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CHAPITRE II

Les Pouvoirs d’achat

Les pouvoirs d’achat des habitants proviennent de leurs revenus, de leurs bénéfices ou du produif de leur :

. travail. Il n°y a pas grand’chose à dire des variations du

revenu pendant la première année de la stabilisation. ,

Celle-ci, évidemment, en raison du taux choisi s’est faite aux dépens des rentiers, des obligataires, de tous les possesseurs de titres à revenu fixe. La population dans son ensemble ÿ a au moins gagné d’avoir à supporter des charges fiscales sensiblement moins lourdes en elles-mêmes, sensiblement moins lourdes aussi relativement à la richesse du pays, que la France et lAngleterre. Le chiffre de la dette publique en effet en francs-or par habitant n’est que de 1.050 contre 2.400 en France et 4.280 en Angleterre. La quotité du revenu national absorbé par l’impôt représente en 1927, 15 1 4 % environ, d’après les évaluations de M. Baudhuin, contre près de 80% en France.

Dans ces conditions il eût semblé assez juste que l'Etat se préoccupât comme ilen avait d’ailleurs annoncé

l'intention d’accorder aux principales victimes dela

dévaluation du franc : les possesseurs de titres de créance, une certaine compensation, ainsi que cela s’est fait en Allemagne notamment. En fait, sauf pour les pensionnés de l'Etat, le projet n’a pas été mis en exécution et, bien qu'une partie de la presse semble devoir poursuivre une campagne à ce sujet, il est peu probable qu’elle obtienne une satisfaction qui dépasse la valeur

d'un geste. D'ailleurs, les situations ne sauraient être

- comparées en Belgique et en Allemagne. Dans ce der-

nier pays l’étalon monétaire avait perdu la presque totalité de sa valeur. Enfin il n’y a pas en Belgique une classe de la population qui n’ait d'autre ressource que

le produit de titres à revenu fixe. Il n’y a donc pas né-

. cessité pratique de restituer à une catégorie d'habitants

dans le besoin une partie du pouvoir d’achat qu’elle a perdu. Seule la notion de justice entre en ligne de compte. Il faut convenir qu'elle n’a jamais pesé très lourd dans la balance des hommes d'Etat.

En Belgique, comme dans toute l’Europe d’aprèsguerre, la répartition du revenu, ce mot étant pris dans son sens le plus large, entre le capital et letravail s’est sensiblement modifiée au profit de ce dernier. La stabilisation en Belgique a consacré les résultats de l’infla-

tion et de la dépréciation monétaire en cette matière,

. Tandis que la part du travail : les salaires, reste cons-

tante, celle du capital est amputée de tout le prélèvement de l'impôt qu'il est à peu près seul à supporter. Aussi constate-t-on au cours de l’année 1927 qu'il est peu de valeurs industrielles dont le dividende net at-

teigne 2 % du cours coté. Ce n’est pas là le seul effet de

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la spéculation qui anticipe sur le développement futur

des bénéfices de l’entreprise. Cependant cet élément doit entrer ‘en ligne de compte. De toute façon étant données le poids des charges fiscales d’une part, et d’autre part les modalités des lois d'impôts qui encouragent à rechercher des plus-values du capital plutôt qu’un gros rendement, il faut s'attendre à ce que le taux de capitalisation des valeurs reste très élevé pendant de nombreuses

années. Ge PEU

Il n’en résultera pas de réels inconvénients quand la

péréquation de la Bourse des valeurs à la dépréciation

du franc sera complètement effectuée, Mais pendant la

première année de la stabilisation, comme au temps de

l'inflation, il s’est produit une poussée de spéculation effrénée et de rapides fortunes se sont édifiées aux dépens de la masse des épargnants.

Il est difficile de se procurer des renseignements exacts

sur l'importance des bénéfices réalisés par les indus-

triels, les commerçants etc., au cours de la première année

qui à suivi la stabilisation. I] est permis de suSpecter la

pleine conformité des bilans produits avec les résultats

de l'exercice. L’ensemble de ces bilans fait apparaître un bénéfice légèrement supérieur à celui de la période

précédente. Compte tenu de la différence des valeurs du

franc belge d’une année à l’autre, il faut plutôt compter :

que les bénéfices sur la base de l'or d’une année à l’autre sont en légère diminution. La publication des premiers bilans-or confirme cette impression.

La régression des bénéfices est particulièrement sen-

sible dans le petit commerce qui a dû réduire la marge

AAA QITE E PÉALEL 3

SA

entre les prix de vente et de revient pour assurer un

courant suffisant d’affaires. La stabilisation, en consolidant la dévaluation monétaire, fait apparaître chez la 8 plupart des petits négociants, trop peu avertis des proee blèmes comptables et monétaires pour avoir pris d’utiles dispositions, un réel et parfois considérable appauvris-

sement.

La petite bourgeoisie a donc été particulièrement

atteinte en Belgique comme dans tous les pays inflationnistes par la perte de pouvoir d'achat de l’étalon monétaire qui a eu des conséquences spécialement pé- : nibles pour les pensionnés, les rentiers, les petits négo- ciants, en un mot pour la petite épargne.

7x. Il en est évidemment résulté une situation très péni- | ‘ ble pour les vieillards et les infirmes laissés à leurs propres ressources. Cependant, dans l’ensemble, les sacrifices imposés n'ont pas été aussi considérables qu’on pourrait se l’imaginer parce que souvent des femmes qui ne travaillaient pas ont pu occuper des emplois rémunérateurs et des hommes qui auraient pris leur retraite ont retardé la date de la cessation de leur activité. Aussi le train de vie de la classe moyenne s'est-il souvent amélioré. En tout cas le pays a bénéficié du produit de ce supplément de main-d'œuvre. (C’est peutêtre le seul avantage réel qu'un pays retire de l’inflation avec le profit, notable aussi, que prouve une circulation plus rapide des richesses.

Le bénéfice du supplément de main-d'œuvre aurait 2 été réduit à néant, s’il s'était produit une crise de chô-

mage. Les statistiques officielles indiquent qu'il n’en a

FAP MENT:

rien été. La moyenne des journées perdues par mille assurés et par semaine avait en effet été de 141 en 1925 et de 119 en 1926. Voici les chiffres mensuels depuis la

stabilisation

1926 movembhre ir ere 101 décembre ..:..... 163

NOR PPTANVIET UE PR RER 206 TÉVIIET, LAN NReS 187 LAS UE ATEN er l Al MAL 1 AUNISURRNE 143 ; AVTIR SU SERRES 1359 JUIN PM IRrS NES pr LL Juillet CHE TCRRS 131 ROHAN ER VER 121

Ces statistiques montrent qu’à part les mois de décem-

bre, janvier et février où se produit d’ailleurs toujours

un chômage saisonnier, l’activité industrielle s’est pour-

suivie dans le pays d’une façon normale. Malheureu-

sement les chiffres cités ne tiennent compte que des

chômeurs assurés qui constituent une minorité. Il est

probable même que la proportion des chômeurs est

plus grande parmi les ouvriers non assurés qui appar-

tiennent généralement à la petite industrie, particuliè- H

rement éprouvée.

Quoiqu'il en soit, ifne s’est pas produit en Belgique

de véritable crise de chômage à la suite de l'inflation.

Tout permet d'espérer qu’il ne s’en produira pas siles

syndicats ouvriers ne sont pas trop exigeants sur le chapitre des salaires.

Noûs allons nous étendre plus longuement sur ce su-

jet des salaires, traitements etc. qui offre un particulier

intérêt et revêt un caractère d’exceptionnelle impor-

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tance dans un pays qui avant-guerre avait fondé son économie sur l'existence d’une main-d'œuvre abondante et bon marché. |

Il est donc utile de marquer les grands traits de l'évolution de cette question depuis la date de la stabilisation, et de dégager les tendances qui s’affirment à la fin de la période envisagée.

. L’élévation rapide du coût de la vie aussitôt après la réforme monétaire devait naturellement entraîner de la part des ouvriers des demandes générales de relèvement des salaires. À cette époque, c’est-à-dire vers la fin de 1926 et pendant le premier trimestre de 1927 on a

u constater que dans toutes les branches d'industrie q :

Fe ires étaient en voie augmentation. aucou les salaires étaient d’aug tat Be

de patrons, particulièrement dans l'industrie textile et dans l’industrie métallurgique, étaient tenus par des conventions qui liaient en tout ou en partie les salaires aux mouvements de l'index number. (Ceux mêmes qui avaient conservé leur liberté d’action admettaient sans trop de difficulté des augmentations que justifiait l’élévation du prix de la vie et qui ne semblaient pas de nature à entraver l’activité générale des affaires. À cette

, 0 a « époque en effet beaucoup d'entreprises bénéficiaient de

circonstances exceptionnellement favorables. La grève

anglaise, nous l’avons vu, avait ouvert à l'industrie métallurgique ainsi qu'à l’industrie charbonnière belges de larges débouchés. D'autre par la dépréciation monétaire continuait à faire sentir ses effets et l’adaptation des prix intérieurs aux prix mondiaux en ne s’effectuant que progressivement favorisait l’activité des ex-

portateurs.

Mais l'effet de ces heureuses circonstances fut éphé-

mère. La fin de la grève anglaise marqua la reprise d’une dangereuse concurrence et la perte d’une clientèle d’oc-

casion. Les prix intérieurs s’élevèrent et la stabilisation

des prix de vente ne s’accompagna pas de la stabili-

sation des prix de revient. Dans ces conditions, un ra-

lentissement progressif des affaires se faisant sentir Î

incita les chefs d'entreprises à restreindre les frais gé-

néraux et à opposer aux demandes d'augmentation des

ouvriers des refus basés sur la crainte d’une crise de

chômage. Cet argument dont les syndicats généralement bien renseignés ne pouvaient contester le poids, a engagé

les plus intransigeants d’entre eux à user de modération

À et à faire une large part aux considérations d’opportu- P

nité.

La période qui va du printemps à l'hiver 1927 fut donc marquée par de longues et difficiles négociations entre patrons et ouvriers. Pratiquement cesnégociations n’aboutirent en général ni à des concessions notables de

la part d’une des deux parties, ni à des conflits aigus. Peu de grèves, ou des grèves courtes et localisées. Encore certaines d’entre elles, grèves des carriers à Sprimont par exemple, semblent-elles avoir été provoquées en grande partie par l’intransigeance des patrons qui préféraient la fermeture de leurs chantiers à la continuation d’une activité onéreuse.

Généralement chaque parti a conservé ses positions

en évitant de rompre les pourparlers et s’en est tenu à

l'observation du statu quo. Si des relèvements de sa-

laires ont été accordés, leur importance a été minime et,

“très disproportionnée à la hausse du coût de la vie.

ne Les positions respectives des patrons et des ouvriers à étaient Particulièrement caractéristiques dans les char- 4 bonnages où l'index déterminait pour les trois-quarts E. le montant des salaires. Les patrons s’efforcèrent de Hi, faire réduire cette proportion. D'une manière générale, ie leur désir a été de dissocier le mouvement des salaires

de celui de l’index number. En juillet 1927 l’industrie du De: lin, par exemple, dénonça la convention conclue plu-

sieurs années auparavant avec les syndicats ouvriers et

en vertu de laquelle les salaires devaient automatiquement suivre les fluctuations de l'index. (Gette conven-

Lion avait été appliquée régulièrement depuis 1922

Ts jusqu’en juillet 1927, date à laquelle les patrons se trou- >" vèrent en face d’une revendication formulée par le. À Syndicat ouvrier, et tendant à l’octroi d’une augmen-

tation résultant du nouvel index à laquelle s’ajoutait

une autre demande d'augmentation extraordinaire exigée simultanément. Les dirigeants de l'industrie linière déclarèrent que dans ces conditions la convention était

une duperie et s’empressèrent de saisir cette occasion

pour la dénoncer. Mais, en fait, ils ont continué à appli-

quer les augmentations qui auraient dû résulter de la convention si celle-ci était demeurée en vigueur. De

3 même dans la construction mécanique de la région de Gand la convention signée en octobre 1925 accordant 5 % d'augmentation automatique sur les salaires de | base, dont le tableau fut arrêté à l’époque, par chaque tranche de 25 points de l’Index National, a été dénon-

cée au début de 1927 mais a continué d’être appliquée

KO en fait, avec quelque retard cependant dans l'applica-

tion.

Une campagne de presse a d’ailleurs été entreprise

pour réclamer qu’on cessât la publication de l’Index

qui fournit des renseignements imprécis et prêtant à

interprétations erronées. :

Les ouvriers généralement se refusent à accepter la

dissociation du niveau des salaires avec celui du prix

de la vié, mais il semble que leur résistance faiblisse, principalement dans les industries qui sont les plus éprouvées par le ralentissement des affaires. On note une nouvelle tendance des syndicats à poursuivre le combat

sur un autre terrain : celui de la journée de travail de

50 fr. b. pour les ouvriers qualifiés et 40 fr. b. pour

les manœuvres.

\ Au total si ce minimum de salaire journée n’a généralement pas été atteint, on peut estimer que l’augmen-

tation accordée pendant la première année de stabi-

lisation aux ouvriers par les patrons est de l’ordre de

l0& 12:02 Parrapportià l’avantiguerre l'index-or des

salaires-horaires atteignait én automne 19271456 % |

environ. Les salaires au mois, à la semaine ou à la jour-

née étaient en effet en moyenne sept fois plus élevés qu’en 1913, ce qui représente étant donnée la dévaluation du franc belge 100 % du salaire or versé en 1913. Mais les salaires de 1913 s’appliquaient à une journée de travail sensiblement plus longue. Le chiffre de 115 % pour les salaires horaires semble donc exact. Si l’on tient compte d’ailleurs de la baisse de valeur de l'or,

le pouvoir d'achat de l’ouvrier a pu varier par rapport

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