‹ Conseils d'un père à ses enfansChapitre 30 sur 59 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Soyez l'appui des malheureux.

JA 'attendez pas , pour secourir ceux que la fortune maltraite, qu'elle les ait réduits à la mendicité. Soyez partout les protecteurs des infortunés qui cherchent à repousser la misère à force de travail ; et souvenez- vous que, loin de vous dispenser de cette obligation , votre rang ne fait que vous la rendre encore plus sacrée. Quel était pour la noblesse romaine son plus beau droit , celai auquel elle semblait tenir le plus? le droit de patronage, qui faisait du noble le protecteur né de celui qui ne l'était pas. Si votre naissance , votre nié-

( «68 ) rite et la fortune vous placent sur les degrés du trône , songez donc que vous devez , de là , tendre la main aux honnêtes gens restés dans la foule de ceux qui , pour sustenter leur famille et eux-mêmes, sollicitent des grands des secours etdes places. «Dieu n'élève les grands au-dessus des autres , que comme il a élevé le soleil au-dessus des hommes en général, pour être leur bienfaiteur universel. Dans ses desseins , le grand doit être le consolateur des affligés, le tuteur des faibles, l'homme destiné à faire des heureux parmi les autres hommes. Tel a été dans le dernier siècle le vertueux duc d'Orléans, fils du célèbre régent de la France , sous la minorité de Louis XV ; il fut vraiment le père de tous les pauvres et de tous ceux qui étaient dans le besoin. De quelque âge , de quelque sexe , de quelque condition que fussent les malheureux , ils étaient assurés de trouver de la compassion dans le coeur de ce prince , et une ressource dans ses libéralités et dans^sa protection. Presque tous les jours il leur donnait audience , et tous y étaient admis. Il les écoutait avec bonté; il leur répondait avec douceur; il s'attendrissait sur leurs misères, et lorsqu'il ne pou-

ait lés renvoyer tous satisfaits, on voyait que son cœur leur accordait ce que la nécessité l'obligeait de refuser. On ne saurait croire, dit un auteur qui l'avait connu particulièrement , les sommes qu'il employa à faire élever des enfans, à marier des filles, à faire apprendre des métiers , à rétablir des marchands ou à prévenir leur ruine , à faire guérir les malades , dont il examinait lui-même les plaies , et qu'il allait souvent , suivi d'un seul domestique , chercher jusque dans les greniers. Ce qui fit dire, lorsqu'il mourut , à une auguste et pieuse princesse : Que c'était un bienheureux ,, qui laisserait après lui beaucoup de malfteureux.

Si les hommes riches voulaient parcourir <Je temps en temps les endroits habités par les citoyens les plus pauvres , et s'informer de la situation de ceux que le hasard offrirait à leurs regards, afin de l'améliorer , de la rendre moins pénible , ils préviendraient bien des malheurs. De plus grands qu'eux l'on fait quelquefois , quoique les obligations attachées à leur rang le leur rendissent plus difficile , et c'est une auréole glorieuse qui défend leur mémoire des atteintes de la calomnie. Beau-

( i?o ) coup de traits de ce genre ont fait connaître toute la noblesse et toute la générosité du #œurde la feue reine. Nous allons en citer un entre mille. Elle traversait un village près de Paris , lorsqu'elle aperçut une vieille femme infirme, qu'entouraient plusieurs petits enfans. Ge tableau, qui offrait à l'âme compatissante de cette princesse, ce que la nature humaine , dans ses deux extrémités, a de plus touchant, l'émut aussitôt, et lui fit suspendre sa marche. La reine s'approcha de la vieille , l'interrogea avec autant de douceur que de bonté, et apprit que cette femme, grand'mère des enfans qui l'environnaient, était , dans sa caducité et malgré sa misère l'unique appui de ces orphelins de père et de mère. Ce ne fut point assez pour cette souveraine aussi généreuse qu'aimable, de lui faire distribuer sur-le-champ des secours d'argent; elle jeta des yeux attendris sur le plus jeune de ce« orphelins , âgé de trois ans , et déclara qu'elle se chargeait de lui, et qu'elle en ferait prendre soin.

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