‹ Conseils d'un père à ses enfansChapitre 20 sur 59 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Il faut conseiller avec modération et aménité* — Ne jamais divulguer ce qxHon vous confie.

xi est une manière de donner des conseils à ceux qui en demandent ; il faut le faire avec douceur, avec modération, et ne pas attacher un tel intérêt à ses avis ? qu'on s'emporte s'ils sont négligés. Ce zèle est faux , et prouve moins l'amitié de celui qui en est possédé , que son entêtement et son orgueil : l'on ne trouve effectivement mauvais qu'un tel tienne autant à ses opinions , que parce qu'on a soimême une confiance absolue dans sa propre façon d'envisager les choses et de gouverner les affaires. Un sage ami consulté dit avec calme ce qu'il pense; s'il est nécessaire, il justifie ensuite ce qu'il a avancé : qu'on agisse dan s un sens contraire à celui qu'il a indiqué, il n'en montre aucun ressentiment, et se retira dans l'intention d'essayer de rendre de nouveaux services le lendemain s'il en est requis

On voit des gens pour qui donner des con^ seils est un besoin , une manie. Ils courent sans cesse chez leurs amis, chez leurs voisins et les étourdissent de ce qu'ils feraient à leur place s'ils étaient dans leur position , relativement à telle ou telle chose : ces gens sont des importuns 9 des fâcheux , que l'on supporte avec peine , et qu'il faut bien se garder d'imiter. Ne conseillez que ceux qui vous demandent votre avis ; supposez que les autres ont des raisons pour ne point vous consulter.

Une des premières vertus de l'amitié est la discrétion ; c'est un véritable crime contre elle , de divulguer les secrets qu'elle vous confie.

Des courtisans disaient au favori d'un prince: Qu'y a-t-il de nouveau , et que vous a dit le roi aujourd'hui ? car il ne se fie qu'à vous. — Pourquoi donc , leur répondit-il . me le demandez -vous ?

Le comte de Shaftsbury , si célèbre dans l'histoire d'Angleterre , par la grande part qu'il eut aux mouvemens qui agitèrent le règne du roi Charles II , était devenu , de ministre de ce prince 5 son plus dangereux ennemi , et s'était jeté dans le parti du parlement. Quelque temps après , on y attaqua M. Hollis , sur des

(lai ) négociations secrètes qu'il avait eues avec le roï. Rien ne manquait pour le perdre que des témoins- On comptait en trouver un , tel qu'on le désirait, dans la personne du comte, qui avait été dans le cas de tout savoir. Il y avait d'autant moins lieu de douter qu'il ne parlât, que c'était pour lui une belle occasion, et une occasion qui se présentait d'ellemême, de ruiner un ancien ennemi. Dans cette pensée , on cite le comte , et on l'interroge. Il répond qu'il ne peut satisfaire sur ce qu'on lui demande, parce que, quand même il saurait quelque chose au désavantage de M. Hollis, il ne devrait point avoir recours â cette voie infâme pour se venger d'un ennemi. Ceux qui l'avaient fait comparaître l'exhortent, le pressent, le menacent : tout fut inutile. On lui ordonna de se retirer ; et plusieurs membres du parlement proposèrent , avec tant de chaleur , de l'envoyer à la Tour, que ses amis effrayés vinrent le solliciter de céder aux instances de la chambre. Mais il demeura ferme daus sa résolution , et il eut le bonheur que méritait son action généreuse, celui de trouver assez d'amis pour le tirer d'affaire,

VV\\VV1\\VWV\\'VWVVVVVVVVVVWVVVVVVVVVVVVVVVVWVVVWV WYVWVYWVV

Page 1