CHAPITRE XXXVI
Comment les femmes en particulier doivent employer le temps.
étude ne convient pas autant aux femmes qu'aux hommes , et la lecture ne peut pas leur être aussi familière; mais c'est précisément parce qu'elles sont occupées d'autres soins qu1 leur laissent peu de loisir. Les détails de la maison , l'économie domestique, réclament leur vigilance, et prennent une partie de leur temps. Combien une mère de famille , même riche , a de devoirs à remplir qui la garantissent de l'oisiveté ï Mes filles, il est des femmes frivoles qui négligent ces devoirs , et passent leur vie dans la dissipation et les plaisirs ; elles croient réellement n'avoir rien de mieux à faire , et demandent quelquefois comment elles pourraient agir autrement ; ne les suivez pas plus dans le tourbillon du monde que dans les lectures par lesquelles elles cherchent, par
( aSô ) intervalles, à dissiper l'ennui dont leurs folies )oies ne peuvent les garantir. Pour n'être point tentées de les imiter , lisez vous-même la vie des personnes de votre sexe qui se sont distinguées par une conduite exemplaire , et vous saurez bientôt comment une femme peut vivre un siècle sans tomber dans ces momens de désœuvrement où elle forme des projets extravagans et funestes à son repos et à sa réputation*
L'illustre génoise , dont je vous ai déjà parlé 5 Venccniine Lomeîin , suivit son époux dans la principauté de Melfe > dont il avait été fait gouverneur. Elle ne fut pas inoccupée un seul instant 9 pendant les treize années qu'elle demeura dans ce pays. Voulez - vous savoir de quelle manière elle y employait son temps ? Tandis que son époux remplissait avec honneur les fonctions de sa charge 9 et maintenait le bon ordre dans son gouvernement, elle entretenait dans sa famille l'ordre, l'abondance et la paix : elle était persuadée que ce soin important regarde surtout la femme , comme celui de bien administrer les affaires du dehors , doit être l'emploi de l'homme. Toujours en action ^ elle y mettait
(2S7) les autres. Chacun savait son ouvrage et le faisait. Elle avait l'œil à tout , sans embarras, sans inquiétude, et il ne se passait rien qu'elle ne le sût. Sa bonté s'étendait sur toute sa famille sans exception , sur se» domestiques même. Elle n'était pas seulement leur maîtresse , elle était leur mère. Elle avait soin que rien ne leur manquât , et qu'ils ne manquassent à rien , car elle croyait que l'exactitude des domestiques fait également , et leur éloge , et celui des maîtres. Si elle avait un moment, elle l'employait à chercher les pauvres, à visiter les malades , ou à faire quelque lecture profitable.
Madame la présidente de Boirault était née avec tous les avantages qui donnent un rang distingué dans le monde; son esprit, sa figure et les grâces séduisantes répandues sur sa personne, la rendaient l'idole des cercles. Mais à peine eût-elle aperçu les périls auxquels ces avantages extérieurs exposent une jeune personne, qu'elle en fit hommage à celui qui l'en avait si libéralement pourvue. Elle pratiqua hautement la vertu , et la fit aimer. Devenue veuve , elle se livra toute entière aux bonnes oeuvres. Elle était la mère des pauvres , l'ap-
( 238 ) pui des orphelins , le refuge des malheureux. Tandis qu'elle se contentait pour elle-même d'une nourriture simple et peu abondante , elle nourrissait de pauvres et vertueuses familles* Elle remplit jusqu'à la mort , tous ses jours de bonnes œuvres et de mérites. Elle n'en perdit aucun , parce qu'elle savail qu'il lui en faudrait rendre compte.
MS\ vwvwwwvv wwwwvvwvwvw vwvwvw vwvwvvwwwvvwwv VWVWY