‹ Conseils d'un père à ses enfansChapitre 19 sur 59 · CHAPITRE XVÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVÏ

Consultez volontiers.

i ne faut jamais avoir assez de confiance en ses propres lumières, pour s'imaginer ne pouvoir tirer aucune utilité de celles des autres. Les grands hommes , les hommes les plus instruits , ont demandé conseil , non seulement à leurs amis , mais même à des étrangers 5 etils ont eu plus d'une fois à se louer de cette sage défiance d'eux-mêmes.

Charles V, surnommé le Sage, aimait à consulter; et quoiqu'il fût la meilleure tête de son conseil, il écoutait tous les avis, et ne rougissait pas de réformer le sien.

Henri IV, n'étant encore que roi de Navarre , voulait épouser la comtesse de Guiche , qu'il aimait, îl demanda à d'Aubigné son sen~

tîinent sur ce mariage , et contre la sage maxime de ne faire jamais connaître à ceux que l'on consulte de quel côté on penche, il lui témoigna la grande envie qu'il avait de prendre ce parti ; il lui allégua l'exemple de plusieurs princes , qui avaient trouvé le bonheur en épousant les femmes qu'ils aimaient, quoiqu'elles fussent au-dessous d'eux par leur condition. Ce prince en disait assez pour déterminer d'Aubigné à lui donner un conseil conforme à son inclination ; mais incapable de le flatter et de trahir son devoir , d'Aubigné lui répondit avec une noble hardiesse :

« Sire , ces excuses ne peuvent nous convenir. Ces princes jouissaient tranquillement de leurs états , ils n'avaient point d'ennemis qui les inquiétassent : ils n'étaient point, sire, errans comme vous , qui ne conservez votre vie et ne soutenez votre fortune , que par votre vertu et par votre renommée. Vous devez aux Français de grandes actions et de beaux exemples. Les mauvais exemples que vous avez cités, je ne vous les impute point; je sais que vous n'aimez pas la lecture : ils vous ont été fournis par des conseillers infidèles qui ont voulu flatter votre passion. Il

( "8) kiat que vous soyez ou César ou rien; que vous vous rendiez assidu dans votre conseil que vous abhorrez; que vous consacriez plus de temps aux affaires nécessaires ; que celles qui sont essentielles aient la préférence sur les autres , et particulièrement sur le plaisir ; que vous surmontiez les faiblesses que vous avez dans votre domestique , et qui sont indignes d'un grand roi. Le duc d'Alençon est mort, vous n'avez plus qu'un pas à faire pour monter sur le trône. Si dans le temps que vous êtes sur le point d'y arriver , vous faites une action qui vous déshonore, elle vous en éloignera pour jamais. »

Henri IV conforma sa conduite à ce conseil généreux , et II lui àut peut-être sa couronne*

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