‹ Conseils d'un père à ses enfansChapitre 54 sur 59 · CHAPITRE XLV1II · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV1II

Les femmes ne doivent jamais exciter leurs maris à la vengeance : leur devoir est au contraire de chercher à les adoucir en faveur de ceux qui les ont offensés.

JL est des femmes qui font consister leur gloire à rendre leurs maris impitoyables pour

( 346) les personnes qui ont eu quelque tort envers eux : ces femmes manquent à leur sexe , et se dépouillent de sa plus belle vertu : remettre la paix où elle est troublée , apaiser ou prévenir les haines ? assoupir les vengeances, voilà les fonctions auxquelles la nature appelle cette moitié de l'espèce humaine , qui , par sa constitution morale et physique , semble faite pour les soins doux et délicats.

On vint instruire Auguste que Cinna et plusieurs autres Romains conspiraient contre sa vie; il résolut d'assembler, à ce sujet, son conseil le lendemain matin , et passa la nuit dans la plus cruelle agitation. Livré à une foule de pensées différentes , et souvent contraires, tantôt il prenait la résolution de perdre ses ennemis , tantôt il tournait sa fureur contre lui-même , et formait le dessein de sacrifier sa vie à la haine des conjurés. Livie, son épovise , l'interrompit enfin dans ses tristes réflexions. Voulez-vous s lui dit-elle, recevoir l'avis d'une femme ? Imitez les médecins : quand Us ont éprouvé sans succès les zemèdes communs 9 ils en tentent d'extraordinaires. Vous n'avez rien fait jusqu'ici far ia sévérité? essayez aujourd'huicêquepourra

( 347 ) (a douceur ; pardonnez àCinna : son com~

flot est découvert, ilnepeutplus vous nuire, et il peut servir à votre gloire. Le conseil de Livie plut à Auguste ; il fit venir Ginna , et ayant éloigné tout le monde , il lui exposa le détail de sa conspiration , le lieu , le nom de ses complices, le jour et les mesures prises ; il lui rappela en même temps le souvenir de tous jes bienfaits dont.il l'avait comblé , et malgré lesquels il voulait lui ôter la vie. Et moi 9 ajouta-t-il en finissant, je vous la donne une seconde fois; je vous ai déjà pardonné comme à un ennemi pub lie qui avait porté les armes contre moi ; je vous pardonne de nouveau^ comme à un ennemi secret. Serrons donc aujourd'hui, continua-t-il , en lui prenant la main , serrons entre nous les nœuds d'une véritable amitié 3 et disputons à qui aura donné ou devra la vie de meilleure foi. En même temps , il lui déclara qu'en sa considération , il pardonnait à tous ses complices, et que , suivant ses désirs , il le ferait élire consul pour l'année suivante.

Cinna, pénétré et confus, se jette aux pieds d'Auguste, lui jure une amitié et une fidélité inviolables. Personne, dans la suite, ne lui fut

( 548) plus attaché; il l'institua même son héritier. Cette clémence désarma tous ses ennemis , et il n'y eut plus de conspiration contre sa vie.

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