‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 124 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

Nous disons que ce qu'on appelle vulgairement le corps de l'être vivant est un instrument organisé à l'aide des éléments du monde physique, par un élément distinct et de nature transcendante : instrument à l'aide duquel cet élément spécifique se met en rapport avec les autres êtres. Mais cet instrument n'est pas simplement un appareil d'amplification, de rectification, tels que ceux que, dans nos sciences expérimentales, nous avons appris à superposer à nos sens : tels que le télescope, le microscope, le cornet acoustique etc. C'est le moyen sine quo non par lequel l'élément animique, non seulement entre en rapport avec le monde externe , se manifeste au dehors, agit sur ce qui l'entoure, mais encore entre en rapport avec lui-même, se sent, agit intérieurement, exerce ses facultés les plus sublimes comme les plus inférieures. Le principe animique fait en quelque sorte corps avec l'organisme dont il a dirigé, et dont il maintient sans cesse la structure ; et sans cet organisme, il ne peut rien icibas. C'est par lui qu'il connaît la joie et la peine physiques et morales; c'est avec son aide qu'il exerce sa faculté la plus distinctive : la pensée dans son ensemble; on pourrait presque dire, c'est avec son aide qu'il vit!

Je dis : la peine et la joie morales. Lorsque nous éprouvons une douleur par la perte d'un être aimé, à la vue d'une iniquité, à la vue de la souffrance d'autrui, ce n'est certainement pas notre organisme qui a été lésé immédiatement : mais il pâtit par contre-coup, et ce contre-coup à son tour se reflète sur la partie morale souffrante de notre être. Nous savons tous (j'excepte la grande catégorie des égoïstes) les résultats physiques d'une peine morale intense et prolongée; nous savons tous aussi que le même malheur ne nous affecte pas tous les jours avec la même intensité, et que ces différences sont liées à notre état de santé. L'âme, lésée par la peine jusque dans sa puissance plastique, oublie de s'occuper de ces questions de pot-au-feu du corps, si indignes

Mi UNIVERS ANIMÉ.

d'elle, dit-on; et bientôt, hélas! elle paie cet oubli par l'altération temporaire ou incurable de quelques parties de son instrument.

Je dis : la peine et la joie physiques. Ici, comme en tout, les écoles mystiques et systématiques ont prétendu scinder et classer. Au vil corps> dit-on, la joie et la douleur physiques; à l'âme, la douleur et la joie intellectuelles, pures de toute alliance !

L'esprit d'observation , propre dans de certaines limites à chacun de nous, le sens commun, le bon sens populaire se reflétant dans le génie même de nos langues , ont dès l'origine fait justice de toutes ces inepties, et ont singulièrement devancé la philosophie. Nous disons : «J'ai mal à la tête, à la poitrine, à l'estomac. . . . ,» ou bien : « La tête, la poitrine,

l'estomac me font mal ; » et nous nous gardons de dire :

« Ma - tête , ma poitrine , mon estomac ont mal ; » nous

ne savons que trop qui a mal ! Ceux qui, du haut de la chaire, tonnent le plus contre les grossiers plaisirs du corps, seraient fort au regret si c'était leur corps qui éprouve effectivement ces plaisirs , et non eux-mêmes.

Je dis r c'est avec l'aide de l'organisme que le principe animique manifeste son attribut le plus sublime, la pensée. Ceci est certes le fait le plus incompréhensible, et cependant le mieux démontré de tous ceux que présente l'être vivant. En nous arrêtant à ce qui touche l'être le plus élevé en titres et en fonctions sur l'échelle organique ; en nous arrêtant à l'homme et en nous bornant aux phénomènes que nous révèle l'observation la plus vulgaire, il nous est facile de constater à quel degré l'intégrité de tout l'organisme, et pas seulement celle de l'organe cérébral en particulier, est indispensable à l'exercice intégral de la pensée. Nous savons tous que tel travail intellectuel qui, tel jour, à telle heure, est un jeu, une distraction pour nous, devient insurmontable, inabordable même tel autre jour, à telle autre heure du jour ! Nous

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