LIVRE V, CHAPITRE II
La vie n'a aucun des attributs de la force proprement dite; mais elle se manifeste, au contraire, et tout aussi incontestablement, oomme une puissance directrice intelligente, qui appelle et qui groupe les matériaux du milieu ambiant, à l'aide de I'élément dynamique. Il n'est pas un seul des phénomènes chimiques, physiques , mécaniques du corps de l'être vivant qui ne puisse aujourd'hui s'expliquer parfaitement à l'aide des seuls éléments matière et force du monde inanimé. Il n'est , au contraire, pas un seul fait d'organisation proprement dite, c'est à-dire de localisation élective de ces phénomènes , qui puisse s'expliquer sans la présence d'une puissance* plastique renfermant antérieurement, et en virtualité, tout le plan de la structure de l'être dans ses plus minimes détails , comme dans son ensemble; dans la cellule organique isolée comme dans le mécanisme qu'elle constitue par sa juxtaposition avec d'autres cellules. Et cela est vrai , qu'il s'agisse de l'homme ou de la plante.
Cette puissance plastique du principe vital ou animique en est l'attribut le plus frappant, en tant qu'on étudie ce principe comme élément constitutif de l'univers. Comment cet élément, dans son trajet à travers le monde physique, exercet-il cette puissance?
Nous, disons que l'organisation de l'être s'opère d'après un plan tracé à l'avance. Mais ce plan, dans son exécution et dans de certaines limites, se modifie d'une façon qui est en harmonie avec la nature du milieu ambiant, et c'est même en raison de cette modification que l'École matérialiste a faussement essayé de nier complètement l'existence d'un plan. Ce n'est donc pas par le seul fait fatal de son contact avec les éléments du monde physique, c'est, bien au contraire, en vertu d'un acte continu de volition, opéré, soit avec pleine connaissance, soit sous forme latente, que I'élément animique appelle et dispose dans un ordre voulu les matériaux de son organisme. Ni la formation du corps humain , ni celle du
corps de la planle elle-même ne ressemble en ce sens, même de très loin, à la formation d'un cristal.
Lorsque nous étudierons les êtres vivants dans le temps, c'està-dire dans leur origine et dans leur succession, nous aurons à examiner dans quelles limites le plan primitif de l'organisation de chacun d'eux peut être modifié définitivement par les circonstances du milieu ambiant. Nous aurons à chercher dans quelles limites , chez l'être doué de raison , les actes de volition latente sont modifiables par la volonté consciente d'elle-même : c'est dans ces limites que régne la responsabilité de l'être de raison envers lui-même et envers les autres créatures. La science nous la montre immense.
Dans le présent, et en acceptant chaque être vivant tel qu'il est , nous pouvons considérer l'organisme de cet être comme un instrument plus ou moins bien construit à l'aide des éléments du monde physique, sous la uirection plus ou moins libre d'un élément de nature transcendante. Ces deux plus ou moins doivent faire l'objet d'une discussion distincte et approfondie : ici nous ne devons nous occuper que des propriétés de l'élément animique considéré dans son actualité.
Ces propriétés, à un point de vue un peu superficiel il est vrai, peuvent se diviser en deux groupes; les unes concernent les rapports de l'élément animique avec les éléments de l'univers inanimé ; les autres concernent les rapports de cet élément avec lui-même. Les premières le font rentrer comme partie constituante dans l'enbemble de l'univers; les autres le placent en quelque sorte en dehors et au dessus du monde sensible.
Accentuons d'abord les premières aussi fortement que possible. C'est en cherchant à en éluder la discussion , et parfois à les nier, que le spiritualisme a donné les plus fortes armes au matérialisme ; et en y regardant de près, on pourrait peutêtre l'accuser d'avoir ainsi créé cette doctrine si opposée.