‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 114 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

même, il n'y a pas une ressemblance réelle et nécessaire entre l'épuisement de la puissance plastique et l'épuisement d'un ressort qui se détend.

Enfin , et surtout, nous pourrions admettre la comparaison, si la cessation de la vie, chez te plus humble des êtres organisés, n'était en effet que la cessation du jeu normal des organes. Une machine, commandée par un ressort qui se détend, cesse peu à peu d'être une machine proprement dite, pour devenir un assemblage de pièces qui n'ont plus de relations nécessaires. Le mouvement, qui y simule la vie, diminue lentement et s'éteint par gradations insensibles. Chez l'être vivant, quelque degré de l'échelle qu'il occupe, quel que soit son état de décrépitude, quelque longues que soient son agonie et ses souffrances , la mort est toujours un fait instantané.

Que l'être s'appelle homme ou animal , que dis-je , qu'il s'appelle plante, il possède un attribut qui, à lui seul, suffit pour caractériser ce qui vit; disons maintenant, pour caractériser l'élément vital ou animique, et pour rendre évidente l'absurdité d'une disjonction de l'âme d'avec la vie. Cet attribut varie en grandeur d'un être à l'autre, et sa grandeur, son développement est en quelque sorte l'indice du degré de l'être sur l'échelle organique ; mais il n'est absolument nul chez aucun être vivant. Il est présent tant qu'il reste une étincelle de vie, ou pour mieux dire maintenant, c'est lui qui est l'étincelle, qui est le vrai signe de la vie : il ne peut s'éteindre qu'instantanément, et non graduellement. Au moment où ils finissent leur carrière, l'homme jette un regard affectueux sur ses amis; le pauvre chien, dans son agonie, agite la queue à une caresse de son maître; l'insecte pourvoit en toute hâte aux besoins d'une progéniture qu'il ne verra plus. Quand ces signes ont cessé, ces êtres sont bien morts en ce monde, car ils ont cessé d'y aimer!

Plus d'un esprit superficiel ici se récriera, je n'en doute

pas. «Nous parler d'affection quand il s'agit d'un insecte, d'un ver, d'une plante, de choses que nous tenons pour inertes ! N'est-ce point , en vérité , courir aux paradoxes les plus scandaleux?» Les naturalistes eux-mêmes eussent ri autrefois d'une pareille expression : pour ne pas y voir l'énoncé d'une sainte vérité, il faut ignorer les faits les plus précis conquis par l'observation indépendante; et j'ajoute, il faut n'avoir jamais incliné son regard sur le calice d'une fleur!

L'affectivité est, je le répète, le signe suprême de la vie. Elle n'appartient ni à la matière ni à la force. On peut , par figure de rhétorique, comparer l'affection, l'affectivité à l'attraction : mais ce n'est là qu'une figure. Les mathématiques nous permettent d'évaluer rigoureusement et numériquement les effets d'une force ; jamais équation d'algèbre ne renfermera les effets de cette faculté sublime. Par elle, l'être vivant échappe au calcul infinitésimal. Aucune force ne passe brusquement d'une valeur finie à une valeur nulle. La vie, dans ce caractère suprême, passe au contraire brusquement à zéro en ce monde : elle n'est donc ni une force proprement dite , ni une force perfectionnée.

La mort est à ce titre un phénomène tout à fait spécifique, qui n'a aucune analogie dans le monde physique. Et la raison en est très simple. Elle est une séparation subite d'un élément d'avec d'autres éléments, et non une extinction de l'activité d'un élément partout présent. L'analyse de ce phénomène formidable nous conduit à la réfutation victorieuse de l'affirmation qui fait de la vie un degré de perfectionnement supérieur de la force. La mort, que l'homme, dans ses vaines terreurs, voit avec effroi se dresser comme un fantôme au milieu de ses rêves les plus riants, la mort est l'une des preuves les plus élevées de la présence d'un principe actif supérieur, d'un élément qui constitue la vie et l'âme par sa seule existence.

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