Chaieaubriand, Alula
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Oui, celui qui aime Dieu, aime les hommes, et lors même qu'il aurait à se plaindre de leur injustice , il leur ferait encore du bien pour servir le Dieu qu'il aime.
§ IV, Moyens d. inspirer Vamour de Dieu.
Il est si attrayant d'aimer Dieu, qu'il n'est point difficile de le faire aimer; mais en cette entreprise, comme en toutes celles que l'on veut sérieusement faire réussir, il ne faut point travailler au hasard ; il importe, au contraire, d'examiner quelles seront les considérations les plus propres à influer par la persuasion sur l'auditoire auquel on s'adresse , et de ne s'appuyer que de celles-là. Les enfants sont peu contemplatifs; ils goûtent peu les raisons abstraites, et vous ne leur montrerez nulle part de plus puissants motifs d'aimer Dieu que dans les bienfaits visibles de sa main créatrice ; dans sa prévoyance paternelle à pourvoir chaque espèce de créatures de tout ce qui peut lui convenir; dans quelques récits de l'Ancien Testament; dans tous les actes de la vie de Jésus-Christ, depuis son enfance soumise dans les bras de la Sainte Vierge sa mère, jusqu'à son agonie et sa mort résignée au milieu des outrages; dans les prospérités accidentelles de notre existence, et que sais-je en-
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core? dans tout ce qui tombe sous les sens , et qui, provoquant l'amour de Dieu dans les cœurs, amène après soi la tendresse dans la prière, le bonheur dans la vertu.
§ V. Influence morale des salles d'asile sur V avenir.
Ainsi l'amour de Dieu, comme devoir religieux et comme principe de charité envers les hommes, est un germe dont il appartient aux salles d'asile de préparer le développement. Elles le feront, si tous les efforts des directrices concourent à inspirer aux enfants des sentiments réciproques de douceur, de bienveillance, de fraternité, de désintéressement... ]\Iais, encore une fois, sur quelle base pourrions-nous asseoir ces sentiments, dans des cœurs que nous laisserions étrangers à l'amour de celui qui les commande, qui les inspire?
Le monde se compose en grande partie d'hommes honnêtes, qui acceptent et conservent les principes qu'on leur a donnés, ou le pli qu'on leur a laissé prendre. Ils sont vertueux par habitude, et par la paix remplie de douceur qu'établit à la longue la pratique de la vertu. La première direction est donc très importante.
Quand les enfants ont grandi , ils trouvent des écoles de travail où ils apprennent à pourvoir eux-
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mêmes aux besoins de la vie matérielle; mais déjà leur pente morale est indiquée; elle ne tarde pas à se fixer tout à fait; et, si on n'a pas eu le soin de prémunir l'enfant contre cette contagion du vice qui va peut-être l'entourer, on verra bientôt le jeune homme , la jeune fille s'oublier, s'avilir, se perdre sans retour, et concourir à perpétuer dans le sein de la société le crime et la souffrance.
Empressons-nous donc de fortifier ces jeunes âmes qui s'offrent à nous au moment favorable. Jetons-y des semences de loyauté, de religion, d'amour. Inspirons-leur des sentiments non de .pitié, mais de sympathie pour les infortunés, leurs frères. Apprenons à ces enfants de la pauvreté et du labeur, que Jésus-Christ a voulu être laborieux^ patient et dévoué, pour nous enseigner que dans ces vertus est la source de tout vrai bonheur, de tout vrai mérite. Faisons-leur goûter cette piété tendre, cette ferveur confiante qui, en affermissant leurs cœurs en Dieu, donne à leur faiblesse un support, et leur prépare un consolateur pour les chagrins qui les attendent peut-être.