TROISIÈME RAGE
les forces d’un pouvoir sans division, sans distraction , avec tous les avantages de l’unité monarchique contre une ligue anarchique. L’histoire a semblé vouloir perdre cette importante vérité que /’ autorité rojale a péri par la cour , a été sacrifiée par les officiers de la couronne et maison du roi. On a souvent dit figurément : La cour a perdu le roi ; la cour a ruiné le trône. Cette fois elle l’a précisément et réellement renversé. Et pourquoi ne pas le dire? A-t-on peur d’empêcher que cela ne recommence?
J’ai établi mon opinion sur ce sujet dans une discussion qui sera jointe à ce mémoire, et qui forme elle-même un mémoire de quelque étendue.
ETAT DE LA COUR DE FRANCK DURANT LA TROISIÈME RACE jusqu’à FRANÇOIS 1er.
Peu après la renaissance d’une nouvelle royauté sous une troisième race de rois, cpie les grands vassaux, s’ils n’eussent pas été eux- mêmes des usurpateurs, auraient eu seuls le droit d’appeler usurpatrice, car elle n’usurpa que sur le gouvernement féodal, les grands officiers de la maison et couronne se trouvèrent réduits à cinq : le grand chancelier, le sénéchal , le grand échanson , le grand chambrier, et le comte de l’étable.
Le grand maréchal des logis, le grand veneur et le grand fauconnier étaient de simples officiers de la maison. On ne voit point reparaître de grand
COUR UE FRANCE
officier ecclésiastique ; Papocrisiaire de Charlemagne avait disparu. Les rois n’avaient plus le même intérêt que ce prince à ménager la cour de Rome, et de grandes raisons invitaient à se défier de sa politique. Le chef de la chapelle du roi ne compta plus , dans cette première période de la troisième race, entre les grands officiers de la maison de France. Hugues Capet , simple suzerain de la plus grande partie du royaume , n 'était souverain que du plus grand des fiefs qui le composaient. La magnificence et P ordre du sacré palais de Charlemagne, puissant empereur d’Occident, auraient été fort disproportionnés avec l’existence d’un si petit souverain.
Il se borna donc à cinq officiers , comme les rois de la première dynastie; et ces officiers reprirent, à quelque chose près , leur caractère primitif. Ils furent officiers de la couronne plutôt que de la maison, serviteurs de l’état plus que du prince’. Ils ne recommencèrentpas l’envahissement dupouvoir royal, mais ils en partagèrent l’exercice avec le roi ; ils n’en reçurent pas la délégation, mais ils coopérèrent à son action; ils n’eurent plus les moyens de l’usurper, mais ils le limitèrent.
o Tous ces grands officiers, dit Favin3, étaient «élus par le conseil du roi, qui les agréait et con- «firmait leur élection, ainsi qu’il se pratiquait en
1 Favin ne les appelle qu’officiers de la couronne.
’ Page 270, Traité des premiers offices de la couronne de France.