CONSÉQUENCES HISTORIQUES
sa force , dut être ravi de cette découverte et prendre une haute idée de son génie et de sa puissance. De même quand François Ier éprouva la facilité de tout mouvoir et de tout contenir d’un regard autour de lui et loin de lui dans l’étendue d’un vaste empire, il dut croire que son prodigieux esprit avait découvert le secret merveilleux de régner sans peine , sans soin , sans savoir, et avec une sûreté hors de toute atteinte.
Malheureusement, le levier, le point d’appui sur lequel il posait , le fardeau qu’il avait à soulever, n’étaient pas d’une substance qui se soumît aux lois de la mécanique. Ce levier, c’était le goût du plaisir; le point d’appui c’étaient la mollesse, la vanité et la cupiditédes courtisans; etlefardeauàsoutenir, c’était l’autorité royale contre les hautes ambitions et l’indomptable orgueil de queiquesgrands doués de la double puissance de l’esprit et du caractère. Ceux-ci eurent bientôt mis le levier en bascule, et ils ballottèrent en se jouant les successeurs de François Ier, qui avait cru en armer la puissance royale \
Dejeunes rois comme étaient les derniers Valois dûrent prendre goût à la manière d’être servis que François Ier avait établie ; trouver doux et commode de régner sur leurs olhciers comme sur leurs maîtresses, par une sorte de charme, de n’avoir besoin pour récompense que d’accorder un peu de faveur, pour punir que de faire sentir la disgrâce; ils croyaient que le monarque dont ils
DU RÈGNE DE FRANÇOIS l": JI7
possédaient l’héritage avait atteint le faîte de l'art de régner, en parvenant à tout faire et à tout empêcher d’un regard , cuncta supercillo. Alors ils ne se soucièrent plus des lois, des magistrats; ils dédaignèrent la froide et raide exactitude de l’obéissance : l’obéissance leur parut grossière en comparaison des empressemens , de la prévenance, de la prescience de leurs besoins, de leurs désirs, de leurs fantaisies. Les ressorts du pouvoir furent détendus comme superflus et comme insuffisans en même temps. La royauté fut désapprise; on ne parla plus du pouvoir que Comme d’un art prestigieux; c’était là toute sa capacité; on croyait la servitude assurée par des chaînes de fleurs au sein des plaisirs. Cependant l’ambition veillait et contemplait avec une attention malveillante et soutenue ces misérables illusions cpii laissaient échapper le pouvoir; elle attendait l’occasion de s’en saisir.
On conçoit de quelle infirmité d’esprit et de caractère durent être atteints des princes élevés dans cette sorte d’ivresse continue. Aussi les fils et les petitsfils de François Ier furent-ils fort au-dessous de ces rois de la première race qu’on a nommés fainéans , car ceux-ci l’étaient par la constitution de l’État qui remettait le gouvernement à un maire du palais élu par la nation , et les derniers Valois l’étaient volontairement et par système. Voltaire a dit de Charles IX , l’un d’eux , que le ciel l’avait marqué du sceau de sa colère. Cette image est trop relevée pour peindre des princes marqués de l’i-