‹ Conseils d'un père à ses enfansChapitre 38 sur 59 · CHAPITRE XXX11I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX11I

La présence d'esprit. — Elle a sauv de plus d'un grand danger.

XiA présence d'esprit est utile en toute occasion. C'est elle qui , dans le danger où un autre se regarderait comme perdu sans ressource , indique à l'homme qui se possède , le moyen qui peut le sauver. Ou celui-ci crierait et menacerait inutilement, celui-là montre le plus grand calme ; l'ennemi, effrayé de cette tranquillité, fuit, craignant quelque embuscade , ou renonce à son projet, parce que ce calme

même lui en impose , et lui ôte la force d'attaquer le sage qui affecte de montrer en lui la plus grande confiance.

Le célèbre Montaigne s'était retiré dans son château enPérigord, pendant les guerres civiles qui, sous le règne de Charles IX ? désolaient la France. Un jour un homme se présenta devant les fossés du château, feignant d'être poursuivi par desreligionnaires. Introduit par Montaigne , il lui raconta que , voyageant avec plusieurs de ses amis , une troupe de gens de guerre les avait attaqués ; que leur bagage avait été pillé ; que ceux qui avaient opposé de la résistance avaient été tués , et qu'on avait dispersé les autres. Montaigne ne soupçonna pas un instant la bonne foi de cet homme. C'était néanmoins un chef de parti qui était convenu avec sa troupe qu'il se servirait de ce stratagème pour s'introduire dans le château. Un moment après, on vint avertir Montaigne qu'il paraissait deux ou trois autres cavaliers. Celui qui avait été admis le premier, dit qu'il les réconnaissait pour ses camarades. Montaigne , touché de compassion, ne fit aucune difficulté de les recevoir. Ceux-ci furent suivis de plusieurs autres, en sorte que la cour du château,

fut bientôt remplie d'hommes et de chevaux. Montaigne s'aperçut alors de la faute qu'il avait faite ; mais le mal était sans remède. Il fit bonne contenance, et ne changea rien dans ses manières. ïl s'empressa de procurer à ses hôtes tout ce dont ils feignaient d'avoir besoin 9 leur fit distribuer des rafraîchisseiriens, et en agit en apparence avec tant de cordialité et de politesse ? que leur chef, désarmé par ses bons procédés , n'eut pas le courage de donner le signal dont il était convenu pour mettre la maison au pillage.

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