Ironie; hyperbole; lilole; euphémisme
échappe à la prise brutale et matérielle des mots : on ne s'étonnera donc pas qu'elles servent surtout à traduire ce qui est sentiment ou passion; les pures idées intellectuelles et les objets du monde réel sont en général directement touchés par les mots et par l'application littérale des lois communes de la grammaire et de la syntaxe.
Notre esprit, percevant soudain une qualité commune en deux objets dilTcrents, ou créant entre eux un rapportqui les assimile, nomme l'un du terme qui convient ou qui appartient à l'autre : il fait une métaphore. Je n'ai pas à insister sur l'importance de la métaphore : sans elle, il est impossible de parler ou d'écrire. Elle a été un des procédés les plus féconds qui aient contribué à former le langage humain ; et dans le développement et l'évolution de chaque langue, son rôle a été immense.
L'homme a distingué d'abord et nommé ce qui le louchait de plus près : quand le cercle de ses idées et de ses connaissances s'est élargi, il n'a point créé les mois à profusion; il a apphqué autant qu'il a pu ceux qu'il possédait déjà aux objets nouveaux qu'il découvrait, et n'a enrichi sa langue que par la multiplication des métaphores. Le soleil et les astres se sont couckt's et se sont levés, comme lui. Le temps a marché, comme un voyageur, s'est écoulé, comme un fleuve. Le monde matériel a prêté tout son vocabulaire au monde spirituel : un souffle, un vent a désigné l'drne. Elle a été dotée de toutes les épilhètes, de tous les verbes qui indiquent les qualités et les actions des objets sensibles : elle a été élevée, basse, elle a eu des idées étendues, étroites, des sentiments vifs ou lents, ardents ou froîfls. Les passions l'ont agitée, bouleversée, déchirée; la souffrance l'a blessée, fait saigner, écrasée, fait plier : elle s'est élancée, elle a tremblé, elle a reculé. Elle a été échauffée par l'enthousiasme, embrasée par l'amour, glacée par la terreur.
Les langues de récente formation ont hérité en grande partie de cette abondante provision de métaphores, qui est allée sans cesse s'enrichissant depuis les temps anciens, et elles y ont encore ajouté. Un bon nombre de mots de la langue française ne sont que des métaphores, quand on les rapporte à leur origine latine. La tête, c'est en latin un tesso)i de pot; la gorge est un gouffre, et le talent, un poich. A chaque instant, on se trouve en présence de termes détournés de leur sens propre : ils nous économisent des mots qu'il aurait fallu forger; nulle idée de comparaison ne s'éveille quand on les prononce; ce ne sont plus des métaphores que pour le philologue : dans la pratique ils font l'office de mots propres. Le roitelet, la bergeronnette, le bouvreuil, ne sont pas pour nous un petit roi, une petite bergère, un petit bouvier : nous ne songeons guère à ces gentilles et poétiques images; et ces mots valent pour nous autant que chat ou cheval, où l'étymologie ne découvre pas de figure. Pareillement nous ne croyons pas prendre dans la trappe celui que nous attrapons, ni attirer avec le leurre celui que nous leurrons; les gens délurés, hagards, niais, ne représentent guère des faucons à notre imagination, et quand nous dessillons les yeux de quelqu'un, nous ne nous figurons point être un fauconnier qui découvre les paupières de l'animal enfin dompte. Une feuille d'or ou de papier, un cheval ferré d'argent ', sont des expressions qui dans l'usage désignent leurs objets sans métaphore. Faute d'autres, elles se sont vidées de toute image et sont devenues simples.
Il en est aussi qui, moins nécessaires, ont cependant été si constamment et communément reçues que toute image, toute métaphore a disparu. Quand nous parlons d'exprimer une pensée, nous ne pensons point nous comparer