CHAPITRE XL11I
Le commerçant.
iYxEs fils, j'honore le commerce, elle regarde* avec tous les gens sensés , comme la source de la prospérité des empires ; mais je vois avec peine ceux que leur naissance peut appeler plus tard à gouverner l'Etat, prendre parti dans le commerce. Je crains qu'ils n'y apprennent trop à connaître le prix de l'argent, et que, parvenus aux honneurs 9 aux dignités, ils ne s'y occupent plus de leur fortune que de leur gloire. Le désintéressement est ce qui convient dans les grandes places ; et si un véritable commerçant est un homme d'honneur, c'est aussi un spéculateur d'habitude , qui ne fait rien que par intérêt , et ne risque jamais sa fortune que pour la centupler. Ce n'est point l'esprit de calcul qui rend propre aux grandes actions, et l'on fait souvent mal les affaires du souverain , quand on est accoutumé à ne jamais négliger les siennes. Enfin , je crois le commerçant aussi inhabile à devenir homme d'Etat, que l'homme d'Etat à devenir commerçant»
( 5o3 ) Si cependant vous vous adonnez au commerce, mes enfans 9 souvenez-vous que , dans celte profession , la prudence est un devoir sacré ; ne faites jamais d'entreprises au-dessus de vos forces , et qui , si elles manquaient 3 pussent vous mettre hors d'état de faire honneur aux engagemens de votre maison. Le commerçant ne peut se ruiner sans en ruiner mille autres , et porter le désordre chez un grand nombre de ses confrères. Ne comptez pas, pour relever ensuite vos affaires, sur les assemblées de créanciers,lespaiemens au marc la livre , etc. Ces arrangemens sont autorisés par les lois, qui ne peuvent les défendre ; mais les quittances finales que l'on reçoit alors sont véritablement réprouvées par l'équité et par l'honneur. Le commerçant qui a ainsi failli , est toujours le débiteur de celui qu'il n'a payé qu'à moitié ; et si, travaillant sur de nouveaux frais , il fait une nouvelle fortune , il ne prouve qu'il est réellement honnête homme , qu'en achevant de s'acquitter envers ceux qu'il doit alors considérer comme des créanciers à qui il a donné des à-comptes»