‹ Conseils d'un père à ses enfansChapitre 55 sur 59 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

De la parure des femmes.

Jj'habiilement des femmes doit se rapporter à leur état, à leur condition dans le monde. Depuis quelques années , on s'est affranchi de ce joug , mais on y reviendra. Une parure simple, quoiqu'élégante, convientbien aune bourgeoise 9 et Ton n'aime point à voir îa marchande dans son comptoir vêtue comme îa duchesse peut l'être aux côtés de sa souveraine. Ce qu'elle est obligée de faire d'ailleurs dans sa boutique- la force de prendre des attitudes qui contrastent avec ses habits de cour , de manière à lui donner un air gauche et emprunté.

La parure excessive des femmes est la^ruine des maris : ce n'est pas le prix des vêtemens en eux-mêmes qui amène ce malheur ; mais quand on est paré d'une certaine manière > on

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(549) ne peut aller à pied , pour peu qu'on ait une course vin peu longue à faire ; on ne peut s'occuper de certains détails de son commerce 9 et en quelques momens 9 la dépense d'une maison se trouve centuplée , sans que son crédit s'augmente ; car on se défie naturellement des gens à qui l'on voit faire une dépense au-dessus de leurs forces , et ce n'est pas chez eux que l'on place ses fonds • on hésite même quelquefois à y acheter , parce que l'on présume que pour soutenir un tel ton , il faut des gains illicites, des marchandises inférieures en qualité à celles que partout ailleurs on vend le même prix.

Ajoutons que cet excès de parure chez une femme peut nuire à ses meeurs ; il la rend coquette 3 désireuse de plaire , et lui attire des complimens et des galanteries de la part d'hommes aussi bien parés qu'elle , mais qui, nés et élevés pour le rang qu'ils tiennent, l'ont bientôt dégoûtée de son mari. En général , on se prévient facilement contre une personne dont la toilette n'est point proportionnée à sa fortune ou à son état , et il est , en effet , presqu'impossible qvie cette personne remplisse fidèlement ses devoirs. « Que font la plupart

( 55o ) de ces femmes ? dit un de nos moralistes. Au sortir d'un lit', délices de la mollesse, où, sou§ prétexte de rattraper le sommeil fugitif, on a perdu la première et la plus précieuse partie du jour à courir après des songes légers , et qui , souvent interrompus, fatiguent plus que le travail , elles pensent à rajustement , à la parure , y consument plusieurs heures inutilement, et dans ces toilettes, où la vanité préside, tiennent une école quelquefois publique de mondanité et dïndécence. Après avoir paré l'idole de tout ce qu'on croit le plus propre à lui attirer des adorateurs, elles se promènent de compagnies en compagnies , d'où elles ne remportent que la vaine satisfaction de s'être montrées, et de croire qu'elles ont plû. Le reste de leurs journées, absorbé par le jeu ou par les spectacles, leur laisse à peine le temps de penser qu'elles ont une maison à conduire , des enfans à élever; et peut-on même croire qu'elles y pensent? »

Cornéiie , fille du grand Scipion , reçut chez elle une dame qui lui vanta ses bijoux. Cette dame en avait effectivement de magnifiques : Cornéiie, qui avait dans ses babils une simplicité bien contrastante, fit venir ses en-

( 35» ) fans , qu'elle avait élevés avec soin pour la

gloire de la patrie , et dit , en les montrant , voilà mes omemens et ma parure»

« Y a-t-il en effet au monde , s'écrie avec raison J.-J. Rousseau , un spectacle aussi touchant, aussi respectable , que celui d'une mère de famille entourée de ses enfans, réglant les travaux de ses domestiques , procurant à son mari une vie heureuse , et gouvernant sagement sa maison ? C'est là qu'elle se montre dans toute la dignité d'une honnête femme ; c'est là qu'elle impose vraiment du respect, et que la beauté partage avec honneur les hommages rendus à la vertu. Une maison dont la maîtresse est absente est un corps sans âme, qui bientôt tombe en corruption. Une femme hors de sa maison perd son plus grand lustre, et, dépouillée de ses vrais ornemens., elle se montre avec indécence. Si elle a un mari, que cherche - 1 - elle parmi les hommes ? si elle n'en a pas , comment s'expose-t-elle à rebuter, par un maintien peu modeste, celui qui serait tenté de le devenir ? Quoi qu'elle puisse faire , on seut qu'elle n'est pas à sa place en public. Partout on est persuadé qu'il n'y a point de bonnes mœurs pour les femmes hors

( 552 ) d'une Vie retirée et domestique ; que les paîsi^ blés soins de la famille et du ménage doivent faire leurs plus agréables occupations et leurs plus doux plaisirs, puisque c'est à cela principalement que la nature les a destinées. »

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