CHAPITRE XI
DE l'emploi de la JOURNÉE DANS LES SALLES d'aSILE.
I. Heures de l'ouverture et de la fermeture de l'asile. — IL Propreté du local; tenue delà maîtresse. — III, Visite des paniers. — IV. Conseils aux parents. — V. Travail manuel avant la classe. — VI. Lavage des enfants. — VIT. Entrée en classe. — VIII. Allocution aux enfants. — IX. Prière du matin. — X. Classe du matin. — XL Dîner — Xîl. Récréation. — XIII. Classe du soir. — XIV. Prière du soir. — XV. Déoart; nouveaux conseils aux parents.
§ I. Heures de Vouverture et de la fermeture de Vasile.
Après m'être occupée de considérations générales, et VOUS avoir, pour ainsi dire, arrêtés à la porte de la salle d'asile, il est temps que nous entrions dans l'intérieur, et que nous présentions le détail des règlements qui conviennent à notre petite société d'enfants. Nous allons supposer une salle d'asile parfaite; car s'il est difficile d'atteindre ici-bas la perfection, il est en même temps nécessaire de se la représenter pour se rapprocher le plus possible de ce modèle.
La salle d'asile a pour premier objet de former
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des hommes vertueux, et de concourir ainsi au bon ordre de la société. C'est cet objet que j'ai toujours eu en vue dans tout ce qui précède. Elle a pour seconde mission de venir en aide aux parents dans les soins et la garde de leurs enfants. Elle appartient donc aux parents à toute heure du jour, et doit leur être et leur rester ouverte aussi tôt, et aussi tard, que leur travail le rendra nécessaire. Dans les petites villes et dans les bourgs, cinq heures du matin pour les enfants des journaliers occupés de la fenaison et des récoltes ; dans les villes manufacturières, huit heures du soir pour les enfants d'ouvriers, ne sont point des heures indues. Mais il est rare que les enfants fassent un si long séjour à l'asile; et si cela arrive pour quelques-uns, vous pouvez, en les faisant entrer dans votre demeure particulière, vaquer à vos occupations domestiques.
§ II. Propreté du local; tenue de la maUresse.
Tous les endroits affectés aux élèves ont dû être lavés, nettoyés, aérés, le soir après leur départ, pour se trouver propres et salubres le lendemain matin au retour.
Quoiqu'elle soit à peu près chez elle, la maîtresse ne doit point se laisser voir en négligé ou
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dans une toilette mal soignée. Outre que cela n'est jamais convenable dans un établissement ouvert aux visiteurs, la vue d'une mise en désordre inspire, même aux enfants, peu de considération pour celui qui la porte.
§ III. Tisite des paniers.
A mesure que les enfants arrivent, ils vont saluer la maîtresse, la bonne, et remettre à celle-ci leur panier que la maîtresse a préalablement visité, pour s'assurer s'il contient la quantité d'aliments nécessaire, selon le temps que chaque enfant doit passer à l'asile. S'il y avait trop peu, la maîtresse en avertirait les parents, mais doucement et avec discrétion.... Cette insuffisance vient peutêtre d'une cruelle impossibilité.... S'il y avait trop, elle s'efforcerait de les convaincre qu'une alimentation trop abondante est nuisible à la santé, plus nuisible assurément que ne le serait un jeûne accidentel. Ceci est très difficile à persuader. Le peuple a horreur de la diète, de la subriélé de pain. Il augure de sa santé par la quantité d'aliments qu'il consomme. Plus il mange, plus il se croit bien portant ; et il est convaincu que ne plus manger est la seule maladie qui fasse mourir. Mais nous savons, instituteurs, que notre persévérance doit triom-
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plier un jour; et si nous disons assez longtemps la même chose, on finira par nous croire.
§ IV. Conseils aux parents.
La maîtresse ayant Lesoin d'être secondée au dehors, doit profiter du moment où les parentsi amènent leurs enfants, pour les éclairer sur les inclinations que ceux-ci annoncent. Elle recueillera à son tour les récits qui pourront l'éclairer ellemême; elle conseillera les parents, elle les engagera à amener leurs enfants de bonne heure, et à ne venir les chercher que le plus tard possible; ou, s'ils ne le peuvent eux-mêmes, à les faire accompagner par une voisine, par une personne raisonnable et sûre, afin de soustraire les enfants à l'habitude mille fois déplorable d'errer dans la rue, ce théâtre oii l'on voit tant de mauvais spectacles 1
§ V. Exercice manuel avant la classe.
Un exercice manuel a été adopté dans l'asile. Ceux des grands enfants qui arrivent les premiers vont se mettre à l'ouvrage dans un endroit désigné, qui ne sera pas la salle des classes. On leur a dit et fait comprendre que le jeu étant le délassement du travail, on ne doit jamais, à moins que
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l'on ne soit malade ou très petit, jouer avant d'avoir travaillé.
Le matin, l'esprit est calme, reposé, et ouvert aux impressions : la maîtresse saisira ce moment, soit pour faire réfléchir à quelque chose qui se sera passé la veille, soit pour donner une direction à la journée, en appelant l'intérêt des enfants sur le sujet qu'elle a en vue de traiter ce jour-là. Le professeur de salle d'asile, comme le professeur de collège, doit avoir sa leçon préparée, et la suivre, à moins qu'une circonstance fortuite ne vienne lui offrir tout à coup un sujet qu'il jugera bon de saisir au vol.
Les plus jeunes enfants jouent et s'amusent sous la surveillance de la maîtresse, qui doit se multiplier; et les plus grands, qui travaillent, ne songent point à en être jaloux, parce que leur occupation a pour eux l'attrait d'un plaisir. Ils sentent que si les petits jouent, c'est qu'ils ne sont pas, comme les grands, capables de travailler. De là cette considération d'eux-mêmes pour leur titre de travailleurs; ils le reconnaissent pour très honorable, et dans l'avenir, ils ne s'en trouveront jamais humiliés.
§ VL Lavage de» enfants.
A neuf heures et demie, un premier son de cloche se lait entendre. Les petits ouvriers plient
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bagage et vont s'ébattre quelques instants dans la cour. S'il n'y a pas de lavabo à eau courante , la bonne remplit d'eau fraîche trois seaux et lave dans l'un les visages, dans l'autre les mains, dans le troisième les éponges. Les maîtresses veilleront à ce que l'eau soit renouvelée pendant le lavage, selon les exigences de la propreté. On pourra donner à un enfant, comme marque de confiance, la mission d'essuyer ses petits camarades ; mais il ne faudra pas la lui faire exercer assez longtemps pour qu'il s'en fatigue ou s'en ennuie. On ne serait pas si souvent embarrassé pour trouver des récompenses, si l'on savait ménager celles qu'on a sous la main.
§ Vn. Entrée en clause.
A dix heures la cloche sonne de nouveau. Les enfants lavés et essuyés vont se ranger sur une file dans l'endroit qu'indique la localité. Les enfants au-dessous de quatre ans se sont placés en tête de la ligne, divisée par sections de cinq ou six élèves, dirigées chacune par un prolecteur. Les enfants audessus de quatre ans se sont placés les derniers, parce qu'ils savent que l'on doit des égards aux plus faibles Tout étant ainsi disposé, la maîtresse donne le signal, et l'entrée en classe s'effectue avec ordre et recueillement.
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Je n'aime pas les chants dans cette marche du matin, ou je les voudrais à voix basse, adressés à Dieu, et coupés de silence. Un chant continu, des voix éclatantes, ne me semblent propres dans ce moment qu'à dissiper le recueillement dont j'ai parlé, et qu'il faut au contraire s'efforcer d'entretenir. Toute chose mise à sa place est utile et bonne : je dirai plus loin où se trouve la place des marches animées.
En avançant au pas, dont la maîtresse a soin de rappeler légèrement la mesure si elle se perd, et se tenant les mains au dos, les enfants arrivent à leurs bancs. La maîtresse commande: Front! Les enfants obéissent simultanément sur toutes les lignes. La maîtresse itrs parcourt lentement, sans mot dire, pour s'assurer que chacun est placé comme il faut. Elle rectifie en silence, indique du doigt, parle du geste, du regard ; et son mutisme gagnant tout le monde, le vol d'un mouche doit pouvoir être entendu quand la maîtresse dit d'une voix modérée : Assis! — Étendez les bras!... Croisez les mains ^ ! Et elle fait le geste en l'indiquant.
"i. Les mains l'une sur l'autre, et non croiser les bras, ce qui léUécit la poitrine.
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§ VIII. Allocution aux enfants.
Quelquefois la maîtresse s'adressant à toute la classe, devra prononcer de petites allocutions, toujours variées, sur la bonté de Dieu et sur la douce obligation de le prier : « Il mérite tant notre amour, ce Dieu qui nous permet de l'appeler notre père, et qui nous traite en effet comme des enfants chéris ! C'est lui qui nous a fait naître , qui nous fait vivre, qui fait devenir les enfants de grandes personnes, fortes, raisonnables, travaillant bien et sachant beaucoup de bonnes choses. Il est ici, ce Dieu protecteur; il est au milieu de nous, bien que nous ne le voyions pas ; il cous voit, il écoute ce que nous allons lui dire, etc. « Les soins des parents se donnant toute sorte de peine pour élever leurs enfants; les bienfaits de chaque saison; un fait édifiant qui se sera passé à la connaissance de vos pupilles, tout cela vous fournira des thèmes inépuisables dont vous saurez tirer parti. Mais il faudra que vos allocutions soient courtes et simples, pour ne pas rebuter ou fatiguer l'attention. Une phrase à demi exprimée, et dont l'intelligence des élèves achèvera le sens, aura plus d'effet que si elle eût été longuement développée ou commentée.
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§ IX. Prière du matin.
La maîtresse fera lever toute la classe en disant : AUenlion!... debout! Les élèves se lèvent. — La maîtresse entc-nne alors à demi-voix cette touchante préface ;
Mon Dieu qui po ivez tout, écoutez la prière De vos petits enfants à genoux devant vous ; Car on dit qu'ici-bas tout est larme et misère Quand votre main, Seigneur, se retire de nous [bis).
A ces paroles du chant : A genoux devant vous ! les enfants s'agenouillent et joignent les mains.
Quand le silence, qu'un mouvement trouble toujours un peu, sera rétabli, on dira en français, et en mesure VOraison dominicale et la Salutation angélique., ayant soin de nommer chaque prière avant de la réciter; puis on ajoutera une petite prière spéciale, qui pourra être ainsi conçue et rhythmée :
0 mon Dieu, — mon bon père, — vous m'avez créé — pour faire le bien ; — vous m'avez donné — de tendres parents — et de bons petits amis. — Vous faites mûrir — tous les fruits — qui me nourrissent. — Permettez-moi — de vous remercier — de tous ces biens; — faites-moi la grâce
— d'en être digne en devenant juste — et sage — et bon; — obéissant — pour mon père — et ma mère, — respectueux
— pour les vieillards, — complaisant — pour tous ceux — qui auront — besoin de moi. — Faites surtout, — ô mon Dieu — vous qui maimez tant, — que je vous aime — de
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tout mon cœur, — et que je fasse — tout ce qu'il faut — pour vous plaire, — Ainsi soit-il.
Si la piété et l'attention se soutiennent, on pourra terminer par cette invocation :
Dieu de bonté, recois nos vœux; Entends nos voix du haut des cieux
Mais on devra abréger si l'attention est fatiguée.
S'il arrivait qu'au lieu de prier, quelques enfants se laissassent aller à jouer, il faudrait se garder de leur imposer par le commandement ce qui doit provenir de la seule impulsion du cœur. Il ne faut jamais contraindre un enfant à prier. Vous comprenez que cet acte, tout d'amour, doit être essentiellement libre, volontaire, pour être bon, et que ce serait en dégoiiter un enfant que de le lui faire accomplir de force, et sans la participation de son cœur. Il vaut mieux, tout en priant soi-même, se pencher vers l'enfant distrait avec une expression de geste et de physionomie qui lui fasse comprendre que vous cherchez à distinguer sa voix. Averti par votre mouvement, qui ne sera pas une réprimande et ne pourra aucunement lui donner d'humeur, il se remettra vite à l'unisson, auquel votre voix même aura servi à le ramener.
Il serait bien que de temps en temps la maîtresse fît la prière seule, à haute voix, en articu-
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lant d'une manière nette et distincte, afin d'empêcher que le texte ne s'altérât, comme cela arrive dans beaucoup de chants collectifs. Les enfants, peu initiés à notre langue, ne saisissent guère que les sons, et il en résulte une tendance générale à défigurer les mots. La maîtresse pourrait aussi, dans un double but, faire parfois prononcer l'oraison par un ou deux enfants dont la bonne conduite soutenue aurait mérité cet honneur.
La prière achevée, les enfants reçoivent le signal de se relever, de saluer, et de marcher au gradin sur une ligne, les mains au dos ; et les protecteurs en tête de la section qu'il dirigent. On peut, en faisant cette évolution, chanter une marche qui, sans être bruyante, soit nettement accentuée, parce que le bruit inévitable que font les pieds des enfants a besoin d'être régularisé pour ne pas compromettre l'ordre. La mesure battue par la maîtresse seule ne suffit pas toujours, tandis que l'accent de la voix qui chante entraîne les enfants et les force à sentir la mesure.
- Les protecteurs généraux qui conduisent les lignes, feront entrer chaque section dans son gradin respectif, en commençant par le plus bas, et montant du premier au second, du second au troisième, de manière que les plus petits enfants qui marchent en tcle aient à monter le moins haut.
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Les premiers arrivés restent droits, et marquent le pas sur place. Quand tous sont ainsi rangés, la maîtresse commande : Front! — puis : Assis! — elle avance les deux bras en disant : Étendez les bras! et elle les croise en ajoutant : Croisez les mains! Les enfants obéissent le plus simultanément possible, et exécutent les mouvements, que la maîtresse est quelquefois obligée de répéter pour entraîner d'une seconde impulsion les enfants qui n'auraient pas obéi dès la première.
§ X. Classe du matin.
Le matin étant Tbeure de la journée où le silence et l'attention s'obtiennent le plus facilement, il est bon de l'employer en leçons de morale, et en toutes choses qui requièrent de la réflexion ou du raisonnement. C'est la partie des classes dont les maîtresses doivent le plus s'occuper, et dont la perte serait le plus déplorable.
Je ne voudrais presque pas le matin de ces exercices bruyants auxquels tous les enfants participent à la fois, autrement que par l'attention, et qui ne s'adressent qu'à la mémoire. Le chant des tableaux de lecture, le chant de la numération, etc., ne me semblent pas convenables à cette heure, à moins que l'atteniion déjà distraite n'ait besoin,
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pour être ramenée, de l'impulsion entraînante que produit toujours un chant général.
Gomme dans une salle d'asile l'enseignement d'un jour ne doit point ressembler à celui des autres jours, je m'abstiendrai de tracer le plan d'une classe entière : un seul plan présenterait comme invariable une distribution qui doit varier sans cesse. Dans une seconde partie qui suivra de près celle-ci \ je donnerai le texte des leçons que je fais moi-même, et chacun en variera l'ordre à son gré. Je continue la distribution organique de la journée.
Après une heure ou cinq quarts d'heure passés en classe, il ne vous sera plus guère possible de maintenir en silence les tout petits enfants. Ils seront fatigués par l'attention, ou ennuyés, à moins que vous ne leur montriez des images, et encore des images souvent nouvelles. Mais vous ne pouvez pas, vous ne devez pas en montrer tous les jours, et, je le répète, les petits seront ennuyés les premiers, parce que toutes vos leçons ne pourront être à la fois à la portée des grands et des petits. En outre, les petits ont besoin de mouvements plus fréquents, et ils souffriraient d'être longtemps retenus dans une immobilité forcée. Il faudra donc,