‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 79 sur 88 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

C’< st une erreur de croire que les gouvernëmens s’attachent les hommes par la corruption et les séductions. Exemple de Louis XII, qui s’attacha les Français par un moyen opposé. Autre exemple tiré du temps présent. Exemples des révoltes qui résultèrent des faveurs aveugles de François I" et de ses fils, de leurs dilapidations en faveur des courtisans, et de leurs profusions vaniteuses. La Ligue. Le massacre de la Saint-Barlhélemi. La Fronde. La révolution, les calamités qui ont accompagné ce grand et heureux évènement. Les massacres de la terreur, etc.

On a loué François Ier d’avoir soumis et enchaîné les grands de l’état par les délices de sa cour et par les séductions exercées sur leur vanité. Cet éloge renferme une erreur de fait et une plus grande erreur de principe.

C’est une opinion fausse de croire que les hommes

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se gouvernent par la corruption , nous en verrons la preuve dans un moment.

Attacher les peuples au monarque par des liens graduels est en soi très bien, je veux dire sage et légitime, si les liens sont doux et s’ils attachent sans corrompre. C’est un bien si les influences se dirigent suivant les lois qui règlent l’usage de l’autorité ; si , procédant du même principe, elles conduisent au même but. Alors elles sont utiles et bienfaisantes ; elles font un plaisir de l’accomplissement du devoir; elles conduisent au bonheur par le bonheur même. Mais si elles se dirigent contre les lois et dans l’intérêt d’un pouvoir arbitraire, si, procédant des vices et des passions du monarque, elles conduisent à l’oppression des peuples et à leur corruption , elles sont odieuses et criminelles.

Les influences légitimes n’ont besoin pour s’exercer que des agens mêmes des lois pourvu qu’ils soient bien choisis. La gradualité des emplois publics fait celle des influences légitimes. Que le chef de l’état se fasse chérir et respecter des administrateurs , des magistrats , des chefs militaires , qu’il les oblige à mériter les mêmes sentimens de la part de leurs inférieurs , et ainsi de grade en grade jusqu a ceux qui ont une action immédiate sur les citoyens, voilà tout ce qu’il faut et voilà tout ce qui est convenable à l’autorité. Le règne de Louis XII est un exemple de la force que l’autorité royale peut tirer de l’amour du peuple \

J Le règne de Louis-Philippe en est un autre. En deux.

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Figurons-nous Louis XII renaissant pour régner sur la France , et placé au milieu de la cour de Louis XIV : on lui explique toutes les lignes horizontales et perpendiculaires sous lesquelles sont rangées les personnes composant la cour, les affiliations qui en dépendent jusque dans les derniers recoins de l’empire ; on lui montre le code de l’étiquette qui gouverne la tête, les influences morales de clientelle et de patronage qui gouvernent le corps et les extrémités; on lui fait connaître la nécessité de toute cette machine pour s’assurer de l’obéissance des peuples : « Que de choses, dirat-il, dont je n’ai pas besoin ! que d’obstacles même pour moi dans ces prétendues facilités! Est-ilbien nécessaire au prince qui veut gouverner les peuples de réunir tant de moyens de se faire mésestimer? »

Dans ie fait , quel besoin avait François Ier de tout cet artifice de cour qu’il a mis en usage? Louis XI avait comprimé les grands par la ter-

années ce prince a fait des preuves que de longs règnes offrent rarement l’occasion de présenter.

Il ne s’est pas écoulé trois mois de suite depuis qu’il est sur le trône sans qu’une tentative de révolte ait mis à l’épreuve sa sagesse, sa modération, sa bonté, sa clémence, et en même temps la confiance , l’affection , le respect , le coulage de la population armée de Paris.

Enfin, au mois de juin , les factions combinées opèrent un soulèvement dans l’ouest , une descente d’exilés dans le midi , une révolte sanglante dans la capitale : en quinze jours tout a été dissipé.

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reur. Anne de Beaujeu, sa fille, tutrice de Charles VIII, son jeune frère, les avait rassurés puisa douceur , par sa justice et ses ménagemens. Louis XII et Anne de Bretagne les avaient attirés à leur cour en plaçant honorablement leurs femmes dans la maison de la reine ; ils avaient gagné leur affection en adoptant leurs filles, en leur donnant une belle et solide éducation, en leur procurant des établissemens convenables; enfin en leur donnant des emplois. L’attrait de cette cour, tout ensemble doux et puissant, était avoué par la morale ainsi que par le goût, par les intérêts les plus chers et les plus légitimes, comme par l’inclination pour les plaisirs nobles et délicats.

Rien ne restait à faire pour soumettre les grands, je ne dirai pas aux volontés du roi et à ses caprices , mais à l’autorité royale, aux lois de l’État. Contre un prince qui régnait par lui-même, qui avait l’amour de ses sujets, toute entreprise, toute révolte aurait été périlleuse et inutile. La justice, l’ascendant de quelques bienfaits mérités, l’exemple des vertus publiques et particulières, suffisaient pour rendre la soumission facile, habituelle, générale, et la faire passer dans les moeurs et dans les consciences.

En résultat donc, Louis XII n’avait rien laissé à faire par François Ier , pour contenir dans les grands l’esprit d’indépendance et de révolte. Il les avait acquis à la couronne par des moyens hono-

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râbles pour eux et pour la royauté. François Ier n’a fait que substituer la corruption et l’avilissement ries gens de cour à leur élévation et à leur moralité, dans la vaine espérance de conserver leur soumission et leur fidélité.

Voyons donc comment ce système lui a réussi, et si la corruption donne au pouvoir autant de sûreté et de solidité , qu’elle promet de facilité et d’agrément.

Après avoir contemplé le système de cour qui prit naissance sous François Ier pour l’établissement d’une royauté toute-puissante , après avoir vu ouverte pour cet effet, au sein de la nation, une source de vices qui y prit son cours avec rapidité, ou remarque avec surprise des révoltes et des guerres civiles naître en même temps de l’ambition de ces courtisans auxquels la royauté croyait avoir donné des chaînes puissantes par leur douceur, je parle de la Ligue et de la Fronde *; et, plus tard , naître de ces guerres civiles ce fond de mépris et cette suite de griefs qui, en 1789, éclata contre les grands et le roi, causa la mort de Louis XVI, et amena la plus sanglante tyrannie sous le nom de république.

Le premier qui , à l’aide d’un faible levier, souleva un énorme fardeau auquel il n’osait mesurer

* J’ai ébauché l’histoire vraie des guerres dites de religion jusqu’à la description de la Saint- Barthélemi au deuxième volume de mes drames historiques.

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