séricîcole, toute la suite de ces expériences (I). Comme M. Victor Audouin , et peut-être mieux que lui encore, M. Guérin-Méneville possède le précieux avantage de rendre ses observations acces- * sibles à tous par des dessins aussi fidèles qu'élégants.
Des moyens de préserver les vers à soie des maladies, et notamment de la muscardine.
Quand la muscardine ou toute autre maladie
contagieuse se déclare dans un atelier, on ne peut
guère espérer de guérir les vers malades : d'abord
tous les remèdes indiqués jusqu'à ce jour ne sont
rocédés empiriques ou des remèdes de
ime, qui n'ont aucune espèce de chance
; ensuite comment mettre en traitement
(1) Voir Annale» séricicale», vol. XI, pagclS2; vol. XII, p. 59; vol. XIII, p. 138.
des vers à soie et leur faire prendre telle ou telle potion? Il n'y a qu'une chose à faire, c'est de tâcher d'arrêter le mal , en se débarrassant au plus vite des cadavres, afin d'empêcher toute contagion. Cela surtout est indispensable pour la muscardine; car, si on laisse les vers morts se couvrir de sporules, toute la chambrée pourra être infectée en quelques heures. Sous ce rapport, les filets rendent d'immenses services, on ne saurait trop le dire, en permettant de répéter fréquemment les délitements et de laisser sur les litières les vers morts et tous ceux qui sont malades et languissants (1).
Mais, ce qui vaut encore mieux que d'arrêter le développement des maladies, c'est de les prévenir; il n'est pas de meilleur moyen , pour cela, que de mettre soigneusement en pratique les bonnes méthodes d'éducation que nous avons indiquées. Avec de la graine de bonne qualité et bien conservée, avec une ventilation énergique, une grande égalité de température, une grande égalité parmi les vers, de la bonne feuille bien choisie, bien saine, bien sèche, une distribution intelligente des repas, une propreté minutieuse, une surveillance et des soins ,de tous les instants, on sera assuré de n'avoir
(1) Une chose très-importante encore , c'est de remuer les litières moins. possible , comme nous l'avons déjà indiqué, de les rouler avec précaution et de les sortir de l'atelier à l'instant même.
jamais de vers malades; c'est là tout le secret des éducateurs qui réussissent toujours ou du moins presque toujours (1).
Pour la muscardine cependant, les bonnes méthodes d'éducation et les délitemens fréquents ne sont peut-êUre pas suffisants, il faudrait encore trouver le moyen de détruire les sporules qui peuvent être portées par le vent, ou de toute autre manière, dans les ateliers les mieux soignés et y
(1) Nous croyons devoir citer à ce sujet uu passage d'une lettre d'un de nos plus habiles éducateurs, M. Auguste Dorel, du Péage 1 de-Roussîllon (Isère) :
« Que de fois , dit M. Dorel , j'ai béni le jour où je suis entré aux Bergeries de Senart, auprès de M. Beauyais ! Combien ses leçons m'ont aidé à supporter les malheurs que j'ai éprouvés à la mort de mon père, qui m'a laissé , à vingt ans, à la tête du patrimoine commun et d'une famille de quatre enfants en bas âge f C'est arec ma récolte de cocons*, qui a été constamment triple de ce qu'elle était avant mon séjour aux Bergeries, que j'ai pu donner à mes frères et N soeurs une éducation convenable ; et la supériorité des nouvelles méthodes est telle, que, depuis dix ans que je fais des éducations d'après leurs principes , j'ai toujours réussi. J'en appelle au témoignage de tout mon pays , j'ai eu , chaque année , une foule de visiteurs ; j'en appelle aussi aux livres de M. Menet , d'Annonay, un des premiers filateurs de France, qui a acheté constamment mes cocons a des prix supérieurs aux cours, et cependant nous sommes dans une des expo* sitions les plus défavorables, privés des effets bienfaisants des vents du nord et d'est, tandis que nous recevons les vents chauds et charges d'humidité du sud et de l'ouest. La chaleur se concentre au Péage, et tous les jours calmes et chauds y sont des jours de touffe de dix heures à quatre heures du soir ; il faut toute la puissance de l'atelier, des filets , de l'alimentation fréquente , des bonnes méthodes pour triompher. » (Annalêê séricicoles , tome XII, page 28.)
donner naissance au funeste cryptogame. Ces sporules pénètrent partout, elles s'attachent aux murailles des magnaneries, aux claies, aux filets, à toutes les parties du mobilier , on les retrouve même sur les œufs de vers à soie ; on a essayé, pour les détruire , de plusieurs moyens qui n'ont pas toujours réussi. Cependant les lavages avec des dissolutions de potasse, d'alun ou de sulfate de cuif re dans une partie d'eau ou d'alcool ont donné quelquefois de bons résultats, et, jusqu'à ce que l'on ait trouvé un remède plus efficace, on fera bien de ne pas les négliger.
Ces préparations ont été recommandées par MM. Cauyy, Balard, Descoubet, Félix Duval, membres de la Société d'agriculture de l'Hérault. M. Bérard, professeur à l'Académie de Montpellier, M. Charles Hùc 9 propriétaire, demeurant aussi dans cette ville, et M. Johanys, du département de la Drôme, ont réuni également, à ce sujet, des observations intéressantes (1).
M. Gaudibert-Barré , de Çarpentras, département de Vaucluse, conseille l'emploi de la chaux en poudre, qu'il répand sur les vers avant de leur donner leur repas. M. Gaudibert a emprunté cette méthode à M. Blancart, de Valence, qui l'avait employée avec succès pendant un grand nombre
(1) Voir encore le II* vol. des Annales sèriekoles, pige 299. *
d'années; elle ne lui a pas moins bien réussi , et ses ateliers, qui étaient toujours ravagés par la muscardine, ont été entièrement préservés de ce fléau. L'emploi de la chaux a été tenté également sur d'autres points , à l'imitation de M. Gaudibert, par plusieurs éducateurs qui ont paru bien s'en trouver; et, de plus, il a été constaté que le chaulage n'exerçait aucune altération ni sur la santé des vers ni sur la qualité de la soie. Quant . aux fumigations, on en a fait avec de la vapeur de soufre, de l'essence de térébenthine , de l'acide sulfurique, et plusieurs autres substances. Depuis quatre années , MM. Guérin-Méneville et Eugène Robert font sur tous ces points les expériences les
plus curieuses, et qui, avec le temps, pourront devenir de la plus grande utilité (1 ).
Un nouveau fait, constaté par M. Guérin-Méneville, en 1850, est venu jeter un nouveau jour sur les causes d'infection des magnaneries. Il paraîtrait, si de nouvelles expériences confirment cet aperçu, que la muscardine serait la terminaison natu-
(1) La muscardine cause tant de ravages à nos magnaneries , et les travaux qui ont pour but de la combattre ont un si grand intérêt pour notre sériciculture, que le congrès scientifique de Marseille en 1847, le congrès central d'agriculture en 1847 et 1850, le conseil supérieur d'agriculture et de commerce également en 1850 , la Société centrale d'agriculture et la plupart des sociétés d'agriculture du Midi , depuis plusieurs années , ont été unanimes pour appuyer les expériences de MM. Guérin-Méneville et Eugène Robert.
relie des papillons, que tout papillon qui a terminé sa ponte offre des ramuscules de botry tis dans son intérieur, et que , si ce papillon se trouve placé dans certaines conditions de chaleur et d'humidité, le cryptogame se développe, paraît au dehors et fructifie absolument comme sur le corps du ver à soie.
D'après cela, il suffirait de quelques papillons ' pour infecter tout un atelier, et il faudrait se débarrasser de ces papillons avec autant de soin que l'on doit se débarrasser des vers morts de la muscardine ; il faudrait bien se garder de les laisser séjourner dans la magnanerie, et, au lieu de les jeter sur la voie publique , il faudrait les brûler ou les enterrer.