CHAPITRE n
DBS MURIERS GREFFÉS.
Il existe un grand nombre d'espèces de mûriers greffes, et on peut en créer tous les jours de nouvelles ; les plus connues et celles qui passent aujourd'hui pour les meilleures sont le mûrier rose de Bagnols, le mûrier fleur de lis, le mûrier feuille de rose, le mûrier blanc d'Italie, le latifolia; peut-être y aurait-il encore un choix à faire parmi ces mûriers , mais pour cela il faudrait de longues années et des expériences répétées. Dans la voie progressive où marche l'industrie de la soie , ces études seront certainement faites un jour ; mais, quant à présent, nous ne pouvons qu'imiter nos devanciers, qui ont été amenés, par la pratique, à reconnaître qu'en général les mûriers greffés que nous venons de citer devaient être préférés pour l'éducation des vers, et qij'avec leur feuille on était certain d'obtenir des soies qui ne le cèdent en rien à aucune autre soie.
Les mûriers greffés se cultivent en hautes tiges et en mi-tiges. Le haute tige a la tête environ
à 2 mètres du sol; le mi-tige, seulement à 1 mètre. On a essayé aussi la culture du mûrier greffé en nains, en taillis et en haies, mais les résultats îv eu ont pas été satisfaisants : les têtes ou les branches des sujets sont trop rapprochées de terre, et, par suite, beaucoup trop exposées aux ravages des gelées du printemps; il n'y a que les mûriers sauvages que Ton puisse diriger ainsi, parce qu'ils craignent beaucoup moins la gelée.
Depuis quelques années on a paru préférer les plantations de mi-tiges ; cette forme de mûriers est moins exposée aux gelées que les nains et les haies : ils coûtent moins cher à planter, et entrent plus vite en rapport que les hautes tiges. Mais les hautes tiges ont bien aussi leurs avantages j ils sont plus des arbres de fonds et d'avenir; leur tête étant plus élevée, ils sont encore moins exposés à la gelée que les mi-tiges ; ils ne craignent pas autant la dent des bestiaux. Enfin il est beaucoup ' plus facile de labourer à la charrue sous leurs branches, et on peut les placer à de grandes distances dans l'intérieur ou sur le bord des champs ou des héritages, ou bien encore le long des chemins et des avenues; tandis qu'il faut consacrer une portion de terrain tout entière aux mi-tiges , qu'on ne peut cultiver rien autre chose dans ce terrain, et qu'il faut presque toujours labourer à la main, ce qui est beaucoup plus dispendieux : c'est donc
à chacun à se consulter suivant les circonstances et l'étendue de sa propriété, et à choisir entre ces deux formes de mûriers, à moins qu'il ne soit possible de les employer toutes deux ainsi que font beaucoup de planteurs.
g * er .
De la quantité de mûriers greffés que lùn doit
planter.
La quantité de mûriers greffés que l'on doit planter dépend nécessairement de l'importance des éducations que l'on veut faire et du produit que l'on désire obtenir.
Pendant bien longtemps on ne s'est rendu compte du produit des éducations que par la quantité de graine mise à l'éclosion, on ne s'occupait, en aucune façon, de la consommation de feuille , et on marchait tout à fait au hasard et en aveugle à cet égard ; il semblait que ce qu'il fallait, avant tout, c'était de retirer d'une quantité donnée de graine la plus grande quantité possible de cocons. Rien n'était plus illusoire et plus déraisonnable ; d'abord il ne s'agit pas d'élever tous les vers que l'on obtient de l'éclosion, mais seulement ceux qui se conservent bien égaux et bien vigoureux : pour cela, il faut sacrifier impitoyablement
pendant les premiers âges, à l'époque où l'insecte n'a pas encore une grande valeur, tous les retardataires. Ensuite toute la graine que l'on met à l'étuve ne peut pas réussir ; il y a des œufs qui n'éclosent pas, d'autres qui éclosent trop tôt ou trop tard, et on est obligé de mettre toujours beaucoup plus d'œufs que l'on ne doit élever de vers (4 ) . Quelques grammes ou quelques onces de graine ainsi perdus par la force des choses et dans l'intérêt même du succès ont peu d'importance, tandis que la feuille a une très-grande valeur, et que plus on tire de produit de cette feuille, plus on est riche; aussi tous les bons sériciculteurs ne calculent-ils plus aujourd'hui les résultats de leur éducation que par la feuille consommée , ne se rendant compte du poids de la graine que comme reaseignement et indication pour apprécier ce que l'on doit mettre à éclore (2).
Maintenant, avec 1,000 kilog. de belle feuille
(1) Dans les meilleures éducations, on élève à peine la moitié de la graine ; le calcul est aisé à faire, on n'a qu'à comparer le nombre d'œufs mis à l'éclosion avec le nombre de cocons obtenus. 1 gramme de graine peut contenir 12 , 13 et 1400 œufs , et 1 kilog. de cocons 500, 600 et même 700 cocons. Le nombre des œufs par gramme et le poids des cocons par kilog. varient suivant les races.
(2) On ne doit plus dire une magnanerie de tant d'onces, mais une magnanerie dans laquelle on peut consommer tant de kilogrammes de feuille, pouvant produire tant de cocons, en mettant à l'éclosion tant d'onces de graine.
greffée non mondée (1 ) que l'on prend, en général, pour point de départ , on peut obtenir de 45 à 50,000 cocons, pesant jusqu'à 70 et 80 kilog. (2) , et valant de 3 fr. 50 c. à 4 fr. 50 c. le kilog. (3).
En supposant que les mûriers soient soumis à l'assolement de deux ans, ce qui est bien préférable, ainsi que nous le verrons plus tard, pour la santé, la vigueur et la conservation des arbres, il faudra, ppur récolter 1,000 kilog. de feuille tous les ans, avoir au moins 40 hautes tiges ou 4 00 mitiges dont on ne cueillera, chaque année, que la moitié. On calcule qu'un mi-tige, ainsi soumis à l'assolement, peut, après sept ou huit ans de plantation, produire de 1 5 à 20 kilog. de feuille, et un haute tige, après neuf ou dix ans, de 40 à 50 kilog.
D'après ces données, qui se rapprochent de la
r (l) On appelle monder la feuille enlever tout le bois et toutes les petites branches qui restent après la cueille. Avec les coupe-feuille et les filets, cette opération, assez longue , et qui fatigue toujours la feuille , n'est plus nécessaire.
(2) C'est 7 et 8 de cocons pour 100 de feuille ; il y a des éducateurs qui ne retirent pas % pour 100.
(3) Ainsi 4u'on le verra plus loin, on calcule que pour consommer ces 1.000 kilog. de feuille et obtenir ces 7 et 8- de cocons pour 100 de feuille , il faut 50 mètres carrés de tables , 100 mètres cubes de bâtiment , et que les frais d'éducation peuvent s'élever de 55 à 60 fr. Quant à la graine , d'après ce que nous venons de dire, il faut toujours mettre à éclore le double de ce que Ton désire récolter en cocons. Si avec 1,000 kilog. de feuille on veut obtenir 50,000 cocons, il faudra mettre à Féclosion 80 ou 100,000 œufs, de 60 à 80 grammes.
vérité autant que cela est possible dans de pareilles matières si variables et si soumises à tant de chances diverses, chacun peut déterminer le nombre de mûriers qu'il doit planter (1). Ce qui sera toujours sage, ce sera de faire les plantations un peu plus étendues qu'elles ne devraient l'être d'après les calculs : de cette manière, on se réservera une certaine latitude pour augmenter son établissement, dans le cas où cela conviendrait par la cuite; on aura les moyens de ménager les arbres qui seraient trop faibles, en ne les cueillant pas pendant quelque temps; puis, si, en définitive, on se trouvait avoir plus de mûriers qu'il ne serait nécessaire, on pourrait toujours les utiliser, en vendant la feuille, ainsi que cela se pratique dans le Midi, ou en donnant cette feuille à moitié à des fermiers. Il est même certain que , lorsque l'industrie de la soie sera entièrement naturalisée dans nos départements du Centre et du Nord, on verra ausgi, toujours comme dans le Midi , la production de la feuille se séparer de l'élève des vers à soie, et beaucoup de propriétaires se contenter de tirer parti de leurs mûriers , sans s'occuper, en aucune façon, d'éducations.
(i) 11 est rare de faire des éducations de moins de 1,000 kilog. de feuille, et les plus grandes, dans un même atelier, ne doivent pas dépasser 15,000 kilog., donnant de 4 à 500,000 cocons. Nous avons établi les calculs pour 1,000 kil. ; si on veut les établir pour 10,000 ou 15,000 kilog., on n aura qu'a multiplier par 10 ou par 15.
De la manière de se procurer des mûriers greffa, et
de lewr prix.
Tout nouveau planteur pourrait élever et former des sujets grefles , mais ce serait perdre un temps précieux , deux ou trois ans pour les mitiges et cinq ou six pour les hautes tiges; d'un autre côté, il faudrait courir toutes les chances du semis et de la greffe. L'art de la pépinière est une science véritable qui demande des études et une expérience .toutes particulières. Si on voulait l'im proviser, on risquerait de faire beaucoup de fautes et des dépenses inutiles.
Il y a donc bien plus d'avantage à acheter des mûriers greffés tout élevés et tout formés (1).
La plupart des nouveaux planteurs du Centre et du Nord ont été obligés de faire venir leurs arbres du Midi ; et , suivant toute probabilité , ils seront forcés de le faire encore longtemps , car plusieurs pépinières qui s'étaient formées dans les départements vôisiùs de Paris , et dont nous par-
(1) Cependant un propriétaire fera bien , tout en plantant des sujets formés, de créer une petite pépinière ; cette pépinière lui offrira des moyens d'études intéressantes, et en même temps des sujets pour les remplacements à faire.
lions en 1842, ont été abandonnées. C'était à Ris (Seine-et-Oise), chez M. Soulange Bodin; à Vigneux, même département, chez MM. Baynaud et Verdeau ; aux Bergeries de Senart, chez M. Camille Beauvais; à Isles-les-Villenoy, près Meaux (Seine-et-Marne) , chez M. Wallon, etc. La mort nous a enlevé l'honorable M. Soulange Bodin, et avec lui sa pépinière a disparu. MM. Baynaud, Verdeau et Wallon ont été détournés de leurs en-
treprises par divers motifs; M. Camille Beauvais ne s'occupe plus que de la propagation du mûrier- Iojj.
Dans ces circonstances, il faut absolument continuer de recourir au Midi.
Certainement il y aurait utilité à avoir des pépinières locales, les sujets seraient mieux acclimatés, ont épargnerait des frais de port assez considérables, on serait moins exposé à voir les arbres souffrir, soit du froid qui peut survenir en route, soit mênje tout simplement de la longueur du transport; mais on n'a pas le choix, ci ensuite il y a aussi quelques avantages à faire venir des mûriers du Midi. Les pépiniéristes ont une bien plus grande pratique et une expérience bieu plus approfondie; ils peuvent fournir d'admirables sujets, et, quand l'emballage est bien fait et le moment de l'expédition bien choisi, les arbres arrivent dans un parfait état de conservation , ainsi
que nous avons été à même cent fois de le con-; stater.
Au premier rang des meilleurs pépiniéristes du Midi auxquels on peut s'adresser en toute confiance, nous citerons M. Jacquemet-Bonnefont , à Annonay (Àrdèche), dont la maison jouit d'une réputation si méritée (1). Nous avons encore M. Nicod, également à Annonay; MM. Audibert, à Tarascon ( Bouches-du-Rhône) ; puis, en revenant vers le Centre, M. Adrien Sénéclauze, à Bourg-Argental (Loire). Les sujets greffés que l'on achète chez M. Jacquemet-Bonnefont, pour faire des hautes tiges , coûtent , premier choix, 1 fr. pièce; ils ont cinq ans de pépinière, dont quatre de greffe, et peuvent avoir de H à 1 5 centimètres de circonférence (2). Les hautes tiges, deuxième choix, coûtent 80 c. pièce ; ils ont seule- ■ ment quatre ans de pépinière , dont trois ans de greffe; ilsn'ontque9ài0centim. de circonférence.
(1) M. Jacquemet-Bonnefont père , que nous avons eu le malheur de perdre en 1850 , a rendu les plus grands services à la sériciculture : ses vastes pépinières étaient des modèles d'ordre et de bonne tenue ; son fils, qui depuis longtemps le secondait dans tous ses travaux, lui a succédé et marche dignement sur ses traces.
(2) Quinze de ces mûriers offerts par M. Jacquemet-Bonnefont à la Société séricicole ont cté plantés , au mois de novembre 1850 , dans un des carrés de la pépinière du Luxembourg. Ces mûriers , destinés à devenir des types de culture , de direction et de taille , complètent la collection que renferme la pépinière du Luxembourg, si habilement dirigée par M. Hardy.
Les baguettes greffées pour mi -tiges doivent avoir trois ou quatre ans, une année de semis, une année de pépinière, et un an ou deux de greffe ; les premiers choix ont 2 met. à 2 m ,80 de hauteur et coûtent 50 c. pièce (4). Les prix ne peuvent se débattre que dans les pépinières et en voyant les arbres, à moins qu'on ne puisse avoir assez de confiance dans le pépiniériste pour régler le tout par correspondance. Dans tous les cas , nous ne saurions trop conseiller aux nouveaux planteurs de ne pas faire d'économie sur l'âge et la vigueur des sujets, surtout pour les hautes tiges. Si l'on veut bien planter, il faut absolument planter chèrement, en prenant toujours ce qu'il y a de mieux ; il ne faut pas plus économiser sur le prix des arbres que sur les frais de plantation, l'avenir des mûriers en dépend , et l'on entre bien plus promptement en jouissance.
il) Pour les hautes tiges comme pour les mi-tiges, il faut bien se garder de s'adresser à des pépinières établies dans des terres de trop bonne qualité, surtout de qualité supérieure au terrain où Fou veut planter définitivement les arbres.
Nous avons vu des sujets qui venaient des alluvions du Rhône , et qui , au bout de deux ans de greffe, étaient admirables; mais cette végétation était artificielle , et les arbres , transportés dans des terrains ordinaires, ont donné les plus tristes résultats.
Des soins à prendre pour la plantation des mûriers greffés* et des frais de plantation.
. Toutes les plantations de mûriers demandent que Ton choisisse des terrains et des expositions convenables, mais les plantations de mûriers greffés encore plus que toutes les autres, car le mûrier greffé est beaucoup plus sensible à la gelée. On fera donc sagement, ainsi que nous le disions dans les considérations générales, d'éviter les contrées boisées et humides , les terrains bas et marécageux , les sols argileux qui restent imprégnés d'eau. Il faut placer, autant que possible, ses arbres sur des plateaux un peu élevés, ou sur le penchant des collines , à l'abri du nord et surtout du levant. Enfin les mûriers greffés demandent de bons terrains légèrement sablonneux ou crayeux et parfaitement perméables. Ce serait une grande erreur que de croire qu'on peut les planter dans de mauvais terrains, comme on plante des taillis de bouleaux ou de sapins ; on en tirerait un triste produit.
Que les pieds de mûrier soient destinés à faire des hautes tiges ou des mi-tiges, les règles de la
plantation sont les mêmes, et ne sont autres que les règles qui servent de guide pour planter toute espèce d'arbres. Ainsi les sujets prospéreront avec d'autant plus de rapidité, et répondront d'autant mieux à l'espoir du planteur, que son terrain aura été préparé avec plus d'intelligence, que les racines auront été rapprochées plus soigneusement et mieux disposées en terre (i), qu'il aura enfin choisi avec plus de discernement le moment favorable à la plantation.
On plante à l'entrée de l'hiver ou au printemps; nous pensons qu'il est préférable, au moins dans beaucoup de localités du centre et du nord de la France, d'adopter l'époque du printemps^ afin d'éviter la rigueur de l'hiver aux jeunes plants. Au reste, cela dépend entièrement des circonstances dans lesquelles on se trouve. Dans
( 1) Le rapprochement des racines consiste à retrancher tout ce qui a été endommagé par l'arrachement ou le transport des sujets; mais il faut conserver précieusement celles qui sont saines. Quant à la préparation du terrain , il est très-importaut de creuser les fosses longtemps d'avance ; on place d'un côté la bonne terre, et de l'autre tout ce que fournit le sous-sol. Au moment de la plantation, on jette au fond de la fosse une partie de la bonne terre bien ameublie , on place le sujet dessus à la hauteur où il doit être ; on étale avec soin les racines conservées , et on les couvre de la meilleure terre , en foulant un peu cette terre , mais sans trop la presser, si elle est humide. Ce qu'il faut éviter particulièrement, c'est qu'il reste du vide entre les racines ; pour cela , on enfonce légèrement la terre dans les intervalles avec un bâton. 11 faut aussi avoir grand soin de ne pas «nterrer la frrefle, mais de la laisser en dehors.
le Midi on croit qu'il vaut mieux planter à l'automne, à cause des grandes sécheresses des étés.
On place les hautes tiges sur le bord des héritages ou en ligne dans les champs ; dans tous les cas, il faut laisser entre chaque mûrier une distance d'au moins 4 mètres , de manière à ce qu'ils puissent se développer en toute liberté, sans se gêner les uns les autres. Le bord des héritages serait préférable , jfarce que les arbres se* raient mieux placés pour recevoir l'action de l'air, de la lumière et de toutes tes influences atmosphériques; mais tout le monde n'a pas un développement de propriétés assez convenable pour cela, et l'on est souvent obligé, surtout dans les petits domaines, de les mettre en champ.
Il faudra toujours leur consacrer exclusivement une bande de terrain, qui doit avoir au moins 4 mètres de large, et à laquelle on donne tous les labours et toutes les façons nécessaires.
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On fera très-sagement de ne jamais mettre de luzerne ou de sainfoin dans le voisinage des hautes tiges, s'il s'agit de bordures, ou entre les lignes, s'il s'agit de plantations en plein champ : toutes les autres cultures sont sans inconvénient^ mais la luzerne et le sainfoin poussent si profondément dans la terre , que les racines des mûriers peuvent en éprouver un grave dommage.
On place les mûriers hautes tiges dans des trous
de 2 mètres carrés sur 60 ou 80 centim. de profondeur, et, à mesure que l'arbre se développe, on défonce tout autour le terrain qui lui est réservé. On peut planter les mûriers mi-tiges en bordure comme les hautes tiges; mais généralement on préfère leur consacrer un champ tout entier, et ne point cultiver autre chose dans ce champ. On a ainsi Pavantage d'avoir tous les mûriers réunis , et de pouvoir mieux les défendre contre la dent des bestiaux, auxquels, ainsi que nous lavons déjà dit, ils sont bien plus exposés que les hautes tiges. H faut profiter , le plus possible , du terrain que Ton consacre ainsi aux mi-tiges; cependant il faut bien se garder de trop serrer les arbres et de les mettre plus près de 4 mètres en tout sens , ce qui fait environ 600 pieds par hectare.
Cette distance suffit parfaitement, surtout avec l'assolement de deux ans, qui fait que sur deux mûriers voisins il y en a toujours un de taillé ou de cueilli ; ce qui donne beaucoup plus d'air et de lumière à l'autre. Le mode le plus usité pour les plantations de mi-tiges est le carré parfait; mais quelques personnes préfèrent le quinconce pour la facilité des labours.
Les mûriers mi-tiges se plantent dans des trous de i mètre carré sur 40 ou 50 centimètres de profondeur, et, comme pour les hautes tiges, on défonce ensuite successivement le terrain tout autour, jus-
qu'à ce que les zones consacrées à chaque arbre viennent à se rejoindre (4).
Les trous de 2 mètres carrés sur 60 ou 80 centim . de profondeur, pour les hautes tiges, peuvent coûter, dans les environs de Paris, 50 centimes; ceux de 4 mètre sur 40 ou 50 centimètres, pour les mitiges, 30 centimes. Deux hommes, dans une journée, peuvent mettre en place de soixante à quatrevingts sujets.
Dans la première année de plantation des mitiges, on peut cultiver, entre les lignes d'arbres, de l'orge, du seigle, de, l'avoine à couper en vert; yne fois que les arbres sont développés, le terrain tout entier leur est nécessaire.
De la culture, de la taille, et de V ébourgewmernmt
des mûriers.
Si un mûrier n'était destiné qu'à faire partie d'un bois ou d'un massif d'agrément, il ne serait pas nécessaire d'en prendre plus de soin que l'on ne fait d'un orme ou d'un chêne; il viendrait nature lie ment et sans précaution extraordinaire;
(1) Il y a des personnes qui préfèrent défoncer le terrain tout entier au moment de la plantation. On calcule le défoncement total à raison de 3 ou 400 fr. l'hectare.
mais, quand on lui demande ses feuilles, la question est toute différente. Ce dépouillement annuel des feuilles est une des plus difficiles épreuves auxquelles on puisse soumettre le mûrier; pour l'apprécier, il faut se rappeler l'état dans lequel se trouve un arbre quelconque , lorsque ses feuilles sont dévorées au printemps par une de ces familles d'insectes qui ravagent si souvent nos jardins. Comme l'arbre attaqué reste languissant, que d'efforts pour pousser de nouvelles feuilles! Nul doute que, si le fléau se reproduisait plusieurs années de suite , l'arbre ne pût le supporter. Eh bien, en dépouillant le mûrier pour la nourriture des vers à soie, nous produisons un effet plus dangereux encore, car non-seulement nous privons l'arbre de sa feuille, mais pour récolter cette feuille nous lui faisons de nombreuses blessures; la dévastation est telle alors, que, quand on n'a pas vu un champ ou une avenue de mûriers ainsi dépouillés, on ne peut s'en faire une idée. Ce n'est donc pas trop de toute l'intelligence et de toute l'industrie de l'homme pour balancer les effets d'un pareil traitement.
C'est pour cela qu'il faut cultiver le mûrier d'une manière toute spéciale, défoncer le terrain avec soin, donner autant de fumures qu'il est nécessaire , enfin, et par-dessus tout, adopter un bon svstème de taille.
Les mûriers greffés doivent recevoir au moins deux façons par an au pied ; la première en février ou en mars, la deuxième en mai ou en juin, après le ramassage de la feuille , et une troisième en automne, si un été pluvieux a couvert la terre de mauvaises herbes.
Il n'est pas indispensable de cultiver à la main ; tout outil aratoire conduit par des chevaux, des mulets ou des bœufs, qui ne soulève pas de trop grosses mottes de terre, peut convenir. Il ne faut pas labourer par une trop grande sécheresse, les mottes ne pourraient s'ameublir et resteraient dures comme des pierres.
Si on n'a pas une grande quantité de mûriers, les labours à la main, quoique plus cependant dispendieux , sont préférables.
Chaque façon à la main, toujours dans les environs de Paris, coûte, par hectare, de i 4 à 1 6 francs;
Chaque façon à la charrue, également par hectare, de 5 à 6 francs.
Si les plantations sont des mi-tiges en plein champ, on connaît la contenance du champ ; si ce sont des hautes tiges plantés sur des bandes de terrain de 4 mètres de large, on calcule la superficie de ces bandes.
Il est nécessaire de fumer les mûriers; cependant il ne faut pas que ce soit avec excès, et il y a une juste mesure à observer.
Ce n'est qu'à la deuxième ou à la troisième année que l'on doit songer à ces fumures. On fait autour de l'arbre une fosse circulaire de 1 mètre de large et de 30 centimètres de profondeur. On y met le fumier, que l'on recouvre de, terre en le mêlant un peu avec cette terre. Il ne faut pas que la fosse soit trop près du pied de l'arbre, environ à 15 centimètres (1).
Quand une fois les arbres sont en rapport , ce n'est plus au pied qu'on doit les fumer; s'il s'agit d'une plantation en plein, c'est tout le champ que l'on doit fumer; s'il s'agit d'une plantation en bordure ou par bandes, c'est toute la zone qui est réservée à cette plantation.
Voilà les principes de culture et de fumure des mûriers qui sont, pour ainsi dire, généralement adoptés. Quant à la taille, l'on trouve plus de différence dans les méthodes en usage suivant chaque climat et chaque localité (2). Cependant, quels que soient les moyens que l'on emploie, on doit viser partout au même but, c'est-à-dire faire produire aux mûriers le plus de feuille possible, rendre la cueille de cette feuille facile, équilibrer toutes les parties de l'arbre, en assurer la santé,
(1) Quelques personnes préfèrent fumer de suite le champ tout entier.
(2) H en est de même de la vigne ; sa taille et sa direction se modifient suivant les latitudes et les nature* de terrain.
enfin pallier, autant qu'on le peut, le mal que lui fait éprouver la cueille.
Dans le climat de Paris, nous ne connaissons pas de meilleur système de taille que celui qui est pratiqué aux Bergeries de Senart. On commence d'abord par former l'arbre; à cet effet, chaque année, au printemps, depuis l'année qui suit la plantation jusqu'à celle où l'on cueille la feuille, on rabat les scions de l'année précédente à trois ou quatre yeux, procédant de manière à donner à l'arbre la forme d'un gobelet. M. C. Beauvais avait d'abord conseillé de rabattre à deux yeux, mais depuis il a senti k nécessité ée faire la part des circonstances imprévues qui peuvent faire périr un bourgeon, eft il laisse maintenant quelquefois trois^ et même quatre et cinq yeux, selon que le sujet est plus ou moins vigoureux ; on ne conserve ensuite que les deux plus beaux jets, et il n'en résulte d'autre différence, sur k taille indiquée d'abord, que d'avbir les pousses de chaque année un peu plus longues. La taille , qui est nécessaire pour former les mûriers , ne l'est pas moins lorsqu'on les cueille. M. C. Beauvais cueillait d'abord les mûriers tous les ans, ainsi que cela avait lieu généralement dans le Midi, et par suite il les taillait aussi tous les ans immédiatement après la cueille.
L'expérience l'a amené à ne cueillir que tous les deux ans; l'arbre souffre beaucoup moins, se
porte mieux et produit presque autant. Cette heureuse pratique est aussi suivie , depuis quelque temps, dans le Midi, où Ton paraît s'en trouver très -bien. Dans ce système de cueille bisannuelle, la taille ne doit plus avoir lieu que tous les deux ans , au printemps de Tannée qui suit la cueille. La taille des mûriers que Ton cueille doit se faire d'après les mêmes principes que celle des jeunes mûriers , c'est-à-dire qu'on rabat toujours les scions de l'année précédente à deux, trois, quatre et même cinq yeux , suivant la nature du sujet.
À l'égard de l'ébourgeonnement, c'est l'opération la plus simple, la plus facile et en même temps la plus admirable pour les résultats. M. Camille Beauvais est encore le premier qui ait appelé sur ce point l'attention des nouveaux sériciculteurs.
Par un ébourgeonnement intelligent et exécuté en temps utile, on peut éviter de faire, plus tard, à • un mûrier de funestes amputations, causés trop ordinaires de plaies, d'écoulements, de chancres et même de mortalité. On prévient le mal, on établit l'équilibre dans toutes les parties de l'arbre, on fait disparaître les clairières , on imprime aux jeunes branches la direction la plus favorable , on utilise toute la vigueur et toute la sève des sujets, on détermine le plus ou moins de richesse qu'ils peuvent rapporter, enfin on réduit la taille à ce qu'elle
doit être véritablement , au simple raccourcissement des sujets.
L'ébourgeonnement consiste à détruire , par la pression du pouce , tous les bourgeons superflus qui paraissent au printemps; on doit s'arrêter aussitôt que les bourgeons, devenus plus forts, exigent l'emploi de la serpette. Cependant nous croyons que , dans certaines circonstances , on peut encore les enlever ainsi, et que cela vaut mieux que de laisser former une branche parasite qu'il faudra extirper plus tard.