‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 25 sur 88 · I 8 DE LA NOBLESSE DE FRANCE · texte numérisé non relu

I 8 DE LA NOBLESSE DE FRANCE

1 566 et en i568, Henri III, en 1576 et 1577, firent des créations de ce genre. La dernière fut malheureuse : les appâts offerts à la vanité furent rebutés par la vanité meme; la cour semblait se jouer d’elle ; sa prodigalité paraissait dérisoire; elle humiliait des gens curieux de s’anoblir, par sa manière d’anoblir; elledésanoblissait la noblesse même. La création de mille lettres de noblesse à vendre , ne trouva pas de curieux pour les acheter. Ce qu’on voulait acquérir, en acquérant la noblesse, c’était une distinction; et l’état en mettant les lettres d’anoblissement en vente n’offrait plus qu’une marchandise dont l’achat ne pouvait distinguer personne que par le ridicule. Dans l’impuissance de rien tirer de la noblesse mise en vente , on la mit en impôt. On frappa des lettres de noblesse au balancier monétaire, et on les distribua comme une monnaie de poids et de bon aloi. Des gens de finance avaient avancé au gouvernement le montant de mille lettres; ne pouvant les vendre, il fallut rembourser l’avance; pour la rembourser il fallut imposer les lettres sur des particuliers qu’on jugea en état de les payer. On en fît un rôle; on y comprit un marchand de boeufs du pays d’Auge, nommé Grain d’Orge, un rustre qui aimait son métier, qui n’en avait jamais fait et n’en voulait pas faire d’autre, également incapable du désœuvrement et des occupations d’un gentilhomme. Il refuse les lettres qu’on lui apporte. On insiste; il résiste obstinément. On lui fait des sommations dont il se moque; mais enfin on décerne

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contrainte, on saisit ses meubles : alors il fallut bien se résoudre, et Grain d’Orge fit souche de gentilhomme. La Roque, qui rapporte ce fait dans son Traité de la Noblesse, dit avoir vu les contraintes dans les mains de son petit-fils, sieur du Rocher.

Cet échec fit sentir la nécessité de s’arrêter pour quelque temps; cependant on a revu bientôt et à plusieurs reprises mettre sur la place , comme effets de commerce, des lettres de noblesse tout expédiées, auxquelles il ne manquait que le nom de l’acheteur pour lequel un blanc était réservé entre l’éloge tout imprimé de ses services et le jugement que l’équité royale en avait porté. Ces lettres avaient lieu à l’occasion d’un avènement à la couronne , d’une joyeuse entrée, d’un sacre, d’un baptême, d’un mariage , d’une victoire ou de quelque autre évènement heureux.

Pendant qu’on créait ainsi des lettres d’anoblissement pour les vendre, on multipliait d’un autre côté les charges anoblissantes et on les vendait aussi.

Sur quinze mille familles nobles que l’on comptait en France en 1789, treize mille proviennent de ces anoblissements par lettres arbitrairement données ou achetées , ou par charges inutiles ou onéreuses à l’état; entre les deux mille autres familles , treize ou quatorze cents descendent d’hommes qui ont vieilli honorablement au service militaire, dans les hautes magistratures, ou que leur notabilité personnelle, acquise par d’utiles

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