DE LA VANITÉ DU MÉRITE PERSONNEL
Parlons d’abord de la vanité du bel esprit.
Duclos, dans ses Considérations sur les mœurs , chap. i 2 , parle de la manie du bel esprit comme d’une maladie de son temps : c’était le milieu du siècle passé. Il reconnaît que cette manie était un effet de la vanité.
Sans examiner jusqu’à quel point les lettres contribuent à rendre un état florissant, il établit que le goût du bel esprit est trop répandu pour l’intérêt de la société et pour l’intérêt de l’esprit même; que les devoirs du magistrat , du guerrier, du commerçant, en souffrent, et que les gens de lettres ne gagnent pas à la manie, ou, si l’on veut, à la mode du bel esprit. « La foule des prétendants au bel esprit fait, dit-il, qu’on distingue moins ceux qui ont îles droits, d’avec ceux qui n’ont que des prétentions. » Il recherche aussi d’où vient la vanité qu’on tire du bel esprit.
«D’abord les hommes dont l’oisiveté forme pour ainsi dire l’état, se font amateurs, et se portent pour arbitres du goût; ils conseillent, ils critiquent, ils protègent, ils se croient de part dans les ouvrages dont ils s’occupent : ils se font par là une petite existence, une petite réputation de société: incapables néanmoins de rien produire et de soutenir l’épreuve d’un ouvrage publié.
» La vanité qu’on tire du bel esprit, plus que xje tout autre usage de l’esprit , vient d’abord de ce