LIVRE V, CHAPITRE II
Nous allons voir cette dernière grande affirmation se dégager peu à peu de toute obscurité et nous apparaître de plus en plus limpide.
De l'élément animique considéré en lui-même et dans ses rapports
avec les autres éléments.
Dans le paragraphe précécent, nous avons considéré la totalité de l'être vivant en elle-même. Ici nous allons nous occuper de l'élément même qui anime cet être.
Cherchons, par l'étude scrupuleuse des faits, à déterminer la nature, les attributs, les propriétés de I'élément animique considéré d'abord collectivement, absolument comme nous l'avons fait pour I'élément matière et pour I'élément intermédiaire. Commençons tout d'abord par ses propriétés physiques, par celles qu'il affecte, dans quelque être vivant que nous l'observions.
L'élément animique ou vital, avons- nous vu, n'est ni une force proprement dite, ni une force perfectionnée; un ensemble de faits, très concluants déjà, nous a conduits à cette affirmation si caractéristique. Je vais citer cependant un autre fait de plus. Il est d'une nature telle, qu'il tranche définitivement la question , et ne laisse plus place au doute le plus léger. Il réduit à l'absurde toutes nos tentatives de disjonction entre la vie et l'âme. J'ai déjà produit ce fait d'une manière très sommaire dans l'une des esquisses préliminaires ; je vais l'accentuer beaucoup plus fortement encore.
L'une des propriétés les plus frappantes assurément des êtres organisés, c'est leur motilité spontanée, c'est le pouvoir qu'ils ont de faire mouvoir, soit la totalité, soit certaines parties de leur organisme, sous l'empire d'une détermination
interne , libre, spontanée, que caractérise le seul mot volonté.
Cette propriété appartient, dis-je, à tous les êtres vivants:
même dans de certaines limites aux plantes, auxquelles on !
Fa si longtemps contestée. Il n'y a que le degré qui varie
d'un être à l'autre. Analysons cette propriété dans l'être qui
non seulement la possède dans toute sa plénitude, mais qui |
seul est doué du sublime privilège de savoir l'analyser et la j
raisonner comme toutes ses autres facultés. !
Il est généralement admis que, dans les actes de la volonté, i
l'âme a prise immédiate sur la matière de notre corps. Voyons ce qui en est; voyons où nous conduit cette affirmation.
Les mouvements de nos membres, le travail mécanique j
externe qu'ils peuvent ainsi produire, et qu'ils produisent effectivement, lorsque, par exemple, nous soulevons un fardeau , lorsque nous nous soulevons nous-mêmes en montant un escalier, une montagne etc., ces mouvements, ce travail, j
dis-je, s'exécutent par suite de l'effort que nos muscles, ou j
cordons capables de se raccourcir et de s'allonger, exercent J
sur les os , ou leviers articulés du mécanisme auquel ils sont |
soudés. La contraction des muscles s'opère sous l'empire de notre volonté : mais nullement d'une façon directe. L'ordre que nous donnons part du cerveau, et n'arrive aux muscles qu'après un certain temps, très court d'ailleurs , par des conducteurs spéciaux, par les nerfs moteurs.
Je dis l'ordre ; ce mot a ici- un sens un peu plus étendu que celui que nous y attachons ordinairement; il ne signifie pas qu'il s'agit d'un simple signal de commandement auquel les muscles obéissent ensuite d'une façon spontanée, inhérente à eux-mêmes. Entre l'effort exercé par un de nos muscles à la suite d'un commandement de notre volonté, et ce qui arrive du cerveau à ce muscle pour donner le commandement, entre la contraction musculaire et Y influx nerveux, il existe une relation de causé à effet qu'il importe de bien faire saisir. La grandeur de l'effort que nous pouvons exercer à l'aide de