‹ Conseils aux nouveaux éducateurs de vers à soie: résumé des méthodes et desChapitre 28 sur 35 · COCONS · texte numérisé non relu

COCONS

Une fois le choix des cocons de graine fait , il n'y a pas un moment à perdre pour tirer parti de la récolte.

On rencontre encore des personnes, et surtout des inventeurs de tours à filer, très -habiles et très - intelligents du reste, qui voudraient que chaque éducateur pût filer lui-même ses cocons. On pourrait également, et avec tout autant de rai-

son, engager les fermiers à tiler leur laine, à tanner leur cuir, à faire leurs habits et leurs chaussures; c'est comme cela que 1 les choses se passaient dans les premiers âges du monde , du temps des patriarches , et c'est encore ainsi que procèdent l'Arabe sous sa tente , et l'Indien , peau rouge , dans les forêts de l'Amérique.

Mais, à mesure que la civilisation s'est répandue sur la terre, on a compris l'importance de séparer la production de la matière première de la fabrication de cette matière. Tout cultivateur peut élever quelques moutons ; mais, pour mettre en œuvre leur laine, pour préparer le fil avec lequel doivent se faire ces magnifiques draps, l'orgueil de notre fabrique, il faut des intelligences spéciales, des réunions de bras , de'machines et de capitaux; en un mot, il faut toute la puissance de l'industrie telle que les temps modernes l'ont faite.

Il en est de même des cocons; tout le monde peut en produire, mais tout le monde ne peut pas filer convenablement et utilement. Toutes les fois que la filature des cocons n'aura lieu que par petites parties, on n'obtiendra que des soies grossières, défectueuses et très-difficiles à placer, et l'industrie de la soie sera toujours languissante (1 ); toiites les fois , au contraire, qu'il s'établira de

(1) On ne saurait trop le dire, si 1* industrie de la soie a fait si peu

grandes filatures d'ordre , cette industrie prendra d'immenses développements, car les filatures d'ordre, tout en perfectionnant le tirage des cocons et créant d'admirables produits, assurent aux producteurs de larges et puissants débouchés.

Honneur donc aux grands établissements de filature; honneur aux Louis Chambon , d'Alais; Tessier-JOucros , de Valleraugue ; Louis Boudon, de Saint-Jean-du-Gard ; Mourgue et Bousquet, de Saint-Hippolyte (Gard) ; Louis Blanchon, de Saint-Julien-en-Saint-Alban (Ardèche) ; JMieynard, de Valréas ( Vaucluse ) ; Aigoin - Delarbre , de Ganges (Hérault) ; Ernest Faure , de Saillans (Drôme) ; Ferdinand Carrière , „ de Sçint-Andréde-Valborgne (Gard) ; Chartron père et fils, de Saint- Vallier (Drôme) ; Eugène Robert, de Manosque (Basses- Alpes) ; Vincent, de Valleraugue, et Rocheblave, d' Alais (Gard) ; Blanchon, de Chomerac (Ardèche) ; et à tant d'autres qui sont au-

de progrès en Touraine, dans cette belle contrée qui est si bien placée pour la culture du mûrier et l'éducation des vers, il ne faut l'attribuer qu'à la filature isolée. Il y a dix ans, il n'y avait pas un seul établissement dejdlature dans le département d'Indre-et-Loire, et pour filer les cocons on était obligé de recourir à des femmes qui parcouraient le département avec un tour et une bassine sur leur dos, absolument comme les tondeurs vout de ferme en ferme pour tondre les moutons. Il était impossible de trouver de plus mauvaises soies que les soies de Touraine ; aussi MM. Champoiseau et Bouta rd, en fondant des centres de filature à Tours, ont-ils rendu un véritable service à leur pays.

jourd'hui nos premiers filateurs, et qui, continuant l'œuvre de leurs prédécesseurs, contribuent si puissamment au développement de l'une de nos plus belles industries nationales.

Il y a encore quelques localités du Midi o& l*tth s'opiniâtre à filer individuellement les cocons, mais ce n'est là qu'une exceptioh imperceptible, fet on peut dire qu'un très-grand nombre d'éduicateûrs ont compris depuis longtemps tout l'avantage de vendre les produits aux filateurs ; c'est de l'argent comptant sans aucune chance de perte.

Dâhs le mouvement qui vient d'avoir lieu pour introduire l'industrie de la soie dans plusieurs départements du centre et du nord et même du midi, où cette industrie avait toujours été inconnue jusqu'à présent, plusieurs des nouveaux sériciculteurs ont essayé de filer leurs cocons; c'étaient des propriétaires aisés, pouvant faire tous les sacrifices nécessaires, et ayant une grande intelligence : eh bien, presque tous ont été obligés d'y renoncer, ils ont vite reconnu qu'ils ne faisaient pas de bonnes soies, ou bien qu'ils ne pouvaient pas couvrir leurs frais, et qu'il valait beaucoup mieux envoyer leurs cocons à des filatures spéciales, même à de grandes distances (1).

(1) Avec la facilité actuelle des voies de communication , et suttout des chemins de fer, rien n'est plus facile. On reçoit, chaque année, à la filature des Champs-Elysées, 20 et 30,000 kilog. de cotons

Il y a encore une ehose excellente dans les nouveaux pays séricicoles, c'est, lorsqu'il se trouve dans la même localité un certain nombre d'éducateurs, de les réunir pour établir une filature en commun dirigée par l'un d'eux ou par un gérant nommé par tous.

C'est ce qui s'est fait à Paris , à la filature des Champs-Elysées, où M. de Tillancourt a fondé un établissement vraiment remarquable , beaucoup plus encore par la qualité que par la quantité des produits (4 ); c'est ce qui a eu lieu encore à Saumur, I à Châteaudun, et enfin à Dijon, où Fun de nos plus

qui vienuent de 60 ou 80 lieues, et même plus loin. Ce sont seulement quelques frais de transport à payer , et avec du soiu les cocons arrivent dans un parfait état de conservation.

(1) M. de Tillancourt « mis dans la direction de cet établissement un zèle, une intelligence et un dévouement au-dessus de tout éloge. Une filature à Paris , au centre de toutes les communications , était une question de vie ou de mort pour tous les nouveaux éducateurs des départements voisins de la capitale ; car à quoi bon planter des mûriers et élever des vers, si Ton ne trouve pas à tirer parti de sca produits?

Les soies filées aux Champs-Elysées , sous l'habile direction de la gérante madame Cherrier,* peuvent rivaliser avec les plus belles soies des Cévennes pour la finesse, le brillant, le nerf et la régularité. Madame Cherrier fait des soies blanches pour cordes d'instruments de musique , qui demandent un talent hors ligne. Ces soies, filées à 10/12, doivent être d'une blancheur parfaite et d'une régularité mathématique ; aussi on les paye jusqu'à 110 et 120 fr. le kilog. : c'est un produit tout à fait exceptionnel. En 1814 M. de Tillancourt a eu, à l'exposition de l'industrie , une mention honorable ; en 1849 il a obtenu une médaille d'argent , et le jury a décerné également uue médaille de bronze à madame Cherrier.

habiles éducateurs, M. Darras, se livre, avec le plus grand syccès, tant à la filature de ses propres cocons qu'à celle des cocons récoltés dans le département de la Côte-d'Or et plusieurs départements voisins.

En établissant ainsi des filatures en commun, on concentre d'abord de plus grandes masses de cocons ; ensuite la dépense et les sacrifices d'argent nécessaires, qui seraient considérables pour un seul, se divisent bien plus facilement entre plusieurs et deviennent presque insensibles. On peut se procurer de bonnes fileuses et de bons appareils, et on peut composer des masses de soies bien filées, bien uniformes , bien homogènes , et d'une' importance telle qu'on eu trouve facilement le placement (1). Nous ne saurions donc trop engager les éducateurs des départements nouvellement nés à l'industrie séricicole à entrer dans cette voie, où ils sont assurés, d'ailleurs, de trouver l'appui du gouvernement et le concours des autorités locales. Plus tard, quand l'impulsion aura été donnée et lorsque les produits en cocons seront devenus plus importants, l'intérêt particulier se chargera de former des filatures, et les choses se passeront alors comme dans le Midi.

(1) Les marchands ne se soucient pas de petites parties de soie ; il faut, dans le commerce, que les balles pèsent au moias de 40 à 30 kilo?.

Quant à l'organisation des filatures en commun , elle doit être la même que celle des autres filatures : ce sont les mêmes principes d'ordre, d'économie, de surveillance; seulement il ne faut pas se flatter, dans les premiers temps, d'obtenir de grands bénéfices. Tout commencement d'industrie , toute nouvelle expérience entraînent des erreurs et des mécomptes ; bien heureux si d'abord on couvre les frais : aussi de pareilles entreprises ne peuvent-elles réussir qu'autant que les vues les plus libérales président à leur fondation et que les hommes qui sont à leur tête sont guidés , avant tout, par le désir d'être utiles à leur pays. Cependant, si l'on prend les moyens d'exécution convenables, il est impossible de ne pas être bientôt dédommagé de ses avances , et , dans tous les cas o| est assuré d'avoir le placement de ses cocons aux conditions les plus avantageuses.

§ 1 er .

De la vente des cocons.

Du moment qu'il est bien démontré que rien n'est plus fâcheux que la filature isolée, et que les producteurs de cocons ont bien plus d'avantage, en général, à vendre leurs produits qu'à les filer eux-mêmes, il s'agit de savoir quel est le moment

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