ART. IX
Ainsi que les garçons, les jeunes filles du peuple seront élevées gratuitement. •• On pourvoira aux dépenses de leur enseignement par les mêmes moyens que nous avons indiqués à Farticle précédent. On y fera, en outre, travailler les enfants, et le profit de leur travail sera affecté aux besoins de la maison.
Art* X.
Toutes les facultés sont abolies.
Art, XI.
Outre lès maisons d'éducation ci-dessus dénom-
mées, on établira des oui^rotrileplas qu'on pourra, et dans lesquels on enseignera différentes choses aux jeunes filles**., à la condition expresse qu'après qu^elles auront appris à travailler, elles continueront à y travailler pour rien , pendant deux ans au moins. Par ce moyen les sœurs, directrices de Tœuvre, pourront faire une concurrence avantageuse aux ouvrières de Tendroit.
Outre les ressources que nous venons d'indiquer, on s'en procurera de plus grandes en excitant la charité publique. •• Cette dernière besogne regarde spécialement les prédicateurs-comédiens et les confesseurs affiliés à la Compagnie de Jésus.
Fait au Pandemonium, Tan de damnation 1845»
Pour copie conforme,
Grand'Tnaitre de t université. . . jésuitique.
Tel est le règlement que vous suivrez , mes enfants^ si vous parvenez jamais à vous emparer de renseignement public.
Voici maintenant le programme des études qu'on doit adopter dans vos écoles*
Enseignement primaire de garçons.
Cet enseignement se composera :
De Tétude de la grammaire , qu'on fera apprendre par cœur aux élèves-
Auteur. — Lhomond, corrigé, revu et dénaturé par un membre de la Compagnie de Jésus, et édité par les Jésuites.
La lecture, Técriture et le dessin linéaire.
Méthodes. — N'importe lesquelles, pourvu qu'elles ne soient pas noui^elles et qu'elles aient été composées , imprimées , et surtout éditées par les Jésuites.
L'histoire de France et la géographie, auteur, le père Loriquet. Ainsi que les précédents, ces livres doivent être édités par la G)mpagnie de Jésus.
Il est défendu de vendre ces livres aux élèves au
prix ordinaire de la librairie^ des ouvrages composés par des auteurs catholiques ne sauraient être comparés à ceux composés par les membres de cette école de pestilence qu^oii appelle l'Université. On les vendra donc à 50 p. 0/0 au-dessus du prix ^ la G)mpagnie de Jésus, n'éditant ces ouvrages que pour propager la religion , se contentera de gagner dans ses opéralions de librairie la bagatelle de 500 pour 100 (1). Aux jeunes filles qui iront à l'école des sœurs, on apprendra à tricoter, à faire de petites croix et autres niaiseries mystiques, à lire tant bien que mal, et à griffonner leur nom ; mais on aura soin de leur apprendre à chanter des cantiques.
Enseignement secondaire. — Gardons.
L'enseignement secondaire des garçons confiés aux
(I) \a grammaire que font suivre les frères ignorantins de Toulouse ne coûte que 14 cent, de fabrication , par exem- I)laire, vu le grand nombre auquel elle est imprimée. Clichée, <'l)e n'en coùteraU que 12. Les bons frères la vendent 75 cent. IVxivnplaire. 11 est vrai qu'on nedébite que 4 ou 500,001) exemplaires (le cette grammaire par an.. . O ^ïiix'xit chrétienne^ que de miracles lu fais!
soins de maîtres de la Congrégation sera exactement lè même que par le passé.. • seulement, comme il n'y aura plus de collèges royaux qui fassent la concurrence, ni de facultés pour faire dés bacheliers, on négligera un peu les lettres , les sciences et les arts, et on cherchera autant qiie possible à dévelop^ per les vocations.
Cependant, si les parents l'exigent, on développera en même temps les forces physiques des jeunes gens; à cet eflfet, on pourra leur apprendre à boxer, à jouer de la savate , et autres exercices de même nature.
Les principales choses enseignées dans les petits séminaires seront : les Ecritures Saintes et les écrits des saints Pères de l'Eglise, — le tout revu, corrigé, mutilé, replâtré et dénaturé par des Jésuites, et édité par la Compagnie de Jésus. . . Il faut que les séminaires répondent dignement au nom qu'ils portent (l).
Les professeurs de pugilat seront tous des enfants
H) Le mot séminaire vient du mot hlin semen, semence, graine Les séminaires ont été créés par les Jésuites ; donc, le mot séminaire signifie : Serre chaude où se conserve et sç dévelopité la graine de Jéeuites.
de la perfide Albion^ on choisii;^, pour mai 1res de savate , les personnes qui auront souffert par la justice. Tous les autres professeurs seront des Jésuites ) des membres bien pensants du clergé, ou des frères cafards bien notés par les socius.
Aux jeunes demoiselles qu'on élèvera chez les dames du Sacré-Cœur et autres dames blanches , noires ou grises, sous le patronage de la Compagnie de Jésus, on enseignera la lecture, la géographie, la broderie, la grammaire et Ihypocrisie^ on insistera sur la dernière de ces connaissances , sauf à passer légèrement sur les autres.
Le dessin, la musique et la danse, y seront aussi enseignés. La polka elle-même nescrapas négligée, pourvu qu'elle soit enseignée d'une manière catholique et par un maître choisi parmi les frères mondains.
Les livres suivis dans les établissements - des femmes seront, ainsi que tous ceux des écoles des garçons, composés par des Jésuites, et édités par la Compagnie de Jésus.
S'il manquait des fonds pour subvenir aux frais de quelques établissements r^puyeaux , on fera v^n
appel aux âmes charitables des vieux pêcheurs et à celles des vieilles pécheresses qui croient m'échapper en donnant leurs écus à la Congrégation et autres établissements dirigés par le clergé bien pensant
On pourra encore se servir du produitdes dots de différentes folles ou des nombreuses égoïstes qui, croyant échapper aux misères de ce monde, vont s*enterrer vivantes dans ces réservoirs dUdiotisme et d'hypocrisie qu'on appelle communautés... Enfin, on aura encore les sommes résultant de la charité publique , que tout Jésuite ensoutané doit avoir le soin de réchauffer dans le confessionnal et dans la chaire du saint esprit, et le produit de la vente des reliques, évalué à plusieurs millions (l).
Les Jésuitesses recevront en outre, à titre de gra-
(1) L'exhibition de la trait tunique de Jésus a déjà produit plusieurs millions ! La vente des guenilles touehéet à cette tunique produira bien davantage. — Maintenant que nous avons une tête de clou, nous pourrons vendre une grande quantité de ferraille !!!..•• Que Ton dise après que nous n^entendons rien aux affaires du commerce et de Vinduêtrie!!!,,. Yive la Compagnie pour changer les drogues en boni écus
sonnants!!!
ff
tification, six pour cent sur les dots de toutes les demoiselles riches, élevées dans leurs établissements, qu'elles parviendront à marier convenablement et surtout saintement ; c'est-à-dire avec des frères cafards ou avec des frères mondains recommandés par mon lieutenant ou par quelque officier supérieur de la G)mpagnie de Jésus.
iVbm. — Comme il est bon de donner aux jeu-
nés personnes élevées pour le monde une teinture
des belles-lettres et du bon goût littéraire, on leur
fera lire^ pendant qu'elles seront en pension , les
Mémoires de la sainte Vierge, dictés par elle-même à la pudique et brillante plume de votre seigneur l'évêque de.... vous savez qui je veux dire.
La lecture de ce livre, aussi bon, par le fond que par la forme , contribuera , je l'espère , à donner aiix jeunes demoiselles une haute idée de la mère de Jésus, considérée comme bas-bleuy et de la grandeur àe votre Seigneur considéré comme prélat. Lorsqu'on fera une nouvelle édition de cet ouvragé édifiant i j'y apposerai ma grifiFe et l'annoterai; peut-être y mettrai-je une préface, mon portrait et
monyac simile à côté de celui de sa grandeur.
Ce livre peut aussi être donné en prix aux jeunes demoiselles qui se seront distinguées par leurs manières évaporées.... Des ouvrages pareils ne sauraient être trop répandus, si Ton veut élever des demoiselles dignes de la Compagnie de Jésus et de moi.
Fait au Pandemonium, Tan de dépravation 1845.
Pour copie conforme,
Le secrétaire du conseil infernal de rinstmction publique^
AUX FRÈRES ÉTEIGNEVRS.
Comment il faudra manœuvrer pour remplir les ëaoles de la Oongrëgatîon et antres établissements CATHOU^2iniS| d'élèves des deux sexes, en attendant qu'on aît enlevé la loi tel!e qu*îl la faut aux Jésuites.
Donnez à Dieu ce qui ap- Donnez-nous ce qui ap->
partient à Dieu, et à César ce partient à Dieu et ce qui ap-
qui appartient à César. partient à César.
Ji^sus-CnnisT. les jésuites.
Vous avez voire règlement unwersitario jesui" ticOj voire programme des études idem -, mais ce règlement et ce programme ne pourront vous servir que lorsque la loi sur la liberté de renseignement aura passé telle que vous la désirez.
Or, il faut viWe en attendant ] il ne faut pas que Tos écoles chôment et que vos séminaires restent sans graine.. •• Ne faut-il pas que vous développiez des vocations?
Voilà pourquoi je vous engage à lire attentivement ce chapitre et à bien suivre mon raisonnement.
Qui tient la mère tient le père; car bien que les hommes soient censés commander, ce sont les femmes qui commandent. Or, qui tient la mère et le père tient nécessairement les enfants.
Serpents! vous tenez les mères, aussi sûr que je suis un honnête homme et que vous n'êtes que des fripons.
Voici comment :
Entre vous et les prêtres dont vous avez fait vos esclaves en servant leur insatiable ambition, vous possédez des milliers de confessionnaux, auxquels accourent, par centaines de milliers, les filles et les femmes. Là, vous et vos commis, au lieu de vous occuper du salut des âmes, vous vous occupez de vos affaires et parfois de vos plaisirs.
Une femme s'agenouille devant votre grille , elle dit son Conjiteor.
— Mon Père! dit-elle, je m^accuse d'avoir négligé mes devoirs religieux pendant trois semaines.
— ^ Comment ! ma fille, vous n'avez pas pratiqué
pendant tout ce temps ?.•••
— C'est que les devoirs de mon ménage, que la maladie de mon enfant, que Tëducation de ma fille, m'en ont empêchée, vous répond la pauvre mère, croyant que Dieu prendra en décharge de ses péchés les soins qu'elle se donne pour rendre son mari heureux, pour soigner son enfant et pour élever sa fille! Point.
— Le premier devoir, ma fille, lui répondezvous d'un ton entre sévère et mielleux, le premier devoir, c'est de pratiquer... Je comprends, poursuivez-Tous, que vous donniez tous vos soins à votre enfant malade, mais pourquoi perdre le temps à élever votre fille ?
— Et qui rélèvera, qui développera son intelligence, qui formera son cœur si je ne le fais pas?... s'écrie la pauvre mère...
— Ma fille, vous manquez de foi.... Servez Dieu, et Dieu ne vous abandonnera pas. Pourquoi n'en voyez-vous pas votre fille à l'école?
— Je l'ai fait, mon père \ mais nous ne sommes pas riches, et. . . .
— Toujours le même manque de foi en la Providence La charité chrétienne a songé à ceux
qui souffrent.. .. Pour les enfants du pauvre, elle a
institué des écoles Si vous m^aviez dit que vos
moyens ne vous permettaient pas d*élever votre enfant, j'aurai dit un mot à la supérieure des sœurs de la Charité, et j'ose affirmer que votre fille serait à cette heure digne de tous les soins qu'on lui aurait prodigués.
— Mais, mon père ! je ne sais pas si mon mari voudra consentir à envoyer sa fille chez les sœurs....
— - Votre mari doit être obéi, sans doute, ma fille, mais Dieu doit être obéi avant votre mari. Or, Dieu, en vous donnant des enfants, vous a rendue responsable, non-seulement de leur bien-être dans ce monde, mais encore et surtout du salut de leur âme. ... Et votre fils, qu'en faites-vous ?
— Mon fils va au collège, mon père.
— - Au collège! Tant pis... Mais vous payez pour renvoyer là ?
— - Peu de chose, mon père, 90 francs par an....
*— Ce n'est pas beaucoup, en effet, mais c'est encore trop pour corrompre son âme.
-^ Comment! mon père^ mais au collège on
donne une bonne éducation Des professeurs
éprouvés sont chargés de toutes les classes ^ TUniversité n^épargne rien j)our renseignement, et...»
— L'Université est une école de pestilence, mon enfant; les doctrines de ses professeurs sont pernicieuses*, les mœurs sont excessivement relâchées dans les collèges ; l'éducation y est confiée à des hommes du monde généralement remplis de vices.». O ma fille! je souffre vraiment à la pensée de savoir Tenfant d'une mère pieuse et bonne catholique dans une école où, sans l'instruire, on corrompra ses bons instincts.... où, au lieu d'en faire un chrétien, on en fera un athée, où l'on desséchera son âme en y éteignant toute idée chrétienne. »
Pendant cette tirade, votre pénitente a frisonne ; elle a eu peur pour son fils \ elle craignait déjà pour sa fille. Mais comment faire ? 90 francs sont peu de chose ; qui prendrait son fils pour si peu? Mais vous avez vu ces angoisses, ces incertitudes, ces désirs de la pauvre mère \ habitué à lire dans la physionomie des gens, vous avez tout compris.... Vous
savez que vous n*avez qu'un mot à dire pour enlever ces enfants et les mettre entre les mains de la Con-
grëgation
— Ma fille, reprenez-îvous, il ne faut pas vous décourager. Dieu vient toujours en aide aux siens.... Voulez- vous me confier le soin de placer vos enfants comme il convient à une mère chrétienne de le faire?... Allons! mon enfant, la queslion d'argent ne sera pas un inconvénient. Voulezvous me confier le salut de vos enfants comme \ oiis m'avez confié le vôtre ? »
Que voulez-vous que réjponde une femme qui est voire pénitente? Elle accepte....
Vous lui donnez Tabsolulion; vous l'autorisez à s'approcher de la sainte table.... non parce qu'elle a fait une bonne confession, non parce qu'elle s'est approchée du tribunal de là pénitence, l'âme émue de contrition, mais parce qu'elle a livré deux enfants que Dieu l'a chargée d'élever : Tun, en homme éclairé, prêt à servir sa patrie de son cœur et de son intelligence; l'autre, en épouse chaste, en mère zélée, en citoyenne d'une grande riatioi). De ces èh-
fants vous ferez deux membres ou deux instruments de la Compagnie de Jésus !
Voilà comment vous agirez envers les pauvres dont vous enverrez les enfants comme externes au séminaire, ou comme apprenties chez les sœurs de Charité, où on leur enseignera ce que je vous ai indiqué dans le programme que vous avez déjà vu.
Vous agirez de niême envers les riches, seulement vous renforcerez vos calomnies contre Ttlniversite;... et dès que vous aurez les enfants, vous mettrez les garçons pensionnaires dans Tune des écoles de la Congrégation, et les filles chez les aames du Sacré-Cœur, ou cBez^les dames grises, blanches, noires ou bleues, n'imjjorte, pourvu que vous jes mettiez dans un pensionnat dirigé par de bonnes sœurs, sous la surveillance et sous l'influence immédiate de la Compagnie de Jésus.
En attendant que vous ayez la liberté de vous emparer exclusivement de l'enseignement, calomniez les professeurs de l'Université auprès des parents^ et dénoncez-les o^c/ew5em<?n/ auprès de leurs supérieurs... Calomniez et dénoncez surtout ceux
qui ont du talent, afin de les faire destituer^ sauf à les em;?/orer vous-mêmes dans vos institutions ca« tholiques, après que vous les aurez convertis j moyennant de bons appointements et une bonne re* traite assurée après cinq ans de sen^ice (l).
Maintenant, comme on a les yeux sur vous, je vous conseille d*étre prudents ^ au moins tant que vous n aurez pas gagné votre procès ^ c^est-à-dire tant que vous n'aurez pas réussi à bien encagoter ou hien jésuitifier la France et l'Algérie 5... car, entre nous, on pourrait bien vous reprocher quelques />eccadilles et même quelques beaux rôles dramatiques joués par vous, ou par les vôtres^ dans les cours d'as« sises. •• Et certes, dans ce siècle de corruption el de scepticisme^ on se moquerait de vous si vous répondiez à toutes les accusations qu'on pourrait justement porter contre vous.
(i) Deux professeurs assez distingués de rUaiversité ont été dénoncés, calomniés, puis convertis et enrôlés par les Jésuites au commencement de la présente année scolaire... Voyez note (1), p. 91.
(c Hélas ! Seigneur Jésus ! nous sommes de misérables pécheurs!»
Quoiqu'en disant cela vous disiez la vérité , Ton ne vous croirait pas, accoutumé que Ton est à vous entendre toujours mentir. Puis> moi qui vous connais 9 je pourrais, si vous n^étiez mes enfants , dire que, depuis cinquante ans environ que l'Université existe, pas un membre de ce corps, que vous calomniez si lâchement, n*est allé s'asseoir sur la sellette des cours d'assises, tandis qu'en moins de vingt ans plus de soixante des vôtres ont eu la maladresse de se faire condamner aux galères pour cinq^ dix et vingt ans, et même in œternum, innocemment^ sans doute, pour faux en écritures publiques, vols, attentats à la pudeur , meurtres , assassinats , et autres bagatelles pareilles j moi seul, si j'en étais capable, dirais que vos escroqueries , vos abus de confiance, vos supercheries et vos friponneries sont innombrables depuis que j ai eu la mauvaise pensée de vous créera seul , si j'étais diable à démasquer mes meilleurs agents d'affaires , je pourrais prouver que vous avez sacrifié à vos hideux penchants,
non-seulement des femmes et des filles du monde, mais des épouses de Jésus-Christ, que vous appelez votre maître, de saintes récluses que vous étiez chargés de conduire dans la voie du salut;
Seul , je pourrais nommer les coupables, dont quelques-uns sont aujourd'hui à la tête de l'enseignement : je pourrais même désigner les cours d'assises qui les ont condamnés.
Seul, je pourrais*,... mais,... est-ce que vous avez déjà peur? ne craignez rien , mes agneaux , je ne dirai rien*,... les journaux judiciaires en ont dit assez ^ les dossiers des greffes criminels n'en savent que trop... A quoi servirait au monde d'apprendre que c'est à Toulouse, à Grenoble, à Agen, à Castres, à Angouléme et en mille autres lieux que le ministère public a chanté les prouesses de mes enfants?
A rien, si ce n'est à vous empêcher de poursuivre avec fruit l'œuvre aencagotement et d'abrutissement que vous avez entreprise depuis long-temps au profit de l'espèce humaine.... Aussi je me tais. Et, moi aidant, vous réussirez à mener à fin votre ténébreuse mission. A moins , toute lois, (jue Dieu,
fatigué de vos iniquités, ne fasse pleuvoir le feu du ciel sur vos maisons comme sur Sodome et Goh" morrah^ ou qu'il daigne envoyer dans vos repaires l'ange exterminateur !
AUX. FRERKS WLOXBAIS»,
Quand on est aimé d'une belle femme, on se tire* toujours d'affaire dans ce monde. — Zadig, Voltaieb.
 TOUS maintenant , sangsues des peuples , cau'^ chemar des rois, peste de Tespèce humaine ; à vous, exploitateurs de toutes les opinions et de toutes les faiblesses^ propagateurs des sept pécliés capitaux ; à vous hommes de toutes les couleurs, frères mondains, c^est à vous que je veux parler.
Écoutez-moi attentivement, mes agneaux.
Car, ainsi que les frères ensoutanés et les frères cafards, vous avez droit à mes bons conseils ; comme eux , vous êtes la chair de ma chair et les os de mes os ; ni plus ni moins que les dames de Vœuy^re
et autres saintes Jésiutesses que ma pudeur m*enpèche de nommer.. ••
C'est à vous, mes enfants, que sont réservées les plus importantes opérations de V Ordre et les travaux les plus variés; mais aussi c'est pour vous que Dieu a fait les hommes et les femmes, — pour vous que Ton a inventé les places et les honneurs, les sinécures et les actions des chemins de fer.
Peuples et rois tie sont-ils pas vos esclaves-nés?
Vos travaux seront rudes et nombreux, il est vrai; mais aussi votre règne sera long et prospère. N'at-il pas pour base la folie des grands et la vanité des sots?
Or, sachez-]e bien, mes agneaux ! la folie des grands durera autant que le monde, et,
« Depuis Adam^ les sois sont en majorité l »
Ainsi donc, croissez et multipliez, mes vipères, la O)ngrégation ne saurait se passer de vous... et ne craignez pas qu'elle vous soit ingrate \ chacun de vous sera récompensé selon ses œuvres : à chacun il sera donné selon son adresse. ••
Marchez et répandez-vous dans le monde, ainsi
^ivraie se répand entre les épis datiS un champ de blé.
Lft Cômi)agnie dé Tésus veut régner sur les peuples et sur les rois; or, les peuples et les rois sont soumis a l'ifiiluèncedês femmes. Gagnez les femmes, liiès agnèaùL^ Pour y parvenir, tous les moyens sont bons. i( Ik âh ne justiâe-t-elle pas toujours les moyens ? »
Si vous Pàidez, la Compagnie de Jésus vous aidera, et môi aussi... ; car qui sert la Compagnie mè sert.
Voici comme il faut manœuvrer pour vous insinuer dans Tesprlt des Femmes :
D'abord voiis adopterez une mise excentrique et assez exagérée \ cela vous donnera un air original. Or, les femmes, à peu d'exceptions près, adorent les originalités — qu'elles prennent souvent pour de la distinction.. • Il y a si peu de femmes de bon goût.
N'affectez pas de paraître riches ; c^la vous obligerait à vous montrer généreux. Quoiqu'il lui sôit
toujours permis de recevoir^ un Jésuite ne doit jamais rien dontiëK
Cependant, s'il s^agiasait de gagner le cœur d'une femme in/Iuentej qui puisse être très-util# à la G>ngrégationy vous pourriez hasarder quelques petits écus^ soit pour gagner ses serviteurs, soit pour faire connaissance avec celui qui devra vous présen*^ ter à elle, soit enfin pour satisfaire chevaleresque^ ment quelques-uns de ses caprices : dans ce cas-là, vous tiendrez compte de vos dépenses, afin de vous faire rembourser par la O)ngrégation, -* et n'oubliez pas de vous faire payer les intérêts des sommes que vous aurez avancées.
Apprenez un peu de musique, assez pour chanter, pas trop mal, quelques romances à la mode : ceci est de première nécessité, si vous ne voulez passer pour des niais ou pour des malappris. Qui ne sait chanter des romances au temps où nous vivons? Avec une voix un peu ténor ^ vous plairez généralement aux femmes ; car la plupart des filles d'Eve commencent à pécher par les oreilles.
Si vous savez faire des vers, cela ne gâtera rien ; les femmes aiment beaucoup les poètes. — Il y a tant de poésie dans le cœur des femmes !
Cependant, si tous ne savez pas rimer, vous ferez rimer par un ami et vous signerez : vous ne serez-pas le premier à qui cet expédient aura parfaitement réussi.
Si vous avez le teint blanc et fleuri, lavez-vous avec une dissolution, légèrement acide, de brou de noix \ cela vous donnera une teinte moricaudhronié^ Les femmes connaisseurs adorent les moricauds.... Rapportez-vous à mon expérience 5 — une de nos sœurs m'a assuré qu'elle n'avait jamais trouvé de tièdes amours sous cette couleur-là*
Faites-vous couper les cheveux ras, ou ne vous les faites pas couper du tout. Ces deux coiffures plaisent également aux femmes. Dans l'homme aux longs cheveux elles révent un Santson ou un artiste^ dans l'homme ras to/zé/u elles verront infailliblement un carlin ou un conspirateur achevé*.. Or, les femmes n'aiment rien tant que la /orce, les arts et les conspirations.
Ne parlez jamais trop de vous-mêmes devant les femmes \ parlez beaucoup d'elles et de leurs chiffons* En agissant ainsi vouslevir deyiefidrez indispensables*!
Elles commenceront par prendre goût à vos flatteries ) puis, comme vous saurez admirablement caresser tous leurs dadas^ elles contracteront la douce habitude de vous voir et de vous entendre, et» tt comme Thâbitude est une seconde nature, » il arrivera un jour où elles auront la migraine si elles ne vous ont vus*
A dater de ce jour vous ne parierez plus déciles, mais de vous \ c'e^t le moment de les soumettre à votre volonté et d*en faire les instruments de la Com« pagnie de Jésus et le marchepied de votre fortune.
Ne parlez jamais d^âge devant les dames qui ont franchi la trentaine; si vous parlez à de jeunes filles âgées de 15 à 16 ans, soutenez effrontément qu'elles o7i£ T air d^ en avoir dix-huit, tant elles sont ^ Selles et bien formées.
N'oubliez pas, mes agneaux, qu'autant une femme "^aite tient à ne jamais dépasser vingt*cinq ans, utant une jeune personne, âgée de moins de dixiuit printemps^ tient à paraître cet âge-là et à y ester jusqu'à ce qu'elle ait acquis le droit de s'apeler Madame.
•^yg^imr ikv I •-"
Outre les sept péchés, vous trouverez chez les femines une coquetterie très-variée, lin immense besoin d'aimer et une jalousie bien àiî-dessus clé celle qui ih^a fait mettre à la porte du ciel. ..
Lés jeunes femmes laides, les vieilles filles et la plupart des veuves, sont tourmentées par la coquetterie. Le besoin d'aimer ne se fait sentir que chez quelques très-jeùnes personnes qui n'ont pas été élevées au couvent, et chez quelques femmes d'élite —excessivement rares. — La jalousie les tourmente toutes indistinctement.
Tout frère mondain, qui voudra tirer bon parti des femmes, doit bien connaître et bien savoir exploiter ces trois péchés, aussi bien que les sept p^^chés capitaux dont le troisième, le cinquième^ le sixième et le septième surtout ont une grande influence chez le beau sexe.
Ainsi, mes vipères^ parlez aux veuves dé chiffons et de leurs défunts ; aux jeunes filles parlez d'amour et laissez entrevoir iin mari déguisé sous la peau d'un séducteur. Aux femmes eu général, parlez înal de leurs meilleures amies,
Vous trouverez souvent des femmes qui ont la manie de se faire plus vieilles qu'elles ne le sont en effet; méfiez-vous-en, mes agneaux. La femme qui agit ainsi est une coquette renforcée ; elle veut vous tirer les vers du nez^ comme l'on dit. A une telle femme, répondez effrontément. « Vous ! cet âge-là? Cest impossible ! On vous donnerait à peine vingts cinq a725.)iLes veuves et les femmes mariées adorent le nombre vingt*cinq jusqu'à la quarantaine et audelà...
Si vous parliez à une demoiselle un peu mûre^ faites semblant de ne pas Tentendre, et allez-vousen. •• Que diable voudriez- vous dire à une vieille fille ?••• Des galanteries? Il vous en faudrait joliment pour la contenter. . .
Une femme que vous aurez rajeunie d'une douzaine d'années vous sera dévouée... mais tout-àfait déi^ouée.., ; si elle est mariée, elle vous protêt géra — et vous fera protéger par son mari!!! si elle est veuve > ou vieille demoiselle, un peu verte encore, elle est capable de vous épouser, et de vous donner tout son bien par contrat. Quand même
vous auriez la bourse TÎde et un physique aussi laid que M. Paul Foucher ou M. Pierre Leroux 5 quand même on lirait : Père inconnu sur votre extrait de naissance.
Il y a des femmes qui ont le bon goût de se parer comme une devanture de marchand de nouveautés* Ces femmes-là ont généralement la modestie de demander à tout venant :
« Comment trouvez-vous cette robe? Que pensezvous de ce châle ? »
 d^aussi insidieuses questions, répondes sans balancer :
(c Cette robe? mais elle est charmante... puis, elle vous va à ravir. , . Votre châle est délicieux , il vous drape on ne peut mieux... Vous avez là un petit chapeau qui vous va. • . , oh ! mais il vous va !.. . Çest étonnant comme vous êtes belle dans ce costume-là... Il y a réellement du style et de làpoésio dans tout ce que vous portez !!... »
Puis, estimez chaque colifichet dix fois, vingt fois plus quUl ne vaut*, demandez Tadresse des marchands qui ont vendu toutes ces drogues^ et
prétendez que ces adresses sont pour une dame qui a un goût exquis, qui désire se servir des mêmes marchands.
A toutes ces flagorneries, vous ajouterez d*un air galant :
« Vous pouvez bien mé dire le nom de vos fournisseurs ; la dame dont je vous parle a bien du ^oût, il est vrai; mais elle n'a ni votre grâce, ni ce/e ne sais quoi qui donne tant de valeur et tant d'attrait à tout ce que vous portez*. # »
Je veux devenir cocher d'omnibus, ou memt)re de TÂcadémie, si vous ne devenez Y enfant gâté de la dite dame, fussiez-vous aussi pauvre que Job, aussi ignorant qu'une carpe, et aussi poltron que les partisans de V entente cordiale.
Vous rencontrerez souvent des femmes qui ont la manie de trouver toutes leurs amies charmantes,. » Ces femmes sont de vraies vipères \ méfiez-vous-en. Toute femme qui dit du bien d^une autre femme devant vous vous tend un piège. Elle veut vous frapper avec une épée à deux tranchants... Elle veut vous forcer à la contredire , cfadse qii'elle ne vous
pardonnerait pas *, ou tous obliger à trouver jolie une autre qu'elle, ce qui vous rendrait détestable à ses yeux. Pour vous tirer d'affaire en homme d'esprit, dans des cas pareils, je ne connais qu'un moyen : c'est de contenter la vanité de votre interlocutrice âans exciter sa jalousie. Ainsi , lorsqu'une femme vous dira, en parlant d'une autre :
a Elle est hien jolie ^ n'est-ce pas? »
Vous ajouterez immédiatement :
« Elle est délicieusement jolie. •• »
Mais^ comme à ces mots votre jalouse froncera le sourcil — • tout en feignant de sourire, vous répondrez aussitôt :
« Elle est très-jolie et d'un caractère charmant... MAIS j'en connais qui sont mieux et dont le carac« tère est plus charmant encore!.,. »
Ces derniers mots doivent être dits avec inten* tion»*.
Quelques instants après, vous reprendrez :
c<Queldommagequ'e//eaitles épaules si hautes !«; Savez*>vous que si elle avait \epied un peu pUis petit, et la main plus aiistocratique^ elle ne 3erait pas
trop mal?... Ne trouvez-vous pas que sc^s cheveux roux rendent disgracieux son beau visage brun ?. . . î» Si vous pariez à une femme qui a le front haut, faites^ des fronts bas ; si celle à qui vous parlez a les yeux noirs y méprisez les yeux gris et même les J/eiw^enfin, si les yeux de celle que vous voulez gagner sont petits et ronds comme ceux d'un écureuil 5 déclarez que vous avez en horreur ces yeux grands comme de grandes portes cocher es.
Ces précautions pourraient ne pas vous suffire, mes agneaux-, car vous pourriez avoir affaire à une femme entêtée, qui, ne fût-ce que par esprit de contradiction, vous appelât mauvaises langues.
Alors , posez-vous de manière à la regarder en trois quarts-^ et, sans vous déconcerter, ripostez :
(( Eh! mon Dieu! vous êtes injuste.. ..Est-ce ma faute, à moi, si le bonheur de vous voir m*a rendu si difficile en matière de beauté? »
Ce dernier tour m'a valu plus d'un succès , mes
petits serpents.
Si la femme dont on parle est parfaitement belle, ce qui peut arriver, cherchez à découvrir en elle
quelque infii^mité^ si elle n'en a point, supposez-la et dénoncez-la à celle que vous voudrez flatter* Le plus agréable présent que vous puissiez faire à u»e femme est la découverte d'une infirmité chez sa rivale. Rivale est le mot , car les femmes, lorsqu'elles ^aiment beaucoup, se délestent cordialement.
Par ces moyens, vous courrez deux lics^res à la fois , c'est-à-dire deux femmes dont je vous conseille d'épouser la plus riche et de séduire l'autre.... La Congrégation n'en sera que mieux servie.—Femme ou maîtresse, on confie à celui que l'on aime bien des petits secrets que l'on cache à son confesseur....
En quittant celle que vous voulez épouser , allez vi te trou ver celle que vous voulez sédui re et don t votre langue vipérine a dit mille lioneurs-j dites-lui mille horreurs de celle que vous venez de quitter.... et ajoutez, en lui serrant la main, si elle vous la laisse prendre :
ce Que vous êtes belle ! que de poésie dans votre cœur!!! etc., etc., etc. »
Quand une femme est tourmentée du besoin d'aimer , elle est polir ainsi dire à moitié séduite.
Il y aurait grande lâcheté de votre part à ne pas jouer franc jeu avec une femme aimante^ la tromper serait une infamie, même chez un Jésuite.
Aimer est un péché si doux , il fait tant d'honneur aux femmes et justifie tant de cho es chez elles, que j'ai ordonné à tous mes fonctionnaires de traiter avec toutes sortes d'égards celles qui, par suite de ce péché-là, seraient condamnées à passer leur éternité chez nous. Aussi, comme ni vous ni la Congrégation ne pourriez rien gagner avec ces femmes-là, je vous conseille de les abandonner aux hommes de bien.
Auprès de toutes les autres, rampez comme d'immondes reptiles que vous êtes.... et plus elles seront influentes , plus vous ramperez. Cela ne vous empêchera pas de devenir leur maître et de les enrôler dans la Congrégation en qualité de sœurs. instruments.
Mais ne les contrariez jamais si vous voulez faire voire volonté. Dites toujours amen\ autrement vous passerez pour des tyrans et vous serez de vrais e^clav^csi tandis que, si vous suivez mes conseils, elles
vous tiendront pour des cœurs d'or, pour des âmes d'élite, pour des hommes comme on n'en fait plus; et vous pourrez mieux les exploiter au profit de la Congrégation et en faire les instruments de votre fortune et de vos plaisirs.
Si plus lard, lorsque vous serez parvenus à vos fins, et quand la Congrégation en aura tiré toute l'utilité qu'elle en peut tirer, votre femme ou votre maîtresse vous ennuie, sacrifiez-la... Tant pis pour elle si elle a eu la naïveté d'aimer un Jésuite. Est-ce qu'un Jésuite doit aimer quelque chose ? Il ne manquerait que cela vraiment !
Cependant, si vous devenez réellement amoureux, ce dont mon secrétaire Bélial vous préserve à tout jamais — si, dis-je, vous aimez une femme, veillez sur elle ; si elle s'égare, pleurez. Si elle vous aime, cela suffira pour la ramener dans le droit chemin. Dans le cas contraire, souffrez. Vous n'avez pas autre chose à faire.
Heureusement, vous n'aimerez pas et vous ferez bien ; vous n'en serez que plus aimés : car, ainsi que la fortune, l'amour est capricieux et ne se donne pas toujours à celui qui le mérite.
Maintenant, je laisse à votre mauvais instinct et à votre nature perverse le soin de vous éclairer sur certains petits détails qu'il serait trop long de consigner ici. Le peu que je vous ai dit sur Tart de tromper les filles d'Eve vous suffira pour vous rendre utiles à la Congrégation, qui ne vous demande autre chose que quelques instruments passifs. Or, il vous sera facile de contenter la Congrégation, pour peu que chacun de vous ait cinq ou six amies intimes dont il puisse disposer à son gré.
Mais tout travail mérite son salaire, c'est pourquoi je vous conseille de vous marier ; seulement autant que faire se pourra.
K'époustt pas des jeunes filles sans dot, sous peine d'avoir une postérité plus nombreuse que celle d'Abraham \
Ni des jeunes demoiselles trop innocentes qui ne font que sortir du cou^ent^ sous peine d'être..... ô! mes agneaux, vous ne savez pas toutes les choses que les jeunes filles apprennent au couvent!..
Ni des jeunes filles qui ont un air de sainte ny touche, sous peine de devenir l'éditeur responsable
d'une foule d'œuvres inédites et anonymes de madame!,».
Ni des demoiselles âgées de trente ans avoués; car vous risqueriez fort d'épouser un demi-siècle incarné; et quant au caractère, autant vaudrait épouser ma femme, si elle était veuve;
Ni des veuves qui aient des enfants du défunt; je veux bien vous voir mariés, mais je ne vois pas la nécessité d'être appelé pa^a, le lendemain de vos noces 9 par un grand gaillard à moustaches ou par un étudiant de troisième année;
Ni des vieilles dévotes, à moins que vous ne désiriez vivre en enfer avant de venir chez moi;
Enfin, n'épousez qu'uiie riche dot, laquelle vous aurez la précaution de vous faire assurer par contrat^ avec ou sans succession ; car aujourd'hui pas un homme d'esprit ne doit se marier autrement*
C'est bien le moins qu^un galant homme, qui appartient à la Compagnie de Jésus, puisse payer ses dettes en se mariant
EMCOlMfi AVJL FRKnES MOWI>AIMIS<
Où et comment ces frères doivent chercher à se marier.
Il est bon à rhomhie de ne II est bon aux frères mon-
pas se marier. dnins de se marier au plus
Saint Paul. vite quand ils trouvent une
1" aux Corinthiens. bonne dot à épouser.
Satan.
Or, si vous voulez trouver une bonne dot à épouser, il faut hanter les salons, mes agneaux.... Mais à propos ! savez-vous ce que c'est qu'un salon ?
C'est une espèce de bazar où les mamans mènent leurs demoiselles, non pour les vendre, mais pour leur chercher un mari — à acheter.... Vous saurez, mes enfants, que les maris sont à la hausse depuis que tant de mariages se font au treizième arrondissement.
C'est dans les salons que vous trouverez femmes, veuves et filles à marier : des brunes et des blondes ^ des laides et des jolies ; des jeunes et des vieilles, et même des cartonnées *, mais chacune paie son prix. Ainsi donc, ni Tâge, ni la beauté, ni la couleur ne font rien : la dot nivelle tout.
Pourtant, si j'étais vous, je me contenterais d'une jeune fille, pourvu qu'elle ne fût pas trop vieille, et que ses parents voulussent y mettre le prix.
Je dois vous prévenir que les jeuoes filles rougiront si vous les regardez, et oserant à peine lever les yeux sur vous 5 mais ne vous y fiez pas ; elles savent toutes regarder en dessous.
Si elles se hasardent à vous parler, c'est-à-dire à vous répondre un oui ou un non, monsieur, ce sera toujours avec un sourire plein de modestie!... Ne soyez pas la dupe de ce jeu-là, mes petits serpents ; leur rougeur est de la pudeur de commande.... Croyez bien que chacune d'elles rêve un mari, ni plus ni moins qu'un avare rêve des trésors, un journaliste les sédiictions du gouvernement, et moi
la perte d'un évéque in partibus ou d'un cardinal* légat.
Quant à leur sourire, on dirait qu'il est stéréotypé sur leurs lèi^res vermeilles 5 ce n'est pourtant qu'une réminiscence de pensionnat, la répétition d'une leçon de tenue de leur maître de danse... Ces timides enfants, qui n'osent pas vous regarder, sont de vraies filles d'Eve , qui se rongent les ongles en attendant le jour heureux où elles pourront, sans pécher, toucher à l'arhre de la science \ mais toutes ne sont pas également pressées.
Or, comme .plus une demoiselle est/ai^e, plus les parents sont disposés à bien payer leur gendre, je suis d'avis que vous cherchiez à découvrir, parmi les demoiselles mariables , celles qui sont le plus disposées à recevoir le septième sacrement^ vous les reconnaîtrez facilement : ce sont celles qui ont franchi la vingtaine. Vous les verrez toujours plus parées , plus enrubanées > plus serrées dans leur corset que les autres . Elles sont moins mijaurées i leurs yeux sont plus luisants , leur teint est moins frais, leurs lèvres ne sourient pas si souvent, mais elles
sont plus express! ves..« Dam! il leur tarde d^eu finir avec le célibat, et elles commencent à ne plus espérer de s*étahlir.
Dès que vous aurez fait votre choix , adressez vos hommages à la maman : si la fille a plus de vingt ans, vous ne serez probablement pas rejeté 5 et plus la fille sera vieille et laide , mieux on vous accueillera... Prenez-garde à ne pas vous laisser^/ouer. — Exigez du comptant , et donnez la préférence aux filles uniques \ fussent-elles un peu fanées , n'épousez qu'à bon escient.
Cependant, si vous voyez que l'affaire est bonne, ne la laissez pas échapper, surtout si vous commen cez à grisonner^ dans ce dernier cas, je vous conseille de lâcher un peu la main. Puis, dans toute chose, l'à-propos est bon : ce ne fut que parce que j'arrivai à propos au Paradis terrestre que j'eus la bonne fortune de réussir r quelques heures plus tard, Adam faisait des siennes, je manquais mon but, et l'homme vivait aussi longuement que moi. — Ce qui eut été un mal ; car alors vous ne seriez pas venus...
Il pourrait bien se faire que , malgré mes bonnes leçons, vous ne trouvassiez personne à tromper dans votre endroit. Dans ce cas-là, dépaysez-vous, et ne perdez pas courage.
« Personne n'est prophète dans son pays.»
Loin de vos pénates, vous pourrez mentir plus à voire aise, et, au besoin^ rafistoler votre nom en y ajoutant celui de votre village, précédé de la particule de 'y ce qui, dans le cas où je pourrais vous faire décorer de la croix d'honneur ou d'une croix étrangère quelconque, vous'^ervirait admirablement pour vous faire annoncer dans le monde.
Rien ne sonne mieux aux maternelles oreilles d'une dame comme il faut ^ qui a une demoiselle à marier, que les pompeuses paroles d\m valet an • noncant : u M. le chevalier Godichon de Cracognac, — ou M. le commandeur rfe TAubergne — ou de tout autre pays. »
Puis, en allongeant ainsi votre nom paternel, ou, pour mieux dire, en le dénaturant ainsi, vous rendez presque impossible la prise d'informations , si toutefois^ je ne suis pas là , et si je ne me fais pas un
malin plaisir de dire à tout le inonde que vous êtes un farceur.
Si votre nom est trop laid , ou sUl sent trop tail et tognouy vous pourrez le changer pour un autre mieux sonnant.
Malgré toutes ces précautions, vous pourriez ne pas trouver une bonne affaire dans votre pays : alors passez à l'étranger ; dans ce dernier cas , donnez^ vous pour un personnage important chargé d^une mission littéraire, diplomatique ou philanthropique, ce qui vaudra encore mieux*. •• Si vous jouiez bien le philanthrope dans le pays des nègres, vous pourriez vous en trouver à merveille.... Qui sait si vous ne pourriez pas lever une petite contribution des plusieurs milliers de doUards sur la crédulité des gens de couleur en leur promettant.... de les rendre tout-à-fait blancs?
Vous pouriez même devenir journaliste par ce tnoyen-là ; la fortune est si capricieuse dans ces cli* mats lointains !
Cependanti si vous avez peur de la mer, restez en Europe; mais alors, donne^voos pour émi-
gré ^ c*est une industrie qui rëussil assez bien*
Si vous êtes émigré^ n'oubliez pas que vous avez perdu de grands biens, mais que vous êtes à la veille de rentrer dans vos immenses propriétés^
Il ne vous sera pas nuisible de faire comprendre, modestement, que vous êtes comte ou marquis.
Si c'est en France que vous opérez , soyez grand d'Espagne de première classe, prince Italien ou major Polonais. Si vous êtes grand d'Espagne, faites vous appeler don Mateo, y Marlinez, y Gonzalez de
la Encia, y Berrugas, y Gimenez del Collar Si,
par un excès de modestie, vous n'êtes que simple hidalgo^ trois ou quatre noms vous suffiront; tâchez seulement qu'ils soient difficiles à prononcer.
Vous ne feriez pas mal d'insinuer que vous descendez en ligne directe de don Pelage , ou du Cid Gimpeador, ou pour le moins de Hernan Certes ou de Cristopbe Colomb.
Polonais, arrangez-vous un hom terminé en ski et qui ait au moins cinq consonnes par voyelle, afin qu'on ne puisse pas le prononcer. •*. Vous serez, pour le moins, major y et vous vous serez trouvé à la bataille de Varsovie, J 4
N'oubliez pas de dire que le prince Ponîalowski était voire proche parent.
Né sous le beau ciel de rilalie, vous êtes prince ou baron. — Qui n'est prince ou baron dans ce pays-là?
Par les moyens que je viens de vous indiquer, vous pourrez facilement vous introduire partout et mettre la main sur une belle dot.... Si vous ne trouvez une jeune et jolie femme, prenez une vieille demoiselle qui vous apportera tout autant et plus. — Il est bien entendu que vieille demoiselle veut dire une jeune personne de trente à quarante ans bien conservée.... Les jeunes personnes de cet âge ont généralement beaucoup d'amis et beaucoup de protecteurs.
Si la vieille demoiselle ne va pas à vos goûts , faites la chasse aux veuves riches, sans succession du défunt , et bien posées dans le monde, — sans excepter celles qui sont un peu cartonnées.
Mais, parmi les veuves, il y a beaucoup à choisir, car vous en trouverez de plusieurs sortes.
D'abord, les veuves prudes 5 elles sont toutes dévotes, portent le deuil de leur défunt in eternum^ et se remarient rarement ; en échange, elles aiment
d'avoir un directeur qui puisse les visiter sans compromettre leur réputation.
Après les prudes viennent les veuves coquettes, qui sont en même temps capricieuses et quelquefois des esprits forts, avec une teinte de bas-bleu. Cette espèce et la précédente sont les plus communes; elles sont généralement peu riches, et on leur reproche d'être médiocrement aimables \ aussi , je vous engage à les abandonner aux clercs d'huissiers et aux premiers commis des marchands de nouveautés.
Viennent ensuite les veuves franchement adonnées à tous les péchés capitaux. Vous ne gagnerez rien en prenant une épouse légitime parmi celles-ci ; puis, nulle d'entre elles ne voudrait d'un Jésuite; fi donc! le seul mot leur donne des vapeurs... ces dames appartiennent de plein droit aux étudiants de troisième année et à MM. les officiers de la garnison. C'est dommage, car elles sont riches et souvent titrées.
Enfin, il y a les veuves candides que l'on trouve dans tous les ran^js. Voilà celles que vous devers
épouser, si elles sont avantageusement établies et en fonds. Choisissez-en des plus belles... heureux coquins !... vous ne savez pas ce que vaut leur petit boudoir !
Toutes les veuves ont la manie de regretter leur premier mari ^ non qu'elles le regrettent sincèrement, mais parce qu'i7 est corn^enable d'agir ainsi. G)mmencez à regretter leur défunt avec elles •, puis, glissez le mot bonheur conjugal^ et hasardez le mot
mariage si elles s'effarouchent, faites-vous leur
homme d'affaires j patientez et rampez -, peu à peu vous gagnerez leur confiance^ puis leur estime, puis. \d\ïv affection*..
Vous ne languirez pas long-temps une fois Vaffec^ tien gagnée. Il n'y a pas plus loin de l'aflfection à l'amour que de l'adroit homme d'affaires au
mari I
Dès que vous serez devenu le chef de la communauté , libre a vous de montrer les dents à votre femme, à moins qu'elle ne prenne à cœur les intérêts de la Compagnie de Jésus \ car, dans ce cas, il faudra que vous la respectiez \ ce qui ne vous em-
pèche nuUenent d'avoir une jolie maîtresse , et même deux, si vous en avez les moyens.
—Maître! les maîtresses cou lent cher par le temps qui court.
— Pauvres innocents! que pensez-vous qu'une plie fantaisie puisse vous couler? *
— Qui le sait!
— Moi , et je vous assure que ce n'est qu'une bagatelle. .. Je connais un officier supérieur des frères ensoutanés qui a deux délicieuses créatures pour moins de mille écus par aq., y compris les cadeaux du premier de l'an, la fête de Mimi, les brouilles^ et quelques dîners à ses amies?
— Maître ! ça a baissé autant que cela?
— Oui, mes agneaux, autant que cela, grâces à la. prospérité croissante de la classe ouvrière, au régime paisible sous lequel vous vivez, aux fortifications de Paris et aux chemins de fer.
— C*est vraiment étonnant, on a une honnête, jeune et jolie fille, pour un morceau de pain.
Vous le voyez, mes agneaux, en épousant une veuve candide un peu riche , vous pourrez passer une vie de chanoine. . . 14*
A mon avis , une veuve candide , telle que je la voudrais pour vous, est un trésor \ c'est le s<»ptième ciel de Mahomet, Tambroisie des poètes rococos... Les Mille et une nuits n'ont pas de jardin enchanté ni de fée qui puissent être comparés à une jeune et riche veuve candide : le palais dlrème, enchanté depuis dix mille ans dans le désert de la Palestine, ne vaut pas leur boudoir, car le boudoir d'une jeune, lolie et riche veuve candide est un vrai Paradis terrestre, où tout doit appartenir aux frères mondains, même V arbre de la science^ s'ils savent jouer le rôle de serpents.
Mais peut-être le mariage vous fait-il horreur 5 peut-être faites-vous la prière du Normand (l); peut-être , enfin , ne voulez-vous pas être Téditeur responsable de vos œuvres? Dans ce cas, courtisez de vieilles filles sur le retour ou des femmes malheureuses en ménage... Si vous suivez mon avis, vous préférerez ces dernières ; car les vieilles filles , outre
(1) Seigneur! j<^ ne vous demande pas des biens; mettezmoi seulement où il y ait de quoi prendre!...
qu^elles sont acariâtres, dévotes et mauvaises langues, sont jalouses comme des chattes. Puis, il est rare qu'elles n'aient pas un directeur qui les guide , un chien Pégase qui les console, et un chat angora qui jouit de toute leur affection et qu'elles font coucher au pied de leur lit.
Or, par ma queue en trompette, je ne voudrais partager les bonnes grâces de ma maîtresse ni avec un directeur^ ni avec un Pégase^ ni avec un angora.
Croyez-moi, mes agneaux, laissez les vieilles filles aux sacristains, aux bedeaux , aux adolescents, aux directeurs^ aux Pégases et aux chats j livrez-vous exclusivement à la conquête des femmes mal ma" riées.
En tête des femmes malheureuses en ménage est la grande dame. La grande dame ne se marie ja^ mais y on la marie : aussi se croit-elle toujours libre et agit en conséquence. La grande dame est une adorable créature ou une victime dévouée. F^ic* time dévouée^ quand elle piCiïd au sérieux l'emplàtre, le squelette ou la momie qu'on lui donne g/néralemenl pour mari *, adorable créa are ^ quand c!e
cet emplâtre , de ce squelette ou de cette momie elle fait un plastron, ••• ce qui lui arrive assez souvent. ••
La grande dame est encore une adorable créa-* turc en ce sens qu'elle ne vous compromet jamais , de peur de se compromettre elle-même, et que vous pourrez la quitter et rester bons amù;... car la grande dame ne vous aimera jamais : si elle s'attache à vous , ce ne sera que pour se dédommager des oublis de monsieur ou pour se venger de ses tZwtractions.
Rattachement d'une grande dame pour vous vous mettra en réputation auprès du beau sexe en gênérai ; car les femmes n'aiment rien tant que le fruit défendu.
Mais ne hantez pas la grande dame , à moins que vous n'ayez de quoi parer aux premier s frais.,.
— Ah!...
'— Ces premiers frais consistent en quelques beaux cadeaux qu'elles aiment assez , en beaucoup d'argent pour payer vos courses en cabriolet, et en beaucoup plus d'argent pour payer vos gants jaunes^ vos vêlements neufs et vos bottes vernies.
Il est vrai qu'à lexceplion des courses en cabriolet, vous pourrez vous procurer tout le reste à crédit,
— sauf à ne jamais le payer, à moins d'un éclatant succès.
Mais, si vous me croyez, ne hantez pas la grande dame, à moins d'être abbé ou laquais ; il n'y a que ces deux personnages qui puissent aspirer à tant dhonneur sans bourse délier : c'est qu'un abbé et un laquais ça ne compromet jamais.
Si j'étais diable à me refaire séducteur, la financière serait assez de mon goût. La financière est belle autant que la grande dame , aussi coquette et beaucoup meilleure enfant, ce qui ne l'empêche nullement déjouer à la grande dame à ravir 5 seulement, au lieu de recevoir des cadeaux, elle en fait,
— ce qui vaut infiniment mieux.
Puis, elle est naïve au point de croire à la parole d'honneur d'un major polonais , et capable de quitter un mari qui la gâte pour un vilain amant qui la bat... elle est si dévouée !
Outre tous ces avantages qu'on trouve à la Chaussée-d'Antin, et que l'on chercherait en vain
au faubourg Saint-Germain » les salons de la financière sont un vrai Potose; on y joue gros 5 et, pour peu qu'un frère mondain ait la main heureuse à la bouillotte ou à l'écarté, il se fera aisément une bonne petite soirée...
Il n'est pas nécessaire d'être gentilhomme pour plaire à la dame de la Chaussée-d'Autin \ en sa qualité de parvenue, elle reçoit volontiers les hommages des gens de bas-étage. Les commis de la Banque, les petits agioteurs, les agents d'affaires, les hommes de lettres sans éditeur et les poètes incompris et incompréhensibles, vont assez à ses goûts. Ce défaut de fierté tient à la bonté de son cœur^ croyez-le bieny mes enfants.
Ainsi, courtisez la financière, mes agneaux, pri^ mo^ parce qu'elle ne vous coûtera rien \ secundo , [)arce qu'elle vous donnera beaucoup, et tertio^ parce que leur salon et leur intimité, bien exploités, pourront être d'une grande utilité à la Compagnie de Jésus. On peut tout apprendre concernant la race humaine dans les salons de la Chaussée-d'Antin !
Après les belles dames de lu finance, vous avez
quelques femmes de députés, quelques notaîresses et les femmes de quelques avoués. Je ne vous parle pas des grosses propriétaires de Paris et des départements, ni des nombreuses boutiquières et marchandes de demi-gros. Ces dames sont de véritables huîtres qui s'engraissent et prennent leur chicorée sans s'occuper des Jésuites ni de moi. Quand le diable les tente^ elles ont toujours sous la main
leur premier commis, un ami de leur mari, ou un
garçon d'apothicaire. Quant aux filles de cette classe, pas une sur mille ne pèche avant de s'être mariée.
De toutes les autres, la femme du député est la plus précieuse pour un frère mondain. Être dans les bonnes grâces d'une représentante, c'est être au fait de bien de secrets, chose très-utile pour la Congrégation ^ puis, c'est comme si on avait un blanc-seing de chaque ministre dans sa poche. C'est pourquoi, mes agneaux, je vous conseille de ne pas dédaigner la représentante.
Les notairesses sont des femmes délicieuses'^ seulement, je trouve qu'il n'y a pas grande gloire à $e faire aimer de la femme d'un coniràt incamé
avec quelques lelnles à^usurier ( banquier eût été plus poli ).
Pour la femme d'ai^owe, je vous conseille de la respecter^ non qu'elle le désire plus que les autres, au contraire \ mais parce qu'elle est généralement trèS'imprudente ; ce qui vous exposera à être pris in flagrante delicto,,.
Or, si cela vous arrivait, son corbeau de mari ne manquerait pas de vous citer à la correctionnelle où vous auriez le désagrément de l'entendre conclure contre vous : ^ ce qu'il plaise au tribunal de vous condamner à six mois de prison^ cinq cents francs d^amende et trente mille francs de dont-mages-intérêts — as^ec dépens,.. Non qu'il vous en veuille, le pauvre homme, mais pour se procurer le bonheur de gribouiller du papier timbré, et de donner un dossier à un avocat encore inclienté qu'il protège.
Il y a bien la maîtresse du grand hôtel garni qui, faute de mieux, pourrait vous donner la pitance et le coui^erty sans compter que vous pourriez puiser, dans son livre d'entrées et départs^ quelques ren-
seîgnements pour la Congrégation 5 maïs la maîtresse du grand holel est exclusivement exploilée par d'illustres proscrits et par des chevaliers d'industrie..* Puis, les renseignements que vous pourriez en tirer ne valent pas la peine; la Congrégation a assez d'agents dans les bureaux qui la tiennent au courant de cela.
Et maintenant je terminerai ce chapitre*par quelques renseignements sur les goûts, le caVaclère des femmes en généial, qui vous seront d'un grand secours dans la- guerre que vous allez livrer au genre féminin.
Les femmes qui ont le teint brun et frais, les yeux gris, les cheveux noirs, lisses, fins et pas trop d'embonpoint, la taille moyenne, fine et cambrée, petit pied et petite main, sont de bonnes enfants. Elles aiment les faiseurs de calembours, \e%mau{fais sujets» Pour réussir auprès d'elles, vous n'avez qu'à être homme d^espril et à mettre en ridicule les absents. ■— Et ne perdez pas le temps en préliminaires •, accoutumées à vivre vite, ces dames n'aiment pas un amour qui met tout un mois à se formuler.
Les femmes au teint doré , ^ux ye\x% fauves ou noirs, aux cheveux bruns ondes , sont aimante^ plus que passionnées* •. ne les trompez p^\ elles sont assez rares pour que, ep les aimant, vous ne dérogiez pas à votre métier de scélérats*
Celles qui ont le teint brun-jai)nâtre, les yeux bleus, les cheveux noirs, rudes et crépus, ||>nt toutes de franches pécheresses, et 93sez généreuses en général ) avec celles-ci jouez en même temps des yeux et des mains. ••
Celles qui out la peau blanche et fine, les cheveu^ blonds ou cendrés, le teint rosé et les yeux bleu de ciel, ont toutes, plus ou moins, la prétention d^aimer la poésie qt le parfait amour.
A les entendre, elles ne vivent que par le cœur..* Ces dames ne vous accorderont rien, mais elle? vous laisseront. •• leur réciter des vers... N'en ^ye^ pas la dupe... elles sont toutes friandes comme des écu-» reuik ; quelques bonbons ne seront pas sans influence pour les déterminer à accepter, un peu plus tôt, un souper mignon dans un salon de société.
Ln réstimé, brunes et blondes, toutes les femmes
ont été &ites pour être trompées \ voilà la devise de tout frère mondain qui n^aime pas le septième sacrement.
TOVJrOVRS AUX VBKBE8 MOMIIAIMS
Trop laids on trop bètes pour exploiter la tendresse du
BBiMie ftmînîn.
Mieux vaut la fin d'une chose que le commencement. Ecclbsusti.
En VOUS donnant les conseils que j^ai cru néces-^ saires pour vous conduire sains et saufs au temple de Thy menée ou dans le champ vaste et fangeux de la d*ébauche, où, tant vous que la Compagnie de Jésus auriez pu trouver votre profit, je vous ai sup-« posés jolis garçons, ou , pour le moins, adroits séducteurs; mais il pourrait se faire que vous fussiez fort laids et aussi mal élevés qu^un cheval de fiacre; dans ce cas* lancez-vous dans la politique : là, vous pourrez encore rçi^drç de grands services à la Con-
grégation, et faire votre chemin, comme ToDt fait quelrues-uns de mes amis auxquels je me ferai un grand plaisir de tous recommander, pour peu que je ilécouTre en vous des dispositions. Seulement, je vous préviens que, pour entrer dans cette ténébreuse carrière, il faut être homme de lettres, ou pour le moins avocat.
La politique est une science profonde que nous avons inventée chez nous^ malheureusement, nous Ta vous inventée trop tard*, car, si au lieu de l'inventer après notre chute ^ nous 1 avions découverte tant que nous occupions de bonnes places eu Paradis, tel pauvre diable qui passe son éternité dans TEnfer à vendre des pommes de terre frites ou à cotir^ièer une fripière pour avoir du pain , ou à faire de la philosophie aux baitibtns d'un pensionnat, serdt aujourd'hui maître desrec(uétés, chef d'uùé division, ou presque ministre dans quelque ministère étrange du Paradis , — peut-être encore sefait-H décoré d^uné demi-douzainè de croix étrangères et conilmandeur d'un ordre espagnol...
Mais le bon Dieu , qui de tout temps a été un
tyrauy n^a jamais voulu dans son royaume ni hom* mes de lettres ni avocats, et encore moins de t^tte Icience qu*on appelle /^o/ili^iie.
Mais sâvez-vous bien ce qiie signifie ce mot?
La politique est une espèce de cholérà-morbus qui dévore les vertus des peuples. Cest une fièvre d ambition qui commence par voua exciter et finît par vous rendre fou... Cest le chemin qui conduit au trône ou à Texil, au cachot ou au palais, au mi* nistère ou à Tëchafaud... En France, elle ne conduit presque pluà qu'au Mont-Saint-Michet , où Ton passé sa tie à se ronger les ongles, à faire dé beaux projets pour le bonheur de son pays, pendant que vos antagonistes mangent du roaslbeef à Windsor , ou que lés roastheefs mangent des truffes à Paris. La politique est la justification officielle de toutes lés iniquités, et te cheval dé bataille de toutes les ambitions.
Cependant, si vous demandiez ce que c'est que la politique à une de ces sangsues qui se gorgeiit du plus pur sang des peuples, et qui àé qualifient modestement du nom pompeux d'hommes et État. ^. cette sat)gsué Vous répondrait d'un air superbe : que
ia politique est Tart de rendre les peuples heureut en les civilisant par Tinstruction et par la liberté. •• Pourmoiy qui comprends parfaitement le jargon des hommes d'Etat, cette définition est parfaitement juste... En effet , rien ne rend un peuple plus heureux que Tinstruction et la liberté \ c'est sans doute pour rendre la France heureuse que les hommes d'Etat veulent confier Téducation de la jeunesse aux frères ensoutanés et aux frères caffirds de la Com* pagnie de Jésus , afin que la France s instruise. Et nul doute que c'est pour la rendre libre que Ton fait en ce moment confire en prison vingt-neuf rédacteurs ou gérants de journaux.. ••
J'ai lu, dans mon ami le Constitutionnel du 1" novembre 1844, que, depuis 1830, le journalisme français a payé 795,600 francs d'amende et subi 186 années et deux mois de prison, ce qui, partagé en 14 années, revient à 13 ans 28 jours et 34 minutes de prison par année de liberté pour le journalisme français ! ! .. . D'après le chiffre des amendes, le journalisme français n'aura payé^ considérant la liberté dont il jouit, que 53,964 francs 28 centimes
par an, sans compter une petite fraction que Tarithmétique nous ordonne de mépriser, le droit que la Charte accorde à tout Français de publier et faire imprimer ses opinions politiques. En vérité, cela n*est pas trop cher et cela fait un beau denier pour le fisc... Qu'en pensez- vous, mes agneaux ?
Voilà pourtant la politique... Elle est mauvaise, me direz- vous... Elle peut Tétre pour les honnêtes gens, mais Ton ne saurait nier qu'elle soit une industrie très-productive pour ceux qui tiennent la queue de la poêle et qui savent s'en servir. Voilà pourquoi je veux que vous y plongiez, mes enfants, car vous pouvez gagner beaucoup à ce métier-là, et la Compagnie de Jésus aussi.
La meilleure et la plus lucrative de toutes les positions politiques, c'est la dépulation ; donc, faitesvous élire députés; et ne croyez pas cela trop difficile ; la Compagnie et moi aidant, fussiez- vous de pauvres quidams sans réputation, sans talent, sans fortune ni crédit, vous grimperez à la Chambre et vous contribuerez à la fabrication des lois et du budget. Et où serait le mérite, en vous faisant nommer députés, si vraiment vous le méritiez .^
Si je veux que tous soyez députés, c*est qil*à là Chambre vous pourrez servir plus efficacetliént là 0)inpagniede Jésus; c'est qii'à la Chambre élitit, vous pourrez plus facilement mettre la pcêue ^i^t telle sinécure qu'il vous plaira, et même sûr Tifia^ movible pairie \ c'est que du haut du palais Bduf • bon vous serez plus à portée de vous lancer sur les fonds de TEtat ; c'est enfin, qu'une fois députés, il ne tiendra qu'à vous de prendre votre part aux fotidl secrets et à autres plats du budget, ce riche batiquet national où tout le monde a le droit de prendre part, excepté ceux qui fournissent les fonds. •• , sanscoinpter que, si vous avez un peu d'adresse^ vous pourriez eacore, après vous être gorgés, aller vous reposer sur la sellette qu'on appelle ministère, où l'opinion publique aurait la prétention de vous juger; mais où vous resteriez autant que voùà le voudriez à tik\* son de 80,000 francs par an... Il ne s'agirait po6t cela que de corrompre un peu Yopinîon publique,
c'est-à-dire les journaux bieii pensants, de savoir distribuer les fonds secrets, de bien servir id Cmi^ grégation et dëtre un peu effrontés.
Si vous voulez qu'on vous nomme députés, il
vous dut commencer par quitter votre département où, étant trop connus, Ton ne vous nommerait pas.
En vofis dépaysant, vous prendrez la particule de et un nom déjà en réputation, si vous en avez un parfaitement inconnu ; puis, la Congrégation vous donnera des fonds et enverra Tordre à qui de droit de vous produire dans le monde et de vous y pousser.
Quelques mois avapt les élections, vous parlerez beaucoup de politique, d^ améliorations et de liberté, mais seulement dans les termes que vous dictera le socius de Tendroit auquel je donnerai des instructions. •• Vous serez toujours aux ordres du socius ^
méiyie après les élections.
Pendant que vous manœuvrez ainsi, les agents de la Compagnie^ \es frères mondains^ vos pareils, ainsi que les frères cafards , vous feront mousser en disant de vous beaucoup de bien aux personnes bien pensantes , et beaucoup de mal à celles qui ont la bonhomie de prendre au sérieux la liberté en France. En même temps les sœurs cafardes, les
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mondaines et autres Jésuitesses gagneront à votre cause, les unes les maris, tes autres leurs fières, et les autres leurs amants. Tout cela possède une boule dont nous finirons bien par leur faire fiiire une boulette. ^
Les frères ignorantîns et les sœurs composant les divers 'corps éteignants de la G)ngrégation feront, cliaque jour, mettre leurs élèves à genoux et prier Dieu Notre-Seigneur qu'il daigne conserver la précieuse vie du citoyen zélé, du courageux défenseur (lo la religion et de la liberté (l). Par ces moyens cl autres semblables, votre nom commence à devenir populaire -, c'est déjà un grand point.
Ces manœuvres auront lieu dans les conirées /ellgieuses^ teViCi que Lyon et autres sainles et savantes villes, comme Toulouse dont je ferai bientôt ma ville capitale et le quartier général de la Congrégation.
(l)Dans plusieurs villes de France, les élèves des écoles de frères sont forcés de prier journellement pour la conservation d'un pair de France , qui s^est fait remarquer par son zèle pour la religion ! Dans ces mêmes écoles on ne prie jamais pour le roi!!
Le même plan de bataille sera suivi dans tout le département du Rhône sous les ordres de notre chargé d'affaires, un grand et saint personnage que TOUS connaissez tous — et moi aussi.
Quant aux pays libéraux , on y doit agir en sens inverse. Là^ tous les frères cafards et ensoutanés, ainsi que les autres membres et meinbresses de la Congrégation , diront beaucoup de mal de notre candidat, pendant que lui se posera en ennemi irréconciliable des Jésuites ; seulement il accusera de Jésuitisme tous les véritables ennemis de la Con^ grégation.... C'est là le seul moyen de semer la discorde entre les patriotes et de se faire nommer.
Dans quelque pays qu'on opère , tout frère mondain qui voudra devenir représentant du peuple souverain commencera par se faufiler dans Ta/riàre-boutique des journaux bien pensants^ et surtout dans celle des journaux catholiques.... Ceux-ci étant les plus mauvaises langues doivent être gagnés à tout prix.
Une fois qu'il sera devenu Vami des journaTstes bien pensants et des journalistes catholiques, le
ficre mondain qui vise à la dépulation recommandera les plus zélés à la Congrégalion qui se fera toujours un devoir d'encourager les efforts de ces journaux en accordant à chacun une subvention proportionnée à Tinfluence qu'il pourra exercer sur SCS débonnaires abonnés*
Les fonds pour celte sorte de dépense seront pris sur les bénéfices résultant de Vœm^re de la propa^ ga'ion de la foi en France et à l'étranger, et sur ceux résultant de la vente de la ferraille qu'on va faire toucher immédiatement, soit à la téte^ soit à^ la pointe du clou de Jésus, aussitôt qu'on aura exposé ces deux religues à la vénération des nombreux bonêts qui croient encore à ces choses et qui ont foi en "VOS reliques !
Quand plusieurs journaux auront bien chauffé 'votre candidature, et quelques jours avant les élections, le frère candidat lancera la circulaire de rigueur qu'il fera publier par les journaux bien pensants... • Les autres ne manqueront pas de la reproduire : seulement ils l'accompagneront de quelques réflexions*, mais cela ne vaudra que mieux<
kf f ••
[jcurs réflexions donneront lieu à une polémique quelconque et vous rendront Tobjet de Tattention publique. C'est déjà de la célébrité.
Si vous ne savez pas rédiger votre circulaire, faîtes-la rédiger par la première lame du journal le plus dévoué à la Congrégation. Il ne vous refusera pas ce léger service \ sUl vous le refusait, promettez lui votre protection et celle de la Congrégation pour Tavenir, donnez-lui une poignée de main, quelques écus et un bon dîner : il ne vous refusera plus rien.
Pendant la dernière semaine avant les élections, vous ferez votre ronde -^ c'est-à-dire, vous ferez des courbettes et vous vous aplatirez devant tous les électeurs ; vous ferez aussi de petites visites d^ amitié à mesdames les électrices et même aux amies des électeurs, et aux amis des amies des électeurs.
Vous entretiendrez l'électeur maçon d' un grand mur de clôture dont vous avez l'intention d'entourer la propriété que vous voulez acheter dans le pays aussitôt après votre élection, — • si toutefois, — ajouterezvous : « J'ai l'honneur d'obtenir votre voix et celle « de vos amis \ car alors mon élection est certaine. »
Promettez à rélecleur campagnard un chemin dç fer qui passera rasant sa propriété , — • et vous aurez son Vote et ceux de ses amis.
A VéXtoXtwV'Capacité^ si jamais les capacités sont électeurs, tous promettrez ToreiZ/e du ministre et un poste'dîgne de son sav^oir, où il sera plus à mén^e de sentir tÉtat.
Dites aux électeurs-macAme^ qu'aussitôt Totre élection , vous allez vous occuper actiy entent de la diminution de Timpôt, de \ abolition des droits réunis, et de V établissement des chemins vicinaux, des canaux \ et promettez, au besoin, Vencaissement de toutes les rivières, ruisseaux et filets d*eau qui pourraient, plus ou moins, menacer d'inonder leur propriété. Et si vous voyez une pipe ou un bout de cigare sur leur cheminée, ou ailleurs, promettez positivement qu'aussitôt que vous siégerez à la Chambre vous ferez en sorte que le directeur des contributions indirectes ne fasse plus débiter des feuilles de pommes de terre fermentées en guise de tabac de caporal et des feuilles de choux sous le pseudonvme de cigares à 10 centimes.
N'oubliez pas cl*allcr faîre votre salamalec à M. le cqré, au premier vicaire et à MlVl. les fabrîciens. Au curé, promettez un évéché, au vicaire une cure, et aux fabriciens une réparation pour l'église, et un clocher neuf, s'ils ont Tair de le désirer.
Âpres toutes ces visites particulières , vous ferez en sorte de réunir, chez un électeur influent, tous ceux qui ont un vote à donner ; et, dans cette séance préparatoire , vous promettrez force améliorations matérielles j inlellectuelles et radicales^ tant dans la politique internationale et dans la politique intérieure que dans Tadministration. Si, parmi les électeurs-machines, se trouve quelque petit receveur, serrez-lui la main et promettez-lui , tout bas , une recette p/i/J importante; aux vieux militaires, offrez un bureau de tabac ou de papier timbré \ aux plus b3tes, promettez de leur faire avoir la croix d'honneur.
Et ne craignez pas de trop promettre ; cela ne vous engage en rien.
Après la séance préparatoire, grand banqjjet! cent couverts à 3 fr. par tête, sans compter Ip vin