CHAPITRE II
Caractères de ce qu’on peut appeler les mœurs politiques avant la révolution, ou plus proprement les mœurs de la vie publique.
Quand nous avons dit que les femmes donnaient la plupart des emplois publics, nous avons déjà donné une idée du caractère des personnes qui s’y destinaient et y parvenaient; et quand nous avons reconnu que ces personnes étaient ces hommes agréables dont les femmes galantes disposaient par la mode et le ridicule, nous savons à peu près ce que devaient être aussi et par imitation tous les personnages qui se destinaient à des charges vénales, les seules que la faveur ne donnât point alors.
L’éducation des uns et des autres était la même. La première occupation de la vie sociale, sa première étude étaient la galanterie. Une affaire de cœur j où le cœur n’était pour rien, était à l’entrée dans le monde ce qu’une affaire d’honneur était pour un jeune militaire qui entrait dans un
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régiment ; de là ces moeurs énervées, frivoles, légères , qui rendaient incapable des occupations dans lesquelles le savoir, le talent, l’application, étaient nécessaires, au lieu de grâce et de gentillesse ; de là ces jeunesses prolongées jusqu’au terme de l’existence.
Les professions utiles étaient le partage des hommes solides ; il ne restait aux gens de bonnes manières que les emplois publics dont les femmes avaient à peu près seules la distribution , et les magistratures qui se vendaient à prix d’argent. Ainsi à l’attrait que la cour avait donné aux emplois se joignait la nécessité résultante de l’éducation qu’on avait reçue des femmes.
Les emplois publics semblaient donc être la Carrière ouverte par la nature aux destinées humaines ; il paraissait absurde de n’y point entrer et honteux de s’y arrêter lorsqu’on en avait une fois franchi la barrière.
De là l’opinion qui regarda le champ des professions libres du commun état comme une terre de proscription d’où il fallait s’échapper du momeut qu’on avait acquis la force de marcher- Les pères qui s’y étaient enrichisse hâtaient d’en sortir; les plus modestes se contentaient d’en inspirer l’aversion à leurs enfans et de leur montrer une voie opposée.
Me sera-t-il permis d’observer en passant quel dopiruage causait à la société cette habitude de quitter la profession paternelle, d’interrompre des
recherches , de laisser sans suite des essais qui auraient pu perfectionner un art important , d’enlever des capitaux nécessaires au développement d’une industrie encore faible, en un mot déconsidérer un champ dont il fallait s’honorer de cultiver toute l’étendue, comme un chemin frayé qui ne pouvait servir qu’à mener plus loin et qu’on pouvait fouler d’un pied dédaigneux.
Que La Bruyère avait raison de dire :« Il faut en France beaucoup de fermeté et une grande étendue d’esprit pour se passer des charges et des emplois! Personne, presque, n’a assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité'; et pour dire aux grands : nous n’augmenterons point votre cour ; notre exemple diminuera peut-être le nombre de vos esclaves, vous privera du plaisir de vous faire prier, presser, solliciter, de faire attendre ou de refuser, de promettre et de ne pas donner.» Où trouver ces nobles caractères à qui il appartenait, selon La Bruyère, « de rendre ridicules et odieuses les brigues , les cabales , les mauvais offices, la bassesse, la flatterie, la fourberie des cours; de remettre de la dignité dans les différentes conditions des hommes, de la sérénité sur leurs visages ; de réveiller dans les gens de cour euxmêmes, avec les talens naturels, l’amour du travail; de les exciter à l’émulation, au désir de la gloire, à l’amour de la vertu, et, au lieu de courtisans vils, inquiets, inutiles, souvent onéreux à la république, d’en faire ou de sages économes
ou d’excellens pères de famille, ou des juges intègres , ou de grands capitaines , ou des orateurs ou des philosophes qui n’éprouveraient d’autres inconvéniens de cette conversion que de laisser à leurs héritiers moins de trésors que de bons exemples ! ■>
Que les hommes destinés à la vie publique étaient loin de ce caractère généreux dont La Bruyère concevait l’idée! Comme à la cour les courtisans avaient apporté dans leurs relations avec le roi l’art de plaire qu’ils avaient appris dans leurs relations avec leurs maîtresses, de même dans les rangs inférieurs la jeunesse passait de sa courtoisie envers le sexe, à la courtoisie envers des protecteurs. En retranchant de la galanterie sa mignardise, en donnant un peu plus de sérieux au respect, on se servit du fond de l’art , on en mit à profit toutes les ressources pour plaire aux supérieurs. Ce fut autre chose que la politesse: c’était une obséquiosité gracieuse , presque caressante, respectueuse en même temps que familière et gaie, et sachant varier à propos ses formes et ses nuances.
Un homme qui se destinait aux affaires devait avoir passé par l’école du monde et du plaisir , avant de se présenter à l’entrée de la carrière; il fallait être assez assoupli pour ployer sans contrainte, et ployer toujours assez gaiement pour marquer qu’il y avait une différence entre ployer et ramper.
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A cette école il fallait encore avoir appris à cacher une cupidité toute sordide sons un air dégagé de tout intérêt personnel , une vanité toute puérile sous des formes modestes. On voyait des hommes à peine sortis de la jeunesse être tout calcul, et affecter l’oubli de leur propre existence à force de dévouement et d’empressemens sans but apparent, également attentifs à ne rien négliger pour plaire aux supérieurs et pour ne point déplaire aux inférieurs parmi lesquels pouvait se trouver un obstacle ignoré, ou un moyen de succès imprévu.
Il était cependant nécessaire d’ajouter à ce beau savoir-vivre quelque savoir-faire , à cette habitude de la société, quelque teinture des affaires, à cette habileté dans l’art de parvenir, une honnête capacité dans l’exercice d’un emploi. Cette capacité se bornait à être au niveau des affaires, par negotiis , rien de plus ; être clair dans leur exposition , fûtce aux dépens de la profondeur; court, fut-ce aux dépens du fond de la question; éluder les questions difficiles à éclaircir; avoir une certaine triture; savoir discerner les affaires qui devaient suivre une marche régulière de celles qui devaient avoir une allure particulière , séparer la part des circonstances de la part des règles, connaître les modifications que demandent les choses et les personnes, savoir faire marcher ensemble, sans brujt et san§ scandale , l’exécution des lois pour les uns, les exceptions pour les autres; observer
îes convenances; être homme du monde dans les affaires et homme d’affaires dans la société : cela s’appelait la capacité.
Il le faut avouer ; dans ce système , pétri de main de femmes, l’exercice de l’autorité était d’une surprenante facilité; dans aucun temps, dans aucun pays, la machine de l’administration n’eut un mouvement si doux et ne fil si peu de bruit. L'obéissance n’attendait pas le commandement; elle le mettait souvent en retard. Elle sauvait la rigueur ou la pudeur de certains ordres et se serait crue coupable d’en laisser l’embarras.
Mais plus la machine du gouvernement agissait doucement- sur elle-même, plus ses coups étaient assurés sur le reste de la nation. Et parce que c’était une bonne condition dans l’état que d’être agent du gouvernement, c’en était une mauvaise d’être simple particulier.
Par le double enchaînement des patronages et des clientelles,des protecteurs et des protégés des deux sexes, la cour exerçait une puissance arbitraire qui s’appuyait, non sur des gardes prétoriennes, ni sur des stréliîz, ni sur des janissaires, mais sur des légions de femmes voluptueuses et galantes.
Le personnage qui était dans la série des protégés pouvait tout se permettre impunément.
* Un homme protégé, dit La Bruyère, est dans sa province, tout ce qu’il lui plaît d’être, parjure, assassin; il bride ses voisins, et il n’a pas besoin d’asile. » Par la même raison , le financier conçus-
sionnaire dont la fille avait le tabouret bravait le danger de la sellette.
Ici je m’arrête , saisi par la crainte secrète de m’ëtre laissé aller à l’esprit satirique et d’oublier que je me suis promis uniquement de faire une ébauche historique, imparfaite sans doute, mais non infidèle, des temps qui ont précédé la révolution. Je me hâte donc démarquer distinctement les exceptions honorables que j’ai déjà indiquées parmi ce vulgaire d’hommes jetés dans les affaires publiques, par la cupidité , la basse courtoisie et la galanterie. C’est un fait dont il est impossible de douter que sur dix hommes qui parvenaient aux emplois par l’intrigue , il en arrivait un ou deux par le mérite, qu’un certain nombre d’esprits solides, appliqués , capables, perçaient par l’utilité et la nécessité à travers toutes les futilités, pour diriger cet ensemble où la masse faisait fonction de machine, et surtout pour assurer la marche des hommes en place éminente; c’étaient, comme on l’a dit, des roues de cuivre qui faisaient tourner des aiguilles d’or.
Je dois dire aussi que ces mœurs dont j’ai essayé de donner l’idée ont éprouvé un notable changement à la mort de Louis XV ; que l’esprit public, né de l’esprit philosophique , alors la seule gloire de la France , prit son essor au commencement du règne de Louis XVI ; qu’un grand nombre de Français de tous les rangs se consacrèrent dans ce temps-là à l’étude des intérêts réels
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de la société et de sqs droits; qu’un nouveau cours fut ouvert à l’adYninistration publique ; qu’on fit couler pour ainsi dire dans un nouveau lit , les affaires jusque là abandonnées à la corruption des bureaux ; que des assemblées provincinciales furent instituées , et qu’enfin la France vit dans les affaires publiques , une espèce d’hommes, pour ainsi dire nouvelle, tant ils y avaient été jusque là étrangers, et tant ils différaient de ce qu’on appelait les bureaux.
Ce fut par les assemblées provinciales qui se joignirent aux états des anciennes provinces et aux parlemens', que commença la révolution de 1 789 ; leur concert fit convoquer les notables à îa cour; les notables firent convoquer les étatsgénéraux : alors commencèrent les mœurs politiques. Ce qui suivit excède les bornes de mon sujet.
Pour que ce chapitre réponde à son’ titre, il ne suffit pas que j’aie parlé bien ou mal des hommes qui parvenaient par l’intrigue des femmes aux places d’administration ou de finance.
J’ai aussi quelque chose à dire des mœurs des gensdeglise, de celles des magistrats, de celles des hommes de guerre.
Les hauts grades militaires étaient réservés aux hommes de grand nom ; mais un grand nom ne suffisait pas toujours pour abréger des délais plus ou moins prolongés ; les sollicitations des
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femmes étaient souvent nécessaires pour accélérer les nominations. Je parle ici des femmes exerçant l’empire acquis à leur sexe, toute galanterie à part ; c’était quelquefois l’épouse légitime qui demandait, et pour peu quelle eût de charmes, elle ne croyait pas pouvoir demander en vain * : plus souvent c’était une amie officieuse : «J’entendis l’autre jour, dit Rica , dans les Lettres persanes , une femme qui disait 11 faut qu’on fasse quelque chose pour ce jeune colonel ; sa valeur m’est connue , j’en parlerai au ministre. » Un jeune homme de la cour qui joignait une jolie femme à un nom illustre était sur de son fait; en vertu de cette position, il ne s’appliquait nullement à l’art qu’il devait pratiquer. Il laissait, comme dit Duclos,aux subalternes, l’étude de ce qu’il appelait le métier.
L’empire des femmes se manifestait sur l’armée tout entière, par un singulier phénomène; leur influence était un principe de bravoure, leur possession était le couronnement le plus ambitionné de la gloire militaire : et cependant l’attrait de leur société , l’habitude de leur commerce , l’impuis-
1 Bien de meslecteurs se rappelleront ici la lettre que madame la vicomtesse de L...., née Boulogne, écrivit au maréchal Ségur , ministre de la guerre, parce que, sans égard à sa recommandation, le ministre n’avait pas compris son mari dans une promotion de colonels. Cette lettre est un chefd’œuvre d’insolence ; la réponse du maréchal est un modèle de laconisme et de dignité.
sauce d’en supporter l’éloignement, rappelaient les armées du sein même de la victoire, lorsqu® les guerres étaient prolongées et que le théâtre était éloigné de la France. Cette habitude faisait que « dans les pays étrangers , ils n’étaient touchés que de ce qu’ils avaient quitté , qu’ils ne regardaient leurs victoires que comme un obstacle à leur retour ; qu’ils pouvaient supporter les blessures , les périls , les fatigues , mais non la perte de leurs plaisirs; qu’ils n’aimaient rien tant que leur gaieté et étaient incapables d’aller jusqu’au bout d’une entreprise qui ne peut manquer dans un pays sans manquer danstous les autres; ni manquer un moment sans manquer pour toujours » Les moeurs des gens d’église qui étaient en même temps gens du monde, ont suivi le cours des mœurs galantes depuis François 1er, et toute cette partie du clergé s’avançait comme lesgens d’affaires par le crédit des femmes. Aux femmes galantes étaient attachés et leurs plaisirs et leurs places et leurs intérêts. Je n’ai pas besoin d’observer que les habitudes de la partie du clergé répandue dans le monde, la seule dont je parle, n’étaient pas celles du clergé tout entier; que la classe des curés a toujours été respectable et généralement respectée. J’ai voulu faire connaître les vices qui ont résulté du règne de François Ier, sans prétendre qu’ils eussent infecté la nation tout entière. Pour qu’un vice général soit une calamité nationale , que le 1 Esprit des Lois, liv. 2, cliap. 7.
principe doive en être recherché , que ies partisans en soient détestés, c’est bien assez qu’il ait éclaté avec scandale et qu’il ait gagné la classe qui est le plus en évidence, si elle n’est pas la plus nombreuse.
Nous avons parlé de ces jeunes femmes qu’introduisait et dirigeait à la cour le grand cardinal de Lorraine , le second de François I" en galanterie, selon Brantôme; nous avons rapporté les paroles de Charles-Quint , qui pendant son séjour en France reprochait à son hôte d’avoir « appelé, installé et arrêté une si grande affluence de gens d’église, parmi de si grandes assemblées , abords et résidences de dames. »
La licence des prélats et la distribution irrégulière des bénéfices continuèrent sous les règnes des fils de François Ier et durant celui de Henri IV.
Sous Louis XIH ou plutôt sous le cardinal de Richelieu , qui était galant, mais sévère, le clergé se contint un peu davantage; il obtint moins par le crédit des femmes , et dépendit de la politique du cardinal ; mais au commencement du règne de Louis XIV, qui fut celui du cardinal Mazarin, non moins galant que Richelieu , la galanterie eut grande part à la distribution des bénéfices ; on vit dans les abbayes les abbé Cottin qui faisaient des madrigaux plus que galans; un abbé de Pure, qui faisait 1 histoire galante des Précieuses; un abbé d’Aubignac, qui publiait une Relation du royaume de coquetterie.
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Vers la fin du siècle, quand madame de Maintenon et la dévotion se furent emparées deLouisXIV, et que l’hypocrisie fut à la mode, des prêtres dissolus s’établirent près des femmes galantes sous le titre de directeurs , et prétendirent allier les honneursde la verluavecles plaisirs de l’incontinence.
La Bruyère insinue d’abord ce que c’était qu’un directeur . « Si une femme pouvait dire à son confesseur avec ïes autres faiblesses . celle qu’elle a pour son directeur, et le temps qu’elle perd dans son entretien, peut-être lui serait-il donné pour pénitence d’y renoncer. » Il nous apprend ensuite fort disertement ce qu'il en sait; n’oublions pas que son livre est de 1687 ; « C’est, dit-il, un homme qui gouverne plusieurs femmes; il cultive leur esprit et leur mémoire , fixe et détermine leur religion , il entreprend même dérégler leur coeur. Il est le dépositaire de leurs joies, de leurs jalousies, de leurs haineset de leurs amours; il les fait rompre avec leurs galants ; il les brouille et les réconcilie avec leur mari , et il profite des interrègnes ; il sollicite leurs procès et voit leurs juges ; il leur donne son médecin , son marchand , ses ouvriers ; il s’ingère de les loger, de les meubler , et ordonne de leur équipage. On les voit avec elles dans leur carrosse , dans leur banc à un sermon , dans leur loge à la comédie ; il les accompagne au bain, aux eaux, dans les voyages; il a le plus commode appartement chez elles; à la campagne; les enfans, les héri-
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tiers, la bru , la nièce, les domestiques, tout en dépend. »
Trente ans plus tard l’auteur des Lettres Persanes a peint un personnage du même genre. «Quel est ce gros homme vêtu de noir que cette dame a fait placer près d’elle? Comment a-t-il un habit si lugubre avec un air si gai et un teint si fleuri? Il sourit gracieusement dès qu’on lui parle; sa parure est plus modeste , mais plus arrangée que celle de vos femmes. • — C’est un prédicateur et, qui pis est, un directeur. Tel que vous le voyez , il en sait plus que les maris; il connaît le faible des femmes; elles savent aussi qu’il a le sien. — Comment, dis-je, il parle toujours de quelque chose qu’il appelle la grâce? — Non , pas toujours ; à l’oreille d’une jolie femme il parle encore plus volontiers de sa chute. Il foudroie en public, mais il est doux comme un agneau en particulier... Il fait la douceur de la vie retirée; petit conseil, soins officieux , visites marquées. Il dissipe un mal de tète mieux qu’homine du monde... »
La galanterie, qui constituait aux ecclésiastiques tant de bénéfices privés au sein des familles même, ne cessait pas pour cela d’intriguer pour leur procurer ceux que donnait l’État.
Ce même Rica des Lettres Persanes qui cite une femme se préparant à faire un colonel, ajoute: «Une autre femme disait : Il est surprenant que ce jeune abbé ait été oublié, il faut qu’il soit
évêque : il est homme de naissance, et je pourrais répondre de ses œuvres. »
Pendant la minorité de Louis XV, les abbés franchement libertins, à l’exemple du cardinal Dubois, devinrent à la mode : c’était le temps des abbés de Grécourt et des Vergier.
Quand Louis XV eut des maîtresses , on vit les abbés fades et fats tels que celui de la soirée à la mode. C’était un abbé Favre qui chantait les quatre parties de la toilette, un abbé de Voisenon qui faisait les comédies deFavart, vivait avec sa femme, et publiait des contes licencieux; à leur tête était le cardinal de Bernis, courtisan de madame de Pompadour, et le madrigal en personne.
Alors plus que jamais la galanterie qui avait impatronisé les abbés dans toutes les bonnes maisons, déterminait aussi la distribution des bénéfices à la nomination du roi '.
La vénalité des charges de magistrature qui s’est tant attiré de mépris, sans altérer le respect accordé aux magistrats (résultat remarquable ), la vénalité a du moins préservé les aspiransà la ma-
1 On trouve daus tous les mémoires du temps ce quolibet d’une courtisane célèbre par sa véracité caustique et plaisante ; mademoiselle Arnould. On parlait devant elle de mademoiselle Guimard , première danseuse de l’Opéra, devenue la maîtresse de l’évèque d’Orléans, ministre de la feuille des bénéfices , dont elles faisait trafic. Elle était d’une extrême maigreur : c’est, dit mademoiselle Arnould, une petite chenille ; mais la voilà sur une bonne feuille.
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gistrature de la nécessité de l’intrigue et de l’intervention des femmes galantes; les magistrats ont été exempts de cette souillure, mais l’ascendant des mœurs s’est aussi exercé sur une partie de la jeunesse qui entrait dans sa composition.
Nous avons vu, et l’on voyait du temps de lia Bruyère « Un certain nombre de jeunes magistrats que les grands biens et les plaisirs ont associés à quelques uns de ceux qu’on nomme à la cour des petits maîtres ... Ils prennent de la cour ce qu’elle a de pire; ils s’approprient la vanité, la mollesse, l’intempérance, le libertinage, comme si ces vices leur étaientdus... » C’étaient là les attributs de la galanterie qui régnait à la cour.
Je répète en finissant que je n’ai pas eu l’intention de peindre dans mon ouvrage les mœurs de la nation entière; mais seulement de montrer les vices répandus dans les classes oisives par l’influence du système de cour institué sous François P*. Je n’ai donné confiance aux écrits satyriques des contemporains que quand je les ai vus confirmés par de grandes autorités telles que La Bruyère , Duclos, Montesquieu, dont les ouvrages ne sont pas moins des monuments historiques, de véritables chroniques de mœurs, que des monuments glorieux de notre littérature. Je pourrais terminer cette partie de mon ouvrage par l’épigraphe qu’on trouve en tète des premières éditions des Caractères de La Bruyère dont j’ai si souvent cité
les paroles, épigraphe qui a disparu , je ne sais pourquoi , des éditions récentes :
ddmonere voluimus , non mordere: prodesse, non lœdere : comulere moribus hominum , non officere. Erasm.