APERÇU GÉNÉRAL
François Ier donna une nouvelle organisation a la maison royale, et établit un ordre nouveau entre les courtisans. Les changements de la maison et ceux de la cour agirent sans cesse les uns sur les autres : l’attrait et l’ordre de la maison augmentaient le concours des courtisans ; l’affluence et l’importance des courtisans amenaient un nouvel accroissement de splendeur et un nouvel ordre dans la maison.
D’abord le roi s’appliqua à faire disparaître les restes des prérogatives attachées aux grands-offices de la maison et couronne : il écarta de ces offices toute idée de service public; il n’y souffrit que l’esprit de domesticité. Mais, à l’exemple de Louis XI, il releva le titre des premiers officiers de sa maison par la qualification de grands-officiers de France. Il ajouta des officiers nouveaux à tous les services anciens; il doubla, il tripla le nombre de ceux qui en étaient chargés. Il créa des services nouveaux. Il augmenta la maison mili-
COUR DE FRANCE SOUS FRANÇOIS Ier. 5ç)
taire. Il fit entrer dans les offices des nobles de divers rangs et de diverses origines. Les officiers de la maison qui étaient égaux en honneurs , et dont les uns ne différaient des autres qu’en ce que les premiers entraient en fonctions quand ils étaient présents, et les autres seulement en cas d’absence et comme suppléants des premiers , furent subordonnés les uns aux autres : ces officiers furent placés suivant les extractions. Le commandement devint graduel et descendit d’office en office, depuis le roi jusqu’aux valets de chambre, aux valets de garde-robe , aux écuyers servants et plus bas encore. L’obéissance devint générale , la soumission inévitable, là où régnaient la liberté et l’égalité. Les offices furent divisés en quatre classes : une distinction s’établit entre le service d’honneur et le service seulement noble, entre le service noble et le service anoblissant, entre ce service anoblissant et le service roturier.
Le principal changement qu’éprouva la maison fut le mélange des sexes dans la domesticité d’honneur. Le roi fit entrer dans la maison de la reine des filles et des dames d’honneur en nombre quadruple de celles qu’avait admises près d’elle Anne de Bretagne, femme de Louis XII; il établit des maisons à peu près semblables pour les princesses de sa famille; dans toutes il multiplia excessivement les officiers : ces maisons étaient des annexes de la sienne; il agréait ou rejetait les personnes qui devaient les composer.
COÜli DE FRANCE
Ces innovations changèrent tout à la cour. L’affluence des grands y fut prodigieuse. Les princes de l’église, les prélats y vinrent en foule : on y vit jusqu’à vingt-un cardinaux en même temps; les archevêques, les évêques n’en sortaient pas ; on ne vit jamais tant de prêtres parmi tant de femmes. Les gradations de rang et la subordination que la multiplicité des officiers de la maison avait fait établir entre eux, amenèrent à marquer aussi des rangs entre les courtisans sans offices, à multiplier les titres et les honneurs qui servaient à les distinguer. L’étiquette qui réglait les services de la maison régla aussi les droits et les devoirs des courtisans volontaires. La cour tout entière fut séparée de la nation par des conditions de naissance, comme l’était la maison ; d’où il arriva que plus tard la roture, la nouvelle noblesse, la noblesse procédant d’une autre origine que les armes, furent exclues de toute communication qui présentât la moindre apparence de relation de société avec les personnes de la famille royale. Le roi , les princes se les interdirent à eux-mêmes, et ne se permirent que des communications à peu près furtives et clandestines avec les personnes de classes inférieures qui leur étaient le plus agréables.
Quelques détails confirmeront l’aspect général sous lequel on vient de voir la maison et la cour de François Iot.