‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 26 sur 88 · DE LA NOBLESSE DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE LA NOBLESSE DE FRANCE

occupations, ont fait élire à des fonctions municipales : les six ou sept cents autres sont de noblesse de date antérieure et plus ou moins ancienne. Ainsi ce qu’on appelait la noblesse française à l’époque de Immigration , le grand nombre de ces nobles qui se sont crus obligés à former sans en être requis une armée contre la nation , et se sont fait un honneur d’attirer sur les princes et sur le roi des défiances contre lesquelles ils espéraient se rendre nécessaires, c’étaient presque en totalité ces familles d’écuyers, nées à la suite de l’institution des écuyers valets de chambre et des écuyers valets de garde-robe de François 1er.

Cette observation est confirmée par une autorité qui semble inconstestable , c’est celle de Chérin. Voici comment il s’exprimait en 1788: « Une vérité » que je puis avancer sans craindre de me tromper, «c’est que de cette multitude innombrable de per- » sonnes qui composent l’ordre des privilégiés, à » peine un vingtième * peut-il prétendre véritable- »ment à la noblesse immémoriale et d’ancienne «race*. »

Il faut se rappeler ici que François Ier, ne pouvant rétablir la chevalerie guerrière qu’il rendait

1 La proportion serait bien plus faible aujourd’hui et depuis la restauration; il suffit d’avoir été et de s’ètre dit attaché à la cause royale pour se dire noble et pour prendre des titres.

* Chérin, généalogiste des ordres du roi. Discours sur la noblesse, en tète de l’abrégé chronologique des lois concernant le fait de noblesse. Cet ouvrage a été publié en 1788

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ridicule par le romanesque qu’il y mêlait, appela à la chevalerie les légistes, les théologiens, les pédants versés dans l’hébreu et le grec. Nous avons vu qu’en passant par Toulouse il accorda aux docteurs régents de l’université le privilège de promouvoir à l'ordre de chevalerie ceux qui auraient accompli un temps d’études requis. Ce qu’il fit à Toulouse il le fit sans doute à Paris, à Montpellier ; on a vu que Sainte-Palaye compte cet abus entre ceux qui firent tomber la chevalerie dans un tel mépris qu’aucun homme de guerre ne voulait la recevoir. Il ne résulta pas moins de cette profusion d’accolades qui déshonora et fit tomber la chevalerie, qu’elle donna à la France une multitude infinie de nobles , et qu’une partie assez nombreuse d’une noblesse, qui aujourd’hui est réputée ancienne, tire de là son importance.

C’étaient ces nobles, c’étaient aussi ceux qui se faisaient chevaliers eux-mêmes en portant les armes pour ou contre leur prince et leur patrie, tels que les ligueurs armés contre Henri IV * , qui faisaient dire au comte d’Entragues, en 1789, que la noblesse héréditaire était le fléau le plus funeste dont le ciel eût affligé les sociétés humaines.

’ Préambule de l’édit de 1600 concernant les tailles,.

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AUTRE EXTENSION DU NOUVEAU SYSTÈME DE MAISON ET DE COUR

ÉTABLI SOUS FRANÇOIS Ier.

La noblesse en France n’a jamais formé un corps et n’a jamais été qu’un ordre de personnes isolées qui n’avaient rien d’un corps organisé; ni registres d’inscription, ni assemblées communes, ni délibérations, ni chefs, ni secrétaires, ni syndics, ni agens, ni archives; c’était un mélange informe d’homme d’origine fort disparate. Il y avait plus de distance entre l’origine d’un grand nombre d’anoblis des dernières classes et les nobles de race, qu’entre ces nobles et les hautes classes de la bourgeoisie , dont les familles depuis des siècles vivaient noblement:’. Et combien d’autres dispa-

’ Depuis long-temps les Français n’étaient plus distingués dans les solennités législatives ni dans les lois en nobles et roturiers. Le mot de roturiers désignait les cultivateurs qui rompaient la terre, de rinnpere ; roture de ruptura. Les lois et ordonnances disaient les nobles et les non-nobles Sous le règne de François 1er, il existait une distinction bien reconnue entre différentes classes du tiers-état. Guillaume Budéc, secrétaire du roi *, protégé de François Ier; Tiraqueau, conseiller au

* In !eg siunorum. §. i. ff. adi. legem Juliam fie adultérés.

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rates! Henri IV se plaignait dans l’édit des tailles de la multitude de gens qui s’étaient introduits dans l'ordre de la noblesse en portant les armes contre lui : cent autres moyens ont constitué des familles nobles. Mais ici bornons-nous à observer que la noblesse n’était qu’un mélange d'hommes distincts des non-nobles, par des privilèges eu matière d’impôts , de service militaire et de prestations personnelles ou corvées.

Le règne de François Ier a amené une importante modification dans l’existence de la noblesse.

Depuis le règne de François 1er cet assemblage de parties disparates, sans devenir un corps régu-

parlement de Paris, dans son Traité de Nobilitate * en 1 553 ; Chassenaux ou Chassanée, premier président au parlement d’Aix , in Consuetudines Burgundiæ ** , en i54o, ont marqué précisément les différences alors établies dans le tiers-état. " Les uns étaient honorables, les autres vulgaires, et les der- » niers réputés vils et abjects.

» Les honorables étaient ceux dont les vacations s’élevaient >; au-dessus du commun. L. légitimas, ff. de legit tutor. Et eeux- » là parvenaient aux premières charges des villes et possédaient » souvent des dignités personnelles ou réelles.

» Les vulgaires exerçaient une profession moins relevée , « mais sans bassesse; et ceux-là se pourraient rapporter, dit » Budée, aux six corps principaux des métiers de Paris.

» Les vils et les abjects étaient les artisans occupés à des u ouvrages grossiers ou répugnahs ***. >>

‘ Cil. 2.

** Ruh. 4- §• 3- num. 55.

*** Voyez La Roque, Traité de la Noblesse, p.

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lièreraent organisé, devint un tout plus compact par la multiplicité des anoblissemens, et prit, si on peut le dire, une existence plus homogène par l’analogie que le titre d’écuyer donna aux anoblis avec la domesticité royale , par l’affiliation que ce titre établit entre eux et la cour, centre et foyer de chevalerie ; enfin, par la séparation mieux prononcée des nobles d’avec les gens du commun état, au moyen de privilèges plus considérables attribués aux premiers. François Ier ayant fait de tous les emplois de sa cour le patrimoine de la noblesse ou un titre pour l’acquérir , ses successeurs se trouvèrent sur la voie d’étendre ce patrimoine à tous les emplois honorables de l’Etat, de l’armée et à toutes les dignités de l’église. Sans devenir un corps, la noblesse eut seule la prérogative de composer tous les grands corps de l’Etat. Elle n’eut aucune fonction , mais elle acquit un droit exclusif à l’exercice de toutes celles qui avaient de l’importance et de la dignité. On vit d’abord des nobles arriver aux places éminentes, dans l’église, dans la robe, dans l’armée , sans autre mérite que leur nom , et obtenir des préférences sur le mérite et les services les plus signalés. Plus tard la haute magistrature, la haute administration , le conseil, les parlemens, les cours des aides, furent peuplés en grande partie de nobles. Enfin, vers la fin du siècle passé , une ordonnance royale , sans égard pour la mémoire des Cheverl, des Câlinât, des Fabert, des Vauban, prescrivit que, pour entrer

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dans l’armée au grade de sous-lieutenant , l’aspirant ferait preuve désormais de quatre générations de noblesse. Ce fut là le signal d’une exclusion générale des places honorables prononcée contre le tiers-état. Plusieurs cours de justice exigèrent des acquéreurs d’offices qui se présenteraient pour entrer dans leur sein, quatre degrés de noblesse , croyant ne pas pouvoir admettre dans la magistrature d’une cour souveraine des personnes réputées au-dessous d’une sous-lieutenance d’infanterie. De misérables fainéans, endormis dans les stalles d’une cathédrale ou d’une collégiale de province, se réveillant au bruit des acclamations nobiliaires, firent aussi ériger leurs communautés en chapitres nobles de quatre degrés. Le vertige était général.

Alors la noblesse, sans être un corps, se trouva composer tous les corps; elle était un ensemble d’hommes puissans ; elle n’avait pas ses assemblées propres , mais elle était en assemblée permanente dans celles des corps qu’elle composait. C’était une nation privilégiée , dans la nation dépouillée.

En 1789 le pouvoir royal, étonné de l’irritation et de la force de l’esprit national à l’occasion des impôts et des actes arbitraires auxquels les refus parlementaires exposaient les magistrats énergiques , espéra qu’il pourrait lui opposer avec succès cette gent nobiliaire, qui depuis deux siècles s’était §i considérablement grossie, et en former un

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