LIVRE V, CHAPITRE II
elle nous conduira, bien au contraire, à constater les caractères essentiels de l'élément vital ; elle nous obligera à poser une affirmation des plus caractéristiques.
Déjà dans nos esquisses préliminaires , nous avons vu ressortir, avec tous les caractères de l'évidence, cet énoncé : c'est que le corps du moins parfait des êtres vivants ne peut, à aucun titre, être comparé de loin aux corps ordinaires les plus parfaits que nous trouvions sur notre terre. Et si nous voulons à toute force trouver des analogies en ce sens entre le monde inanimé et le monde vivant, nous sommes obligés de comparer l'extrêmement petit à l'extrêmement grand , l'organisme du ciron ou du mastodonte au mécanisme du globe terrestre entier, à un être qui est des billions de billions de fois plus grand qu'eux I L'homogénéité , en effet, est l'attribut saillant du plus parfait des corps isolés que nous pouvons étudier à la surface de la terre. Un cristal quelconque, si grand qu'il soit, résulte de la juxtaposition régulière d'un nombre très grand de cristaux très petits, tous identiques entre eux. Les propriétés diverses que nous trouvons dans les diverses parties d'un cristal (propagation plus rapide de la chaleur dans telle direction que dans telle autre , polarité électrique, réfraction variée de la lumière etc., etc.), ces propriétés ne sont que la somme de propriétés semblables, et semblablement dirigées dans chaque fragment composant du cristal entier.
L'hétérogénéité harmonieuse est, au contraire, l'attribut le plus saillant du plus imparfait des êtres vivants. Celui-ci, en effet , est formé d'organes divers , doués de fonctions diverses, qui toutes concourent harmonieusement à un même but général.
La partie solide de l'organisme est, cela est certain, formée par la juxtaposition d'un nombre extrêmement grand de cellules, en apparence identiques entre elles. Les parties les plus diverses de l'organisme sont, cela est certain aussi,
construites avec les mêmes matériaux. Ainsi nos ongles , par exemple, ne sont que des poils agglutinés. Ainsi, la botanique démontre l'analogie de structure primitive des diverses parties d'une plante, racine, feuilles etc. , et bien des plantes que nous plongeons la tête en bas dans le sol, produisent des feuilles et des racines là où se trouvaient les racines et les feuilles. Mais, en tout premier lieu, rien ne prouve qu'entre les cellules des différentes parties de l'organisme il y ait plus qu'une analogie, qu'il y ait une identité réelle ; et puis, les autres citations que je fais montrent seulement à son vrai point de vue l'un des plus admirables principes d'action de la nature : l'identité des moyens dans la diversité des résultats. Confondre les diverses parties des êtres vivants parce qu'elles sont exécutées avec des procédés analogues et avec des matériaux semblables , confondre un ongle avec un cheveu, parce qu'il n'est qu'une juxtaposition de cheveux , c'es'. avancer qu'une cathédrale gothique est la même chose qu'un temple grec, parce que tous deux sont formés de matériaux semblables , agencés par les mêmes procédés.
Quelques grands penseurs ont dit, et une foule de petits penseurs ont répété : «Donnez-moi une cellule, et je vous ferai la plus belle des plantes, le plus beau type d'homme.» Oui, sans doute, dirons-nous, mais à une condition suprême, c'est que cette cellule soit vivante et renferme déjà en virtualité toute la plante ou tout l'homme.
Au-dessus des atomes de la matière, au-dessus des éléments dynamiques, se trouve, dans la plante comme dans l'homme, une puissance directrice qui fait que les cellules s'assemblent ici de telle manière et là de telle autre, qui fait que quand nous renversons une plante sens dessus dessous, ce qui devenait feuille devient maintenant racine. Cette puissance agit évidemment à l'aide des éléments du milieu ambiant; elle profite de leurs propriétés sans en modifier une seule; elle applique les procédés. chimiques, physiques, mécaniques;