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qu'il vous faut. Votre embarras connu, tous les enfants à l'envi vous oftriront le leur, même le larron s'il est là : car sa faute n'ayant fait aucun bruit à ce qu'il croit^ nulle perquisition ne lui ayant donné l'éveil, le désir de vous obliger l'emportera sur une prudence encore peu exercée. Si aucun des couteaux offerts ne ressemblait à celui que vous cberchez, vous feriez semblant de ne les point trouver convenables, et vous demanderiez à essayer ceux de tels et tels enfants qui ne vous en ont pas offert, vous assurant par ce moyen, mais sans offenser personne, s'ils n'en ont véritablement pas, ou bien s'ils les cachent.
§ IX. La réprimande doit d'abord être secrète.
L'objet volé tombe-t-il entre vos mains, vous ferez en sorte de le conserver sans affectation. Rendez-le même provisoirement si vous voulez ; mais attendez à être seul avec le coupable pour lui faire apprécier la grandeur de sa faute. Ce n'est que lorsque la conscience individuelle est absolument muette, qu'il faut en appeler à la conscience et au mépris publics.
Cette épreuve, qui ôte le temps à la réflexion, peut, conduite avec art, devenir dans beaucoup de circonstances une éprouve immai?quable.
§ X. Manière de faciliter le bien, surtout aux enfants endurcis.
S'il se rencontrait parmi vos pupilles un enfant qui eût plus ou moins d'imperfections ou d'habitudes mauvaises, et que cet enfant fût en même ^emps si abruti qu'il demeurât insensible à toute espèce de répression, il faudrait d'abord éloigner de lui, physiquement, autant que possible, toutes les occasions de faire le mal; l'entourer de toutes les occasions où le bien est facile et agréable à faire. J'appellerais cela volontiers : substituer les bonnes tentations aux mauvaises.
Cependant, comme il est toujours possible de faire le mal, peu ou beaucoup, quand on veut le faire ; s'il arrivait à votre enfant de commettre quelque faute, n'ayant pu l'arrêter, ne la voyez pas ! c'est-à-dire teignez de n'avoir rien vu. Il est entendu que vous avez éprouvé d'avance l'inutihté de toute répression sur cette nature invulnérable pour ainsi dire, et comme, en même temps, il serait funeste qu'on vous vît spectateur indifférent d'une mauvaise action, que vous avez droit et mission de réprimer, il faut qu'on vous en croie ignorant.
Mais il importe, au contraire, que vous voyiez tout ce que l enfant abruti pourra faire d'un peu louable ; que vous ne laissiez pas échapper une
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occasion de lui témoigner du contentement et de l'amitié. Faites en sorte, par vos paroles et par vos actions, qu'il se trouve lui-même plus heureux quand il a bien agi.
Veillez attentivement sur lui pour arrêter le plus que vous pourrez ses mauvaises inspirations et rempêclier de faire le mal; mais n'espérez point, par la contrainte des châtiments, étouffer les mauvais désirs : c'est par le charme de la satisfaction intérieure et extérieure que vous devez en faire naître de bons. Croyez-moi, vous tous qui gouvernez les enfants ou les hommes, pour arriver à votre but, la persuasion est le chemin le plus court et le plus sûr : on ne pousse pas les gens à la vertu, mais on les y attire.
§ XI. Moyens de provoquer le repentir.
Si un enfant commet une faute grave, dont il ait déjà contracté ou dont il serait à craindre qu'il ne contractât l'habitude, il importe de ne le reprendre ni trop vite ni avec emportement. Le mettre à l'écart d'un air affligé, et seulement avec deux ou trois paroles pleines d'expression et de sentiment (un sentiment de généreuse indignation ne serait point mauvais s'il était tempéré par la charité du cœur), voilà, ce me semble, ce
qu'il y a de mieux à faire sur l'heure. Si vous avez su acquérir dans l'estime de vos enfants la place que vous devez ambitionner, cette seule marque de mécontentement commencera à remuer les fibres intérieures du coupable, et le préparera au mouvement de repentir que vous voulez exciter en lui. Attendez que cette première impression s'établisse; mais ne la laissez pas s'évanouir. Revenez à l'enfant, et qu'alors votre physionomie ne porte plus l'empreinte que de la tristesse et de l'affection. C'est à l'âme que vous allez vous adresser, et un visage sévère pourrait la resserrer au point qu'il ne vous serait plus possible d'entrer en communication avec elle.
Commencez par représenter doucement à l'enfant le mal visible, produit par la mauvaise action qu'il a commise. Peignez-lui avec une tendre pitié la souffrance ou le chagrin qu'il a causé à la victime de sa faute : victime innocente, qui sans doute l'aimait, et lui aurait fait du bien si l'occasion s'en fût présentée !
Parlez ensuite de la douleur que Dieu a ressentie en voyant son enfant commettre une faute si grave ! Parlez aussi de la peine qui vous a frappé vous-même, quand vous avez vu votre jeune ami, votre fils adoptif, commettre une action mé-
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chante, et mériter que ni Dieu, ni personne ne l'aime plus et ne l'estime plus.
Il faut absolument que vos paroles soient touchantes, simples et sincères, pour qu'elles trouvent un écho dans l'âme du coupable, et pour qu'elles l'amènent à l'unisson de la vôtre. Interrogez les yeux et le visage de l'enfant : s'il tarde à se rendre, ne vous rebutez point. Soyez patient, insistez ; portez l'enfant à parler, à vous répondre sans que vous le lui demandiez, sans que vous lui dictiez des réponses toutes faites, de ces promesses banales qui ne signifient absolument rien. Il faut que les phrases de l'enfant soient à lui, qu'elles expriment sa pensée. Ainsi, par ce qu'il vous dira, vous jugerez de l'état de son âme, et des considérations au moyen desquelles il vous sera possible de le convertir.
Toutefois, ne vous servez que de considérations élevées et généreuses, capables d'agrandir l'âme par la vertu, et non de la rapetisser par des vues égoïstes.
J'ai dit de commencer par représenter le mal visible^ parce que c'est celui-là que votre enfant peut le mieux apprécier, et qu'il importe que vous le fassiez se convaincre de son tort par le jugement de sa propre raison. Si sa raison
plaide avec vous, elle ouvre le cœur de l'enfant à la persuasion qu'y font couler vos paroles empreintes de tendresse ! Mais que cette tendresse ne soit pas feinte : de vaines démonstrations n'abuseraient que vous ; le coupable ne s'en laisserait point toucher.
Pour éprouver ainsi une grande chaleur d'affection envers un enfant coupable, il n'est pas indispensable qu'elle soit permanente en nous. Il suffit qu'une circonstance l'allume , et quelle circonstance en est plus capable que celle où la destinée de l'un de nos frères est sérieusement en question ? Vous avez éprouvé depuis longtemps, ou vous comprendrez en lisant ceci, qu'on peut être tiède de cœur pour l'enfant dont aucun vice ne menace l'existence ; mais que le cœur s'enflamme de charité quand le danger s'éveille.
§ Xn. Exercer les enfanta à écouter la voix de leur conscience.
Il faut borner cette suite d'indications, et laisser au discernement des maîtres le soin d'apprécier mille circonstances, qu'il est d'ailleurs impossible de prévoir. Le principe est le même pour toutes les réformations morales : quand nous voulons débarrasser quelqu'un d'un défaut ou
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d'un vice, nous devons commencer par le convaincre que l'habitude qu'il a est un défaut ou un vice ; par le lui faire envisager du même point de vue que nous, c'est-à-dire comme une chose nuisible, mauvaise, haïssable, afin que le changement du coupable vienne de lui, de son propre vouloir ; car ce n'est réellement que de là qu'il peut venir. Nous pourrions, je le sais, par la seule crainte des châtiments, empêcher l'enfant de retomber dans sa faute tant qu'il serait sous nos yeux ; mais ce ne serait que lui donner le masque de l'hypocrisie, et il recommencerait à pécher sans scrupule aussitôt qu'il serait loin de nous.
Il faut que l'homme trouve sa règle dans sa conscience. Il faut que vous établissiez dans le forintérieurde l'enfant un juge suprême, dont l'œil pénétrant ne se ferme jamais, et le suive partout. Il faut que vous aidiez cet enfant à écouter les premiers cris de sa conscience. Ce qu'on appelle la conscience n'est autre chose que le discernement de ce qui est juste, uni à la certitude positive que notre devoir est de l'accomplir. Cette faculté du sens moral est innée ainsi que toutes les autres, mais elle a, comme toutes les autres, besoin d'être exercée pour se développer.
Les idées que nous devons à la conscience,
quoique très lucides, sont très abstraites, et vous ferez bien de les rendre sensibles par des exemples connus, tels que le reproche intérieur qui agita les frères de Joseph après qu'ils l'eurent vendu. Celui qui conduisit Judas au désespoir après sa trahison infâme. Les remords de Charles IX; de Louis XI, etc. Cultivez soigneusement ce précieux germe, dont l'entier développement constitue seul l'homme moral.
Tous ceux qui, jeunes, n'ont pas été exercés à écouter cette voix intime, ne l'ont jamais entendue ! ou, si quelquefois elle s'est élevée spontanément pour leur reprocher des crimes trop grands, ses accents mal formés ont été indistincts, confus , et Toreille du coupable, inaccoutumée à les entendre, n'a saisi qu'à peine un bruissement vague, dans lequel il n'a rien distingué, rien compris.
Mais au contraire, l'homme qui a été de bonne heure instruit à écouter sa conscience, Tentend sans cesse. Il l'interroge involontairement dans tous ses actes. Il en distingue les commandements, même à travers les clameurs de la passion. Il en comprend les plus légers murmures, et cède à ses moindres blâmes, ou n'y résiste qu'en s'accusant.
La conscience tend à s'éveiller d'elle-même, insensiblement dès les premiers jours de l'existence.
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Épiez la conduite, les petits débats, les premiers jugements des enfants les plus jeunes, et quand la passion ne dominera point, vous verrez la conscience se manifester. Mais à cet âge elle s'exerce comme d'instinct seulement, et cela ne suffirait pas dans la vie : c'est à vous d'y ajouter la réflexion. A mesure que l'intelligence de l'enfant se développera, qu'il distinguera plus nettement ce qui est bien de ce qui est mal, qu'il jugera l'un préférable à l'autre, faites-lui apercevoir dans son âme ces facultés auxquelles il ne fait pas attention. Faites-le regarder en lui-même, faites-le réfléchir. Apprenezlui que ce guide intérieur qui le porte vers le bien, le juste, c'est sa conscience. Exercez-le à consulter cet arbitre, à se soumettre à ses décisions, quoi qu'il en coûte; et souvenez- vous que les derniers jours du vieillard sont annoncés et garantis par les premiers jours de l'enfant.