‹ Conseils aux nouveaux éducateurs de vers à soie: résumé des méthodes et desChapitre 4 sur 35 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

DES IflURIERS.

Une fois que , bien convaincu de la possibilité de naturaliser avec avantage l'industrie de la soie dans une contrée nouvelle, on a résolu de former un établissement séricicole, la première chose dont il faut s'occuper, c'est la plantation des mûriers.

La magnanerie ne doit venir que longtemps après et lorsque les arbres sont au moment d'entrer en rapport. Cela est de la dernière évidence , et cependant nous croyons devoir le rappeler, parce que, dans l'ardeur séricicole qui a entraîné un grand nombre de propriétaires du Centre et du Nord, nous avons vu quelques-uns d'entre eux bâtir de vastes magnaneries avant d'avoir un seul kilogramme de feuille à leur disposition, et perdre ainsi plusieurs années d'intérêt d'argent, ce qui est déplorable au point de vue économique.

Il y a deux espèces de mûriers bien distinctes, le mûrier noir que tout le monde connaît, qui se trouve dans presque toutes les basses-cours, qui

donne des fruits bons à manger, et le mûrier blanc qui ne produit que de petites baies insipides (1), mais beaucoup de feuille, et que l'on ne cultive que pour les vers à soie.

On pourrait élever ; à la rigueur , des vers avec de la feuille de mûrier noir; mais , cette feuille étant extrêmement rude et épaisse, la qualité de la soie s'en ressentirait (2).

La feuille de mûrier blanc , au contraire , est mince , délicate , convient parfaitement aux vers , et produit de très-belle soie; nous ne nous occuperons ici que de cette espèce.

Les mûriers blancs se divisent, à leur tour, en mûriers sauvages , en mûriers greffés et en mûriers de bouture.

On appelle mûrier sauvage le mûrier tel qu'il est donné par le semis; le bois, généralement, en est épineux, la feuille petite, lobée, difficile à

(1) Ce nom de mûrier blanc vient probablement de ce que les petites baies sont presque toujours blanches ou légèrement violettes ou rosées , tandis que le mûrier dont on mange le fruit a des mûres extrêmement noires ; d'où est venu aussi probablement le nom de mûrier noir.

(2) Dans une lettre de M. Sabin-Berthelot , consul de France aux îles Canaries , adressée à M. le chevalier Bonafous, de Turin, on trouve que l'espèce de mûrier dont les feuilles servent à nourrir les vers à soie aux Canaries a été, jusqu'à présent, le mûrier noir (roorus nigra). La soie qui en provient est très-forte ; elle sert à la fabrication de certaines étoffes assez estimées et d'une grande consistance. (Voir Annales 8éricicole$ y 1849, vol. XIII, page 293.)

cueillir, de peu de consistance et se flétrissant promptement.

Pendant longtemps on n'a cultivé, en France comme dans tous les pays séricicoles, pour l'éducation des vers à soie, que des mûriers blancs sau-

vages; on en formait des arbres haute tige qu'on plantait sur le bord des routes ou des héritages ; on ne les taillait pas la plupart du temps, et on les laissait croître en toute liberté comme des chênes ou des ormes : aussi la cueille de la feuille était-elle très-longue et très-dangereuse. Les ouvriers avaient beaucoup de peine pour parvenir au sommet des branches , et ils étaient exposés aux plus graves accidents. On voit encore sur plusieurs points du Midi et de la Touraine quelques restes de ces vieux arbres que les générations se transmettaient les unes aux autres.

Ce n'est qu'à la fin du siècle dernier qu'on a commencé à avoir des mûriers greffés, et que, par suite, on a été amené à tailler les arbres et à les équilibrer, en les maintenant en gobelet , à une hauteur modérée , de manière à ce que l'air , la chaleur et la lumière pussent bien pénétrer dans toutes les parties.

Les mûriers greffés ne sont autre chose que des mûriers sauvages que le semis a donnés plus nobles, que l'on a cultivés avec soin et persévérance, et que l'on propage par la greffe.

Quand les mûriers greffés sont bien dirigés et bien taillés, leur bois est uni, lisse et droit, leur feuille est large et développée, facile à cueillir, et ce qui est un grand avantage, c'est que cette feuille peut se conserver parfaitement plusieurs jours dans un endroit frais (\). Ceci est très-important lorsque la saison est pluvieuse, et que Ton est forcé de faire d'avance -des approvisionnements, ou bien lorsque l'on est obligé d'aller chercher les feuilles à une distance éloignée.

Sans entrer ici dans toutes les discussions auxquelles on a pu se livrer et on peut se livrer encore sur la qualité de la feuille greffée et de la feuille sauvage, nous nous contenterons de dire que c'est vraiment par trop nier l'évidence des faits et abuser de son imagination que d'attribuer telle ou telle maladie des vers à l'emploi de la feuille greffée. Lorsque les mûriers greffés sont bien choisis et plantés dans de bonnes conditions, leur feuille est parfaite sous tous les rapports, elle convient admirablement aux vers , et l'on récolte , avec cette feuille, des cocons aussi fermes, aussi fins, aussi beaux que l'on peut désirer; nous en appelons au témoignage de l'immense généralité des éducateurs, qui depuis longtemps préfèrent les

(1) Nous avons conservé quelquefois de la feuille greffée cinq ou six jours, §i elle était encore excellente.

mûriers greffés , et n'ont plus de feuille sauvage que pour les deux premiers âges, dans la pensée que cette dernière feuille, étant plus délicate, convient mieux à cette époque :ce qui n'empêche pas que l'on ne puisse parfaitement aussi nourrir les jeunes vers avec des bourgeons de mûriers greffés, ainsi que nous l'avons souvent expérimenté.

Les mûriers de bouture sont des mûriers venus de semis qu'au lieu de propager par la greffe on multiplie par le bouturage. C'est un moyen de propagation extrêmement facile et qui permet d'entrer promptement en jouissance d'une récolte de feuille. Il paraît que le mûrier greffé ne peut pas se reproduire de bouture.

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