CHAPITRE X
DE LA MONTÉE DBS VEHS.
Les quatre premiers âges des vers se terminent, comme nous l'avons dit , par une mue ou ihai*gement de peau ; cette opération sert à favoriser le rapide développement de l'insecte. A la fin du cinquième âge , le ver doit se changer en chrysalide, pour devenir ensuite papillon; c'est pour assurer cette métamorphose , et se défendre
contre tous les dangers qui pourraient alors l'atteindre, qu'il a reçu de la nature la faculté de filer le cocon dont il s'enveloppe, et dont l'industrie de l'homme tire un parti si brillant.
C'est dans le cinquième âge que le ver à soie prend tout son développement; il consomme alors au moins quatre fois autant de feuille qu'il en consommait dans tous les autres âges réunis. Le moment où les vers mangent le plus se nomme la fraise. Bientôt ce grand appétit diminue ; le ver perd de son volume; sa couleur change, il devient transparent; enfin il cesse de manger; mais, au lieu de rester immobile, comme à l'entrée des mues, il se met à courir çà et là sur les claies, cherchant un endroit propice pour faire son cocon.
Quand on n'a jamais élevé de vers à soie, on ne peut se faire une idée du sentiment qu'on éprouve lorsqu'on voit tout un atelier, ou au moins toute une division, se mettre ainsi en mouvement, et les vers se répandre dans toute la magnanerie, si les c cabanes ne sont pas placées à l'instant même; du reste, on est toujours averti de ce moment si important par quelques avant-coureurs.
Ainsi que nous l'avons dit au chapitre du mobilier de la magnanerie, le système de boisement des vers le plus propre , le plus aéré, le plus facile à poser , le moins sujet à l'incendie est bien certainement le système Davril. Deux personnes peu-
vent poser en une heure les échelles pour 100 mètres carrés de claies.
Avec les anciens boisements, les bruyères, les colzas et même les tasseaux garnis de bouleaux, il faut beaucoup plus de temps et de main-d'œuvre, et, si l'on n'a pas une quantité suffisante d'ouvriers pour s'élancer, au premier signal, à la confection des cabanes, on risque de se trouver dans un grand embarras.
Aussi, pour diminuer cet embarras, est-il sage, quand on se sert de bruyère ou de tout autre boisement de ce genre , de partager sa chambrée en deux ou trois divisions, à vingt-quatre heures de distance, afin de n'avoir pas tous les vers du même tige et, par conséquent, de qe pas être forcé de les boiser tous à la fois.
Quand on a ainsi plusieurs divisions dans le même atelier, on doit toujours placer les vers les plus avancés dans le haut de la magnanerie; autrement, si on les mettait dans le bas, ils se mêleraient aux vers de dessus qui ne seraient pas encore prêts à monter , et ce serait une confusion inexprimabfe. D'ailleurs, avec les anciennes méthodes de boisement , bouleaux, bruyères , etc. , c'est toujours à partir du plafond qu'il faut commencer à établir les cabanes, de manière à trouver , pour le premier rang , un point d'appui solide que l'effet du bois courbé en cerceaux ne
puisse soulever* On place ensuite les cabanes du deuxième rang, en les appuyant sur celles du premier rang, et ainsi de suite jusqu'au bas de l'atelier.
L'ordre et l'arrangement des cabanes ont une grande importance ; il faut les aligner de manière que l'air puisse circuler dessous le plus possible.
Avant de faire leurs cocons , les vers commencent par se promener dans le boisement pour chercher un endroit favorable (1); puis, après s'être débarrassés de toutes les matières étrangères qui peuvent se trouver dans leur corps, ils se mettent à filer. Mais tous les vers ne montent pas en même temps au bois. Quels que soient les soins que l'on ait pris pour conserver l'égalité parmi eux, il existe toujours des différences, et pour la plus belle montée il faut au moins vingt-quatre heures. Or les vers qui restent les derniers dans les cabanes se trouvent dans une position très-défavo^ rable ; ils sont exposés à recevoir les déjections des vers qui mbntent avant eux , et se trouvent
(1) Au risque d'encourir le reproche d'au peu de partialité, nous ne pouvons nous empêcher de faire observer ici que les branches de bruyère , de bouleau ou autre matière de ce genre se croisant et s'embarrassant les unes les autres, le ver a quelquefois de la peine h trouver une place qui lui convienne, et qu'il perd ainsi beaucoup de temps et de la soie ; tandis que, dans les claies Davril, toutes les parties des claies ou des échelles sont aussi favorables les unes que les autres pour le coconage.
bientôt dans un véritable fumier : il faut alors enlever les litières et nettoyer avec soin les cabanes. Cette opération se faisait autrefois à la main, mais elle était difficile , et presque toujours mal exécutée, au grand détriment des vers.
Aujourd'hui, avec les filets de papier de M. Eugène Robert, rien n'est plus aisé que de tenir les cabanes propres et saines jusqu'au dernier moment de la montée. C'est encore un heureux perfectionnement, car l'humidité et la malpropreté faisaient périr une assez grande quantité de vers, et les derniers étaient presque toujours sacrifiés.
Il y a des auteurs qui conseillent de baisser un peu la température pendant la montée, afin d'éviter la fermentation des déjections des vers sur les litières. Comme cette fermentation n'est plus à craindre avec la ventilation forcée et les filets de papier, nous conseillerons, loin de baisser la température, de l'élever un peu. On sera assuré ainsi de donner aux vers toute l'activité et toute l'énergie dont ils ont besoin à ce moment suprême.
Quelques personnes poursuivent toujours l'espérance de trouver des coconières distinctes des claies, dans lesquelles on pourrait transporter les vers au moment de la montée; c'est là, suivant nous, une grande illusion. Il faut, au contraire, conserver avec le plus grand soin la montée libre des vers; car ces insectes sauront toujours bien
mieux que nous quel est le moment où ils n'ont plus besoin de manger et où il leur convient le mieux de filer. Il n'y a qu'une espèce de vers pour lesquels une coconière distincte pourrait être utile, ce sont les vers qui sont tombés dès claies et qui ont de la peine à monter une deuxième fois au bois. On les met ordinairement, pour filer, dans de la paille, dans des copeaux; il serait bien préférable de disposer pour eux une coconière que l'on établirait d'après le système Davril ou de toute autre manière.