TROISIÈME R A CR
Nous venons de voir quel était l’état de la maison , voyons quel était celui de ia cour.
Elle se composait essentiellement des grands officiers et de la famille du prince. Du reste, peu d affluence des grands. Les seigneurs territoriaux n’y venaient que deux fois l'année aux cours plé nières, à Noël et à Pâques. Leurs femmes n’y venaient jamais et n’y avaient point de rang.
Les grands officiers étaient fort éloignés de la souplesse , de l’obséquieux , de la servilité des courtisans modernes. C’étaient de grands vassaux gardant avec soin leur rang et leur caractère, se croyant assez soumis et assez liants pour le monarque, s’ils n’étaient exigeants et pointilleux; ne s’estimant pas inférieurs aux grands seigneurs territoriaux, qui affectaient de vivre en princes dans leurs c hâteaux, de ne venir à la cour que rarement , et de n y figurer que de mauvaise grâce’. Le palais du prince était le château des fiefs qui constituaient les grands officiers ; les grands officiers s’y regardaient comme chez eux et s’y conduisaient en conséquence. Ils n’étaient pas nombreux. Les princes et princesses du sang, même de la famille royale , avaient un petit nombre d’officiers.
La maison du prince , celles des princesses même , n’admettaient point de femmes dans leur composition. Aucune femme n’avait de rang à la
’ Legendre, Mœurs des Français.
COUR DE FRANCE
cour. Anne de Bretagne fut la première qui s’entoura de filles d’honneur qu’elle faisait élever sous ses yeux, à son exemple, dans la sagesse, la réserve, la modestie , convenables à leur sexe.
Le roi n’avait point de maison militaire. Des gardes en petit nombre : cent Écossais depuis Charles VII, cent gentilshommes au bec de corbin ou de faucon à dater de Louis XI , cent gentilshommes extraordinaires créés par Charles VIII , composaient toute la garde du roi. Toutes les places et dignités du clergé étaient électives ; les places de la magistrature, électives; les troupes régulières étaient peu nombreuses, et le nombre des officiers à la nomination du roi , très borné. Enfin le trésor public n était point indéfiniment à la disposition du roi1; c’était la chambre des comptes qui ordonnançait la distribution des fonds pour les dépenses publiques. Le roi était borné au revenu de son domaine et des droits domaniaux.
En deux mots , avant François Ier les rois avaient une famille, une garde, des domestiques, de grands officiers de la couronne indépendants , puissants même, et point de cour habituelle et permanente, si ce n’est leur maison. La réunion des grands, qu’on appelle la cour, était un évènement passager que signalaient de froides ostentations , de petites rivalités entre des personnes qu’aucune liaison
1 Voyez chapitre V du Mémoire pour servir à une nouvelle histoire de François Ier, et les notes d’après Cangé.