LIVRE V, CHAPITRE II
l'un de nos membres dépend de plusieurs conditions essentielles.
1° De la résistance à la rupture, dans les leviers articulés, dans les os. Cette résistance est généralement assez grande pour suffire à tous les besoins, et ce n'est que dans des cas de maladie des os, heureusement rares , qu'on voit le levier se briser sous l'effort musculaire. 2° De la résistance à la rupture des muscles eux-mêmes , de leur contractilité. Chacun connaît par expérience les conséquences qu'a pour nos muscles l'action trop forte de la volonté, et nous donnons le nom de la cause même, le nom d'effort, à l'accident qui résulte de cette action exagérée. 3° De l'intégrité de structure des nerfs moteurs. La plus petite lésion , ou même une simple pression temporaire exercée sur un filet nerveux, diminue ou annule l'effort que devrait produire le muscle que ce filet commande.
Ces conditions diverses étant remplies, et dans les limites qu'elles comportent, l'effort que nous exerçons avec un membre dépend, nous le savons, de notre volonté : mais ceci n'explique rien. Correctement et scientifiquement parlant, la grandeur de cet effort dépend directement de la grandeur de l'influx nerveux provoqué par notre volonté ; et entre ces deux grandeurs il y a proportionnalité immédiate. L'influx nerveux n'est pas une simple incitation à la contraction musculaire; c'en est au contraire la cause immédiate et unique.
Cela posé, iî est visible maintenant que si ce qui, sous l'empire de la volonté , part du cerveau pour venir par les rameaux nerveux déterminer la contraction musculaire, est quelque chose de matériel ou un simple mouvement de la matière, nous serons obligés de conclure que, dans le cerveau, notre âme, se manifestant par les actes de la volonté, a directement prise sur la matière. Que si, au contraire, ce quelque chose est un élément dynamique supérieur à I'élément matière, nous en conclurons que l'âme n'a nulle prise di-
recte sur la matière , et qu'elle n'agit sur elle que par l'intermédiaire de l'ÉLÉMENT DYNAMIQUE.
On a longtemps discuté , et l'on discutera sans doute longtemps encore sur la nature intime de l'influx nerveux, et cependant, si, au lieu de se loger dans un cercle restreint de faits particuliers, on s'appuie sur l'ensemble des faits, la question est relativement facile à résoudre. Trois solutions ont été proposées par les physiciens et les physiologistes.
-4° L'influx nerveux est dû à un agent particulier aux êtres vivants, à un fluide nerveux.
2° L'influx nerveux est dû à l'électricité dynamique.
3° L'influx nerveux est un mouvement vibratoire de la matière même des nerfs.
De ces trois solutions, la première est à rejeter totalement. L'invention d'un fluide nerveux était permise à une époque où l'on ne se faisait nul scrupule de tirer quelque chose du néant et de l'y faire rentrer dès que cela était nécessaire. Aujourd'hui, cette invention jure par trop avec les faits. Si le fluide nerveux est une réalité, il ne peut rentrer dans le néant par la mort de l'être vivant, et on doit le trouver dans le reste du monde physique, tout comme dans l'organisme de cet être. Dès lors il ne constitue plus un élément spécifique à cet être, mais un élément dynamique universel.
Entre les deux dernières solutions, l'hésitation n'est plus permise aujourd'hui. Les beaux travaux de Du Bois Reymond ne laissent plus de doute sur ce qui circule dans les nerfs moteurs et ^sensitifs. C'est l'électricité ; mais toutefois les nerfs ne sont pas de simples conducteurs comme nos fils télégraphiques : ils constituent par eux-mêmes de vrais appareils électriques d'un genre particulier. Nous aurons à revenir bientôt une seconde fois sur cette question et en termes presque identiques, mais avec plus de développements encore.
Je le sais, ici nous nous heurtons encore une fois contre une interprétation que nous avons eu à réfuter sous toutes ses