DES MOEURS GALANTES
trahison, ont voué ces vices au plus sanglant mépris.
Il impose une certaine noblesse et une certaine dignité de ton et de manières, parce que les femmes ne veulent pas faire leur esclave d’un esclave , leur conquête d’un homme sans honneur, leur propriété d’un homme inutile.
Nous devons au commerce des femmes ,par la galanterie, notre caractère sympathique, communicatif, liant, notre urbanité, notre politesse, notre aménité. « Il est plus facile, dit l’auteur des Lettres persanes , à un Asiatique de s’instruire des mœurs d’un Français en un an, qu’il ne l’est à un Français de s’instruire des mœurs d’un Asiatique en quatre. La galanterie donne du goût, de la grâce, de la légèreté, de la gaieté à la politesse , et la dégage de toute apparence de bassesse. Elle affile l’esprit et affine les âmes. Je me sers de deux expressions de Montaigne.
L’élégance des manières est encore relevée par celle de la parure. « Le Français , dit Raynal , domine dans les cours au moins par sa todette; son art de plaire est un des secrets de sa fortune et de sa puissance. D’autres peuples ont maîtrisé le monde par des mœurs simples et rustiques; il était réservé au seul Français d’y régner par ses vices. »
Serait-ce un paradoxe absolument insoutenable, de dire que de la galanterie, habitude si contraire
205 r>E QUELQUES BONS EFFETS
aux mœurs, est née la décence, la bienséance, parmi nous?
La décence et la bienséance sont des règles de goût bien plus que de morale.
Plus les mœurs sont débordées, plus on craint le dégoût qu’elles peuvent inspirer : plus elles sont hideuses, plus on a d’intérêt à les cacher.
D’un autre côté, plus la galanterie est répandue, plus les esprits acquièrent de .délicatesse, de finesse et de tact.
Les Français sont pétris de vanité; mais à côté de cette vanité est l’honneur; non cet honneur élevé qui tient à un noble orgueil ou au respect de soi-même, ou cet honneur pur, qui est une autre conscience, et a besoin de sympathiser avec celle des gens de bien; mais cet honneur avide de distinctions plus que de mérite, et d’importance plus que de considération, et à qui les humiliations n’en sont que plus insupportables. Cet honneur imparfait, même faux et condamnable à quelques égards, et dans lequel il entre plus de pudeur que de vertu , est néanmoins suffisant pour opérer de grands effets et produire d’heureux résultats.
Montesquieu a dit avec raison qu’on pouvait faire de grandes choses par la vanité. « Philosophiquement parlant , c’est , dit-il , un honneur faux qui conduit en France toutes les parties de l’État; mais cet honneur faux est aussi utile au public que ïe vrai le serait au particulier qui pourrait l’avoir. Et n'est-ce pas beaucoup d’obliger les hommes à