‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 3 sur 88 · I N T K O D U CT 1 O N · texte numérisé non relu

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élections et des examens si religieusement consacrés par Louis XII, le père du peuple.

La corruption du haut clergé durant les dixseptième et dix-huitième siècles, la résidence habituelle des cardinaux, des évêques et archevêques à la cour ou dans la capitale, le délaissement des diocèses confiés à leurs soins, la licence de leurs mœurs, l’effronterie de leur luxe favorisé par la pluralité des bénéfices: tous ces scandales, que nous avons vus portés au dernier excès depuis les derniers Valois jusqu’en 1789 presque sans interruption, ne procèdent-ils pas et- de l’abolition des élections ecclésiastiques opérée par le concordat de François Ier avec Léon X , et de la composition de cette cour de France où Charles-Quint s’étonnait de voir, parmi tant de femmes, tant d’hommes d’église ?

Enfin les mœurs nationales avant la révolution , celles des règnes précédents, ne sont-elles pas la suite de celles de la cour de François Ier? Les nôtres même aujourd’hui n’en portent-elles pas encore l’empreinte? Si, jusqu’à la révolution, nous avons vu l’esprit de famille devenu étranger à toute la partie riche de la nation , et comme anéanti pour elle , par l’esprit de galanterie et par l’incontinence publique ; si nous avons vu l’adultère hautement avoué, on peut dire même en honneur; les pères en doute des droits de leurs enfants à leur tendresse et à leurs soins , craignant le ridicule attaché aux méprises entre leurs enfants et

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les enfants de leurs femmes que l’opinion sans pudeur distinguait des leurs, se faisant un principe de la dérision de tous les principes , cherchant, trouvant de solides raisons pour autoriser la légèreté des sentiments, la vanité des habitudes : à quelles causes attribuer cette subversion des principes fondamentaux de la société, si ce n’est à l’exemple de la cour depuis François 1"? Les vertus privées de Louis XVI ne préservèrent pas la sienne de la licence que le règne de Louis XV y avait comme fondée; et qui pourrait dire que les maîtresses de Louis XV ne furent pas autorisées par celles de Louis XIV, celles de Louis XIV par celles de Henri IV, celles-ci par les maîtresses des quatre derniers Valois , et ces dernières enfin par celles de François Ier, au-delà duquel on ne trouve pas , dans l’histoire des rois de la troisième race, le scandale de maîtresses avouées et placées au premier rang à la cour 1 ? Les Du Barry, les Pompadour, les Là Vallière , les Fontanges , les Montespan , les marquise de Verneuil , les duchesse de Beaufort ,

1 La Cassinel, maîtresse du dauphin, fils de Charles II, Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII, n’avaient point de rang à la cour : leur désordre était connu , mais n’était pas honoré, et par cette raison n’avait point d’influence sur les mœurs générales. Isabelle de Bavière, femme de Charles VI, était une dévergondée; mais elle était traitée comme telle; le peuple l’appelait la grande gaure : preuve du mépris attaché de son temps à l’incontinence. Remarquez d’ailleurs que ces femmes, sont de plus d’un siècle antérieures à François Ier, et que du-

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et tant d’autres rivales de nos reines, n’eurent-elles pas pour patronnes et pour modèles la duchesse d’Étampes, la comtesse de Chateaubriand et Diane de Poitiers , ces fameuses maîtresses de François Ier, dont la dernière fut aussi, et sous ses yeux, la maîtresse de Henri II son fils?

Ce fut à l’exemple des rois que les grands, depuis François 1er, eurent hautement des maîtresses, des petites maisons 3 et mirent le mépris des engagements légitimes tellement à la mode, qu’à la fin du règne de Louis XV, il n’y avait bourgeois un peu aisé qui ne rougît de donner .le bras à sa femme en public, ni si petite bourgeoise un peu agréable qui ne rougît de se laisser voir sans un amant : dépravation qui ensuite alla au point de ne pas permettre même d 'aimer sa maltresse1 .

La révolution a mis fin à plusieurs de ces désordres, et nous aimons à penser cpie rien n’en retrace aujourd’hui les plus graves. Cependant il ne faut pas se flatter que toutes les traditions dès mœurs anciennes soient complètement effacées.

rant les règnes qui précédèrent immédiatement le sien, je parle des règnes de Louis XI, de Charles VIII et Louis XII, on ne vit point de maîtresses disputer , même dans la vie domestique, le cœur des princes aux épouses légitimes.

1 « Il y a déjà long-temps, écrivait en 1778 un Anglais à milord C***, qu’il n’était plus permis à Paris qu’aux bourgeois d’aimer leurs femmes. Les règles du bel air sont devenues plus sévères : elles ne permettent pas meme aujourd’hui d’aimer sa maîtresse. » Lettr. de Le Blanc, t. I, p. 375.

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Si la nation manque toujours de cet esprit mâle qui donne la sûreté, la force, la persévérance nécessaire dans les affaires publiques; l’activité, la constance, l’économie, la modération , qui seules assurent les succès des entreprises particulières; si elle manque, même dans les classes élevées, de cet orgueil qui dédaigne les petites gloires, les petits honneurs , les petites réussites, les petits plaisirs ; si quelque chose d’efféminé perce toujours dans un Français; enfin si nos mœurs politiques sont molles et presque lâches, nos mœurs sociales toujours vaines, nos mœurs domestiques toujours légères et par leur légèreté souvent cruelles : c’est l’inévitable fruit de cette galanterie qui, devenue depuis François Ier le caractère national , donne, comme le dit Montesquieu, du prix à tous les riens, l’ôte aux choses importantes, et produit l’oisiveté, le luxe et l’intempérance.

Le nom respecté de Henri IV se rencontre parmi ceux des princes qui ont propagé le scandale des maîtresses déclarées, depuis François Ier. Ne glissons pas sur un reproche si grave avec la légèreté de quelques fades historiens , qui ne voient qu’une innocente galanterie dans la conduite de ce prince. Sa cour n’a-t-elle pas été infectée de l’incontinence des derniers Valois? la dissolution de ce prince n’a-t-elle pas contribué plus que son culte à la longue résistance opposée par une partie de la France à sa légitime autorité? n’a-t-elle pas fortifié les oppositions de la ligue, accrédité ses prétextes? et

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enfin la catastrophe qui a terminé la vie de ce roi malheureux, n'a-t-elle pas été le triste résultat de la folle et criminelle passion où le jeta sa longue habitude de plaisirs désordonnés'? Et la mort prématurée de Henri IV est-elle la dernière catastrophe qui puisse être imputée aux traditions de François Ier? Qui osera affirmer que tous les souvenirs accumulés en 1789 dans l’esprit de la nation ne furent pour rien dans son indignation , lorsque Louis XVI lui demanda de nouveaux sacrifices pour couvrir des abus invétérés dont il ne lui avait pas été donné d’arrêter le cours ; et n’est-ce pas à cette indignation que doit être imputé l’évènement qui a terni et attristé la fin du dix-huitième siècle ?

En ramenant la proposition d’Anquetil à ses éléments positifs, on peut la traduire ainsi :

Les défauts de François Ier n’ont produit que le débordement des mœurs nationales, le mépris des droits et des garanties politiques , l’envahissement de la fortune publique, l’intolérance et la persécution en matières religieuses, quatre grands mas-

1 « La galanterie avait commencé à la cour sous le règne de François Ier; elle fut bientôt suivie de' la débauche sous Henri II ( ajoutez la crapule sous Henri III ). Une foule de vices avaient suivi en France Catherine de Médicis; et quoique la cour de Henri IV fût moins corrompue que celle des rois précédents, elle était encore remplie de beaucoup de désordres. » ( Duclos, Histoire de madame de Luz, anedocte du règne de Henri IV. )

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sacres, une guerre intestine de quarante années, l’assassinat de plusieurs grands personnages , la mort violente de quatre rois.

En compensation , les bonnes qualités du monarque nous ont donné la splendeur de la cour de France , la légèreté et l’aménité qui sont les trompeurs attributs de la galanterie.

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